Pas de dieu sinon la matière. C’est ainsi que l’on prie chaque jour.
La foi en un vrai dieu a disparu en même temps que le sentiment de sécurité, de paix, de tranquillité.
La représentation philosophique du monde est celle d’une jungle ou l’on s’entredévore à belles dents. Lutte des classes, racisme, fanatisme religieux... Monde effrayant, fait de peur et de meurtres. Il n’est plus personne dans les cieux pour guider ce monde et le protéger.
C’est à cette déchéance que nous a abaissés le culte de l’imposteur ?
Le résultat ? Un homme triste, préoccupé, craintif, stressé. C’est ce jeune homme qui s’adonne à la drogue, c’est le suicide et la folie dont l’homme, en proie à la terreur, tente de récupérer son sentiment de sécurité en technologies. Il installe à sa porte un œil magique fonctionnant aux rayons infrarouges pour détecter la présence des voleurs. Il équipe son coffre-fort d’une alarme, il se fait faire une électrocardiographie chaque mois pour déceler la thrombose avant qu’il ne soit trop tard.
Services de sûreté, vitamines par dizaines d’espèces, calmants, stimulants, appareils de musculation, moyens de sécurité nécessitant à leur tour d’autres moyens pour être eux aussi sécurisés : voilà ce dont a besoin l’homme d’aujourd’hui. En fin de compte, il n’y trouve aucune tranquillité ; sa peur et son angoisse ne font au contraire qu’augmenter, en même temps que son besoin de se procurer toujours plus de moyens matériels inutiles.
Prisonnier de ce dédale ou il s’est fourvoyé, l’homme en oublie que c’est au point de départ qu’il s’est trompé, lorsqu’il s’est imaginé un monde éternel, un monde ou il s’est trouvé jeté sans aucune loi pour le protéger, ni aucun seigneur pour lui demander des comptes.
Il s’est trompé une deuxième fois lorsqu’il s’est mis à adorer la puissance matérielle et qu’il en a fait la source de son bonheur, espérant qu’elle pouvait lui procurer la paix et le préserver de la mort et de l’anéantissement. Et voici que cette puissance lui dérobe la paix de l’âme. Elle se retourne contre lui, en se transformant finalement en instruments de guerre destructeurs et meurtriers.
Il s’est trompé une troisième fois lorsqu’il s’est imaginé que la chimie, les sciences naturelles et l’électronique étaient la source du savoir et que la religion n’était qu’un amas d’affabulations.
S’il avait réfléchi un tant soit peu, il se serait rendu compte que lesdites sciences ne procurent en réalité que des connaissance limitées, portant sur des vérités partielles et traitant uniquement des proportions, de dimensions, de quantités. Alors que la religion, c’est une science totale portant sur des vérités universelles, aussi sceptique que certains le soient, puisqu’elle s’intéresse aux premiers fondements et aux fins dernières des êtres, une science ayant pour objet le but ultime de l’existence, le sens de la vie, la signification de la souffrance.
La matière a, comme nous, été créée. Elle n’est pas un dieu à vénérer. Elle ne peut procurer à l’homme la tranquillité, la paix ou le bonheur car la dissolution, la corruption, l’altération et le changement font partie de sa nature. Elle participe elle aussi, en cela, de la finitude de l’univers. On ne peut donc se fier à elle car elle ne constitue en rien une protection véritable.
Donc une seule et unique certitude : « La vie est une mort certaine... » Pourquoi devant une telle affirmation ne pas diriger sa vie non pas dans ce sens, mais dans le bon sens, et en faire un paradis dans l’attente du vrai Paradis ?
Ralda KARAM


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