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Nos lecteurs ont la parole

Sortir du labyrinthe

Par Karim MONSEF
Il semblerait que certains individus au Liban (des civils, des citoyens lambda) souhaitent que la situation en Syrie se prolonge un petit peu. Quelques mois, voire quelques années. Nous avons bien connu chez nous 15 années de combats, voitures piégées, massacres à l’arme blanche et autres atrocités innommables. Situation qui a perduré plus que de raison en bonne partie grâce à notre grand voisin syrien, pompier-pyromane à ses heures perdues. Ce n’est qu’un juste retour des choses, pourraient penser ces gens-là. Je ne suis pas de cet avis. Et bien qu’il me soit possible de mesurer l’ampleur des douleurs et des blessures des gens qui pensent ainsi, je ne souhaite à personne ce que nous avons vécu. Pas un jour, pas une heure, pas une seconde, pas un instant.
Ce que je souhaite, par contre, c’est que nous puissions mettre fin à la culture de l’impunité qui sévit encore, gravement, dans notre cher pays. Impunité dont profitent honteusement nos responsables locaux au nom d’une soi-disant paix civile qu’il faudrait préserver à tout prix. Et comme chez nous les gardiens des troupeaux sont également les bourreaux des autres, nous vivons une situation assez absurde, paranoïde parfois (au moindre moment de faiblesse l’autre viendra me tuer) et doublement schizophrène (le protecteur de ma communauté est un assassin, mais je le soutiens quand même/le responsable de mon drame est apparemment intouchable, il est ministre au gouvernement, il passe à la télé un soir sur deux).
Comment ne pas percevoir l’absurdité d’une telle situation ? Où est la vérité, dans mon présent ou mon passé ?
Est-il possible de bâtir une nation quand un grand nombre de responsables politiques encore en fonction sont le symbole de tant de drames et de blessures non cicatrisées ? Est-il possible pour nous libanais de faire le deuil de nos morts et de nos disparus quand les responsables de la guerre circulent librement au su et au vu de tous, sont aux commandes de l’État, et nous conseillent bon an mal an sur la manière dont nous devons conduire nos vies et sur ce que nous devons penser ? Quel avenir est-il possible de percevoir dans ce cas, si ce n’est un avenir d’une profonde absurdité ? Et l’on s’étonne encore du nombre élevé des candidats à l’émigration.
Il serait temps peut-être que nous mettions de l’ordre dans nos placards. Et dans nos têtes.
Il devrait être possible à chaque Libanais de pouvoir identifier le responsable de son drame personnel. Le pointer du doigt, l’accuser, formuler une action en justice à son encontre et laisser l’instruction suivre son cours, en toute confiance. Chaque citoyen libanais a le droit d’être rasséréné en ce qui concerne son histoire personnelle et collective. Pour que nous puissions enfin faire notre deuil, cicatriser nos blessure, éteindre nos douleurs. Afin que les démons du passé cessent de nous hanter, que nous puissions éviter une répétition fatale des évènements. Afin que nous cessions de souhaiter aux autres les enfers que nous avons nous-mêmes connus.
Il semblerait que certains individus au Liban (des civils, des citoyens lambda) souhaitent que la situation en Syrie se prolonge un petit peu. Quelques mois, voire quelques années. Nous avons bien connu chez nous 15 années de combats, voitures piégées, massacres à l’arme blanche et autres atrocités innommables. Situation qui a perduré plus que de raison en bonne partie grâce à notre grand voisin syrien, pompier-pyromane à ses heures perdues. Ce n’est qu’un juste retour des choses, pourraient penser ces gens-là. Je ne suis pas de cet avis. Et bien qu’il me soit possible de mesurer l’ampleur des douleurs et des blessures des gens qui pensent ainsi, je ne souhaite à personne ce que nous avons vécu. Pas un jour, pas une heure, pas une seconde, pas un instant.Ce que je souhaite, par contre, c’est que nous puissions...
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