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Culture - Spectacle

« Hotel Methuselah » : un cinq-étoiles en enfer ?

Une allégorie sur le désir et la perte, servie dans un tour de force technique et filmique par la troupe british « Imitating the Dog », au théâtre Tournesol, dans le cadre du Beirut Spring Festival, organisé par la Fondation Samir Kassir.

Un mélange de projections cinématographiques et de jeu d’acteurs superbement synchronisés.

Est-ce une pièce de théâtre ou un film de cinéma? Hotel Methuselah n’est en fait ni l’une ni l’autre. Il s’agit plus précisément d’un mixage hybride et intelligent entre la projection cinématographique et le jeu théâtral. 

 

Une grosse boîte noire occupe toute la largeur et la longueur de la scène. C’est dans une ouverture au centre, qui ressemble à la fente d’une boîte à mouchoirs ou d’une boîte aux lettres, que les acteurs évoluent. Décapités, on ne voit de leur corps que la partie allant des épaules jusqu’aux genoux. Les visages sont projetés simultanément sur le fond de la scène ou, parfois, débordent sur la surface de la grande boîte. Un film en noir et blanc, contenant quelques scènes en couleurs et qui se veut un hommage au cinéma britannique d’après-guerre et à la nouvelle vague française, déroule ses images captivantes. Les acteurs jouent en simultané. Et la synchronisation est saisissante de minutie. Par exemple: lorsqu’une actrice allume une cigarette sur scène, l’on voit automatiquement son visage (préenregistré, on le rappelle) exhaler la fumée qui s’élève sur l’écran derrière elle. Plusieurs «trouvailles» similaires et le spectateur se trouve dans un état de perplexité grandissante.


«Une histoire de fantômes contemporaine qui va plonger le public dans une expérience unique et dérangeante», avait promis le synopsis de la pièce. En effet. D’autant plus que les dialogues, empreints d’absurdité existentielle, ne font rien pour en faciliter la compréhension. L’histoire se déroule dans une ville européenne en proie à une guerre. D’après les coiffures et les vêtements rétro, on estime qu’il s’agit de la période de la Grande Guerre. Harry est concierge de nuit à l’Hôtel Methuselah. Harry a un problème: il ne se rappelle plus ce qui l’a amené à ce poste. Son amnésie presque totale de son passé est entrecoupée de flashs et d’images où il se voit en compagnie d’une femme enceinte. À l’extérieur, les bruits de la guerre font rage. Mais Harry y semble totalement insensible. Il lit des romans en français, aime la solitude que son travail lui procure, mais se trouve en proie à des douleurs physiques, comme des blessures de guerre dont il ne trouve pas les cicatrices. Il sillonne les couloirs, écoute les sermons des occupants de l’hôtel qui semblent bizarrement en savoir plus long que lui sur son propre passé. Les personnages parlent d’une autre vie, d’un «avant», en opposition au présent. Sont-ils des fantômes, errant dans les limbes, aux portes d’un enfer personnel? Ou des âmes purgeant leurs péchés de simples mortels?


Toujours est-il qu’au final, le spectateur lambda aura compris que ce spectacle s’attaque à des thèmes vieux comme Mathusalem (d’où le titre de la pièce?): le désir et la perte. Cette dernière dans le sens de la mort ou encore la perte de mémoire. Le tout dans un écrin qui en valait amplement le détour.

Est-ce une pièce de théâtre ou un film de cinéma? Hotel Methuselah n’est en fait ni l’une ni l’autre. Il s’agit plus précisément d’un mixage hybride et intelligent entre la projection cinématographique et le jeu théâtral. 
 
Une grosse boîte noire occupe toute la largeur et la longueur de la scène. C’est dans une ouverture au centre, qui ressemble à la fente d’une boîte à mouchoirs ou d’une boîte aux lettres, que les acteurs évoluent. Décapités, on ne voit de leur corps que la partie allant des épaules jusqu’aux genoux. Les visages sont projetés simultanément sur le fond de la scène ou, parfois, débordent sur la surface de la grande boîte. Un film en noir et blanc, contenant quelques scènes en couleurs et qui se veut un hommage au cinéma britannique d’après-guerre et à la nouvelle vague...
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