En effet, la politique étrangère de la France ne change pas fondamentalement lorsqu’il y a changement de majorité. Nous le savions, là nous en avons la confirmation. Cela n’est pas vrai dès lors qu’il s’agit de la politique intérieure, de la santé, de la culture, du social, de l’éducation, des impôts ou des retraites.
Pourquoi la France, sur le plan international, ne modifie-t-elle pas sa vision des choses en changeant de président et prochainement probablement de majorité? Qu’est-ce qui justifie, malgré le changement opéré dans le pays, que la politique étrangère demeure inchangée? Qu’est-ce qui explique, à part l’appartenance à l’OTAN, que la France évolue dans le sillage des USA tant dans l’interprétation que dans son implication dans les différentes crises qui secouent le Proche et le Moyen-Orient? L’exception française incarnée par le général de Gaulle à l’époque des deux blocs et ensuite par le gaullisme est-elle à ce point enterrée alors même que s’en réclame l’ancien comme le nouveau président?
À toutes ces questions, plusieurs niveaux de réponse. La crise économique qui touche les pays occidentaux explique en partie seulement cette position. Appliquant un partenariat commercial avec le Qatar, par exemple, Paris échange son besoin énergétique avec les riches transactions de Doha. Le Qatar se distingue parmi les acteurs de la crise en Syrie comme très influent dans l’armement des rebelles de l’opposition au pouvoir en place.
L’influence exercée par la France sur les événements du monde arabe est liée à ses intérêts. Ce qui peut choquer certains, n’étant pas du tout calquée sur les intérêts sécuritaires des pays en question.
Le mélange des genres, confondant sciemment défense d’une valeur inestimable: la démocratie et certains intérêts matérialistes et mercantiles: le pétrole trouve comme porte-drapeau de cette stratégie médiatique un personnage, haut en couleur, Bernard Henry Lévy, philosophe, écrivain et cinéaste à ses heures perdues.
Cette mixture est source d’ambiguïté et d’incompréhension, même au sein de l’opinion publique française, qui finit par se poser des questions, mais bien après que les actions aient été achevées sur le terrain, sur le sens de ces interventions (Libye et demain peut-être la Syrie).
En effet, à terme, la Syrie est sécuritairement menacée d’implosion. Les informations proviennent de l’Observatoire syrien des droits de l’homme, basé à Londres, et qui, malgré des connotations éminemment rassurantes, n’est pas une source fiable d’information et ce jusqu’à preuve du contraire.
Les infos y seraient puisées sans qu’aucune agence de presse ou aucun journaliste, ayant pignon sur rue, ne prenne la peine de les vérifier avant de les diffuser à très grande échelle, et ce d’une manière quotidienne.
Ce procédé renvoie le spectateur ou le lecteur incrédule à l’exemple, présent dans les mémoires, bien que datant de quelques années déjà, du faux massacre de Timisoara, en Roumanie. L’objectif cynique était, à l’époque, de faire tomber les Ceausescu.
Dans cette même logique l’on comptabilise quotidiennement le nombre de victimes du pouvoir de Bachar el-Assad, dans l’objectif de destituer le dictateur à défaut de l’éliminer physiquement.
Le Liban n’a pas tardé à être touché par ce qui se passe en Syrie. La Russie n’est pas en reste, qui déploie ses forces, notamment balistiques, en direction de l’Occident, le mettant implicitement en garde contre tout excès de zèle pouvant le conduire à ne pas respecter le droit international, passant outre les décisions du Conseil de sécurité, sous le couvert d’intervention humanitaire musclée, pour une intervention plus qu’aventureuse visant à diviser la Syrie, à l’image de ce qui a été opéré en Irak et en Libye.
Mais le conflit qui s’enlise, au risque de contaminer le Liban, risque plutôt de s’étendre au niveau régional, voire mondial. La récente démonstration de force, le 7 juin, par la marine de guerre russe représente un message aux vrais partenaires de la crise syrienne : soit vous êtes prêts à des concessions, soit vous aurez droit à un conflit au moins régional, sinon mondial.
On veut aussi s’attaquer à l’Iran et à son programme nucléaire, considérant que les Iraniens en feront mauvais usage, à la différence d’Israël, du Pakistan, de l’Inde, de la Russie, de la France ou des USA qui ne l’utiliseront, eux, qu’à bon escient, faisant parti du cercle très fermé des détenteurs de cette arme dissuasive mais aussi la pire de toutes les armes si elle devait être utilisée.
Et la Palestine dans tout cela, qui s’en préoccupe vraiment, où en sont les constructions illégales israéliennes en territoires occupés ?
Le processus de paix et la feuille de route trouveront-ils, au bout du compte, une solution ou resteront-ils au bord du chemin à l’heure de la redéfinition du Proche et du Moyen-Orient ?
L’OTAN restera-t-il l’instigateur de la guerre totale en Syrie alors que la Russie, de plus en plus, semble endosser le rôle du justicier, prenant la défense des déshérités dans une stratégie visant ses propres intérêts même si cela passe, pour un certain temps seulement, par une vision humaniste que bien peu de puissances continuent de faire preuve ?
La France ne devrait-elle pas plutôt défendre les valeurs auxquelles elle croit et ne pas faire croire qu’elle les défend ?
L’alternance ne devrait-elle pas pointer les failles et faire prendre conscience aux politiques de leur rôle moteur dans les avancées sociétales, défendant la première d’entre elles : la paix dans le monde ?
Nous pouvons toujours
rêver.
Dr Riad JREIGE
Montpellier – France

