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À La Une - Crise

Liban : Le cri d’alarme des instances économiques

Alarmées par la situation politique locale et les débordements de la crise syrienne sur le territoire libanais, les instances économiques ont tenu une réunion d’urgence pour appeler les dirigeants politiques à resserrer les rangs afin de relancer la croissance qui fait piètre figure.

Les responsables des organismes économiques réunis hier au Phoenicia pour dénoncer la chute libre de l’économie libanaise. Photo Marwan Assaf

Les responsables des organismes économiques se sont réunis hier à l’hôtel Phoenicia, le temps de dénoncer les discours haineux des politiciens et le débordement de la crise syrienne au Liban ; des facteurs qui enfoncent l’économie libanaise, notamment à l’approche de la saison touristique. Ils ont appelé les responsables à établir un véritable dialogue qui fédérerait autour d’une volonté de redresser l’économie.

 

À cette occasion, le président des organismes économiques, l’ancien ministre d’État Adnane Kassar, a indiqué que les responsables des instances économiques sont pleinement conscients de la complexité de la conjoncture, mais que les différents partis politiques devraient faire des concessions pour sauver l’économie. Soulignant que le secteur privé soutenait la position de maintien à l’écart du gouvernement libanais face à la crise syrienne, Adnane Kassar a expliqué qu’on ne pouvait plus se contenter du bon vieux dicton selon lequel l’économie libanaise a toujours été résiliente face aux crises intérieures et régionales. « Aujourd’hui, c’est un cri que nous poussons à l’adresse des dirigeants pour qu’ils mettent fin à la destruction de l’économie libanaise », a-t-il asséné.

 

De son côté, le président de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Beyrouth et du Mont-Liban (CCIAB), Mohammad Choucair, a rappelé qu’une réunion de cette ampleur se tenait généralement une fois tous les cinq ans, mais que la dernière avait eu lieu six mois seulement auparavant. En effet, rappelons qu’en début d’année une réunion élargie avait eu lieu au BIEL. Réunis sous le thème « Pour que l’économie demeure », les organismes avaient déjà mis les politiques en garde contre une coercition de l’économie par les différentes factions politiques. « Cette fois, le thème de la rencontre doit être : pour que la nation demeure », a ainsi lancé M. Choucair. « L’économie et les crises politiques ne font pas bon ménage », a-t-il souligné en appelant les responsables à retrouver la table de dialogue et protéger l’économie des déchirements politiques. « Le secteur privé n’est plus en mesure de financer les dépenses publiques », a-t-il ajouté.

 

« L’appel des ambassades des pays du Golfe à rapatrier leurs ressortissants a sonné le glas de la saison touristique », a-t-il aussi déploré, appelant les pays voisins à prendre en considération la période délicate par laquelle passe le Liban. Un cri d’alarme repris par le président de l’Association des commerçants de Beyrouth, Nicolas Chammas, qui a souligné que les rangs du secteur privé étaient soudés dans cette épreuve difficile, mais qu’il fallait que les politiques s’allient aux responsables économiques pour que la relance économique s’enclenche.

 

Les secteurs productifs mis à rude épreuve

Même son de cloche chez les responsables des secteurs productifs, qui se sont succédé pour illustrer les obstacles concrets auxquels se heurte le secteur privé et par la même occasion dénoncer la dégradation socio-économique des ménages libanais. Ainsi, le président de l’Association des banques libanaises (ABL) Joseph Torbey a déploré l’absence de décisions politiques en ce qui concerne le soutien aux secteurs productifs. « Des années durant, nous avons financé l’État libanais et l’avons protégé de la liste des pays dont les finances sont mises à rude épreuve. Nous avons fait notre possible pour attirer les investisseurs et tenter de freiner l’émigration des jeunes. De ce fait, nous avons donné assez de temps à l’État pour aborder les questions socio-économiques qui ont fait surface après la guerre civile », a-t-il expliqué. « L’appui apporté par le secteur bancaire à l’État n’a pas servi à véhiculer de réelles réformes structurelles », a-t-il ajouté en indiquant que le secteur privé soutenait le président de la République Michel Sleiman dans son appel à reprendre le dialogue national.

 

De son côté, le président de l’Association des industriels libanais (AIL), Nehmat Frem, a appelé à mettre en place un véritable plan de sauvetage socio-économique qui « protégerait notamment les classes défavorisées de la société, tout en soutenant les secteurs productifs ». Il a ainsi dénoncé la dette grandissante, la dégradation, voire l’absence d’infrastructures en mesure de favoriser la croissance, ainsi que le recul du pouvoir d’achat des ménages.

Parallèlement, le président du syndicat hôtelier, Pierre Achkar, a indiqué que les organismes économiques étaient révoltés contre la situation branlante politico-sécuritaire ; une situation qui a des conséquences graves sur l’économie et notamment le secteur touristique. « Les pays arabes devraient soutenir le Liban au lieu de mettre en garde leurs populations contre la venue de celles-ci durant l’été », a-t-il déclaré. « Nous sommes les rois des occasions manquées », a-t-il résumé.

 

Enfin, le président de l’Association de la franchise, Charles Arbid, à l’instar de ses collègues, a demandé aux dirigeants de reprendre le dialogue et d’y inclure un nouveau pacte social, qui œuvrerait dans le sens d’un développement durable en mesure de favoriser le niveau de vie des Libanais, d’un soutien véritable aux secteurs productifs et du développement d’une culture d’entreprise globale.

 

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