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Les limites du « néo-ottomanisme » face aux ambitions de la diplomatie turque

Le régime islamo-conservateur turc se radicalise, selon des diplomates

Analyse Des organisations des droits de l’homme dénoncent plusieurs signes indiquant une répression croissante du pouvoir.
OLJ
11/06/2012
L’Union européenne s’inquiète d’atteintes aux libertés en Turquie, et à mots couverts, des diplomates notent une radicalisation du régime islamo-conservateur du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.
« Une série d’orientations récentes montrent que la tendance conservatrice tient la corde et n’a pas d’opposition », note ainsi Marc Pierini, ancien chef de la Délégation de l’Union européenne à Ankara.
Jeudi à Istanbul, le commissaire en charge de l’Élargissement de l’UE Stefan Füle a donc appelé la Turquie, candidate à l’adhésion, à poursuivre les réformes. Et, a-t-il ajouté, « j’ai profité de cette réunion pour exprimer nos inquiétudes concernant les mises en détention croissantes de députés, universitaires et étudiants, et à propos de la liberté de la presse et des journalistes ». Une centaine de journalistes sont en effet en détention, selon les défenseurs des droits de l’homme, de même que des dizaines de militaires accusés de complot.
Jean-Maurice Ripert, qui a succédé il y a cinq mois à M. Pierini, a également adressé une critique remarquée à M. Erdogan, pour ses déclarations sur l’avortement. « Certains hommes politiques ont fait des comparaisons qui ne sont pas appropriées », a-t-il reproché fin mai. « Chaque avortement est un Uludere », avait lancé le dirigeant turc, allusion à la mort en décembre de 34 villageois d’Uludere, bombardés par erreur par l’aviation turque qui les avait pris pour des rebelles kurdes.
Le gouvernement veut en outre faire voter un projet de loi réduisant la période de grossesse pendant laquelle l’avortement est autorisé de dix à six ou quatre semaines. Des milliers de femmes ont manifesté contre ce texte, dans un pays où l’avortement est autorisé depuis 1965.
De fait, les signes d’une évolution du régime s’accumulent, notent des diplomates européens. Ainsi la nouvelle loi sur l’école, applicable à la rentrée et que dénonce le camp laïque. Elle introduit des cours facultatifs sur le Coran dans les écoles publiques et dispose que les enfants pourront accéder dès la fin du primaire, et non plus au lycée, aux écoles religieuses, les imam hatip, qui forment principalement des prédicateurs.
Deux autres projets inquiètent les défenseurs des valeurs laïques de la république fondée par Atatürk. L’un est le lancement d’une chaîne de télévision religieuse par la télévision nationale TRT et la direction des affaires religieuses (Dianet), l’autre est un projet du ministère de l’Équipement imposant des salles de prière dans les nouveaux crèches, théâtres ou opéras. « La société civile existe, mais elle est peu audible. Les médias sont pour la plupart contrôlés directement ou indirectement par l’AKP (le parti au pouvoir depuis 2002), et l’opposition est impuissante », note un diplomate à Ankara.
De même, le pianiste turc de renommée mondiale Fazil Say sera jugé en octobre pour atteinte aux valeurs religieuses sur Twitter. Il risque un an et demi de prison. « Ce n’est pas seulement le fait qu’il soit jugé, mais aussi ce qu’en dit le journal progouvernemental Sabah qui fait un héros du type qui l’a dénoncé », note un diplomate européen à Istanbul. Sabah avait publié un portrait du délateur, de même que le journal islamiste Yeni Akit sous le titre : « L’homme qui ne laisse pas de répit aux ennemis de l’islam. »
M. Erdogan vient de plus d’annoncer la construction sur une colline d’Istanbul « d’une mosquée géante, visible de tous les points » de la ville, faisant froncer les sourcils dans les ambassades occidentales. Le Premier ministre a alimenté le sentiment qu’il a un « agenda caché d’islamisation » du pays, « par exemple lorsqu’il a dit que son parti et lui-même souhaitaient “l’émergence d’une génération religieuse” », note l’éditorialiste Semih Idiz du journal Milliyet. « Tous ces éléments montrent qu’il y a un projet de société, un projet nationalo-islamiste », affirme le diplomate basé à Istanbul. « Et, ajoute-t-il, Erdogan a trois atouts : l’obsession des États-Unis de faire de la Turquie un phare de l’islam moderne, le vide sidéral du monde politique arabe avec la disparition d’interlocuteurs tels l’Égypte ou l’Irak, et la faiblesse d’une Europe en crise. »

            (Source : AFP)

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