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À La Une - France

François Hollande et les limites d’une présidence « normale »

Le désir de « simplicité » du chef d’État se heurte aux réalités de ses fonctions, selon des experts.

François Hollande.

« Normal ». Le mot est écrit noir sur blanc sur le premier bulletin de santé du président François Hollande, publié mardi dernier. Dans les faits, la volonté affichée de « faire simple » du chef de l’État se heurte aux réalités d’une fonction exceptionnelle.


Un mois que l’ancien député de Corrèze est élu, trois semaines qu’il occupe l’Élysée, où la garde républicaine accueille toujours les invités, où les huissiers continuent d’ouvrir les portes et où la voiture écologique du président, une DS5 hybride, vient le chercher chaque soir pour le ramener chez lui, dans le XVe arrondissement de Paris. De sa descente des Champs-Élysées sous une pluie battante le jour de son investiture aux excès de vitesses constatés par la presse mercredi entre Caen et Paris en passant par les blagues échangées avec Barack Obama à la Maison-Blanche, ses faits et gestes sont scrutés à la loupe.


Au risque de mettre en lumière le paradoxe entre les intentions de celui qui cultive le contraste avec son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, et une position littéralement hors du commun, détachée de la définition du dictionnaire qui décrit la normalité comme un « état normal des fonctions organiques et psychiques ». « Est-ce qu’on peut jouer à M. Tout-le-Monde quand on est élu au suffrage universel direct, doté de pouvoirs exorbitants, notamment par rapport à la plupart des pays étrangers ? » interroge ainsi Mariette Sineau, directrice de recherche au Centre national de recherche scientifique (CNRS). « Institutionnellement, c’est un homme extraordinaire, donc il sera vite rattrapé par les normes et les pouvoirs de sa fonction, même s’il va faire en sorte qu’il y ait moins de pompe », ajoute cette spécialiste de la gauche.


Mercredi, le directeur du Mémorial du Caen, à qui il était « arrivé de fermer le musée pour de simples ministres », appréciait par exemple d’ouvrir au public malgré la visite présidentielle. Ce même jour, les télévisions ont filmé le bain de foule de François Hollande au sortir d’un cimetière de Ranville sous une nouvelle averse – une « pluie bienfaitrice », a dit le président. De Louis Philippe à Charles de Gaulle en passant par Barack Obama, « le coup du président qui ne craint pas de se faire tremper jusqu’aux os est un grand classique », tempère toutefois Nicolas Mariot, chargé de recherche au CNRS. « Un président normal sait à la fois aller à la rencontre du peuple et reprendre sa stature de chef d’État », note ce spécialiste des déplacements présidentiels. « Il faut un va-et-vient, un rapprochement physique – je serre des mains, j’embrasse des bébés –, puis un pas en arrière pour rester au-dessus, dans la fonction. C’est ce recul qu’a omis de faire Nicolas Sarkozy, au moins au début. »

« Simplicité et solennité »
« Le président est conforme à ce sur quoi il s’est fait élire », note de plus une conseillère. « Les Français le ressentent, il y a une forme d’apaisement, une volonté d’avancer, de travailler. L’Europe, la crise sont au centre des préoccupations. Il n’y a pas de hiatus avant-après, on est dans la réalité. » Dès son arrivée au pouvoir, François Hollande a multiplié les signaux en direction des Français frappés par la crise. Comme les ministres, il a accepté de baisser son salaire de 30 %. Il s’est passé de vacances, se contentant d’un week-end à La Lanterne, résidence versaillaise naguère réservée au Premier ministre et utilisée par Nicolas Sarkozy.


Toutefois, à l’orée de ce quinquennat « normal », la conférence de presse de la photo officielle signée Raymond Depardon organisée lundi sous les ors de la salle des fêtes de l’Élysée a surpris par sa majesté, surtout quand deux huissiers ont soulevé le tissu rouge cachant le portrait, traité en toile de maître. « La simplicité n’empêche pas la solennité, se défend un membre de l’entourage présidentiel. Cette photo est importante pour les Français, qui la retrouveront dans les lieux publics. »


Une ère nouvelle s’ouvre aussi pour la compagne de François Hollande, Valérie Trierweiler, journaliste dans un grand hebdomadaire déjà soumise au feu des critiques sur son métier, sa personnalité et son rôle auprès du président. Travailler, être indépendante financièrement pour une mère de trois enfants, « c’est une forme de normalité, si je peux utiliser ce mot qui est devenu très tendance », disait-elle jeudi sur France Inter.

 

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