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Nos lecteurs ont la parole

Un pèlerinage mémorable

Par Lamia EL-SAAD

En uniforme d’infirmière, poussant les fauteuils roulants des « invités ».

Sur les conseils de Youmna Gemayel qui a versé un peu de son âme de Don Bosco dans la mienne, je me suis inscrite, en septembre dernier, pour le pèlerinage de Lourdes organisé chaque année par les chevaliers de l’Ordre de Malte.
Ce jour-là, j’avais l’impression de me jeter dans le vide ;
de ne pas savoir vraiment où je mettais les pieds. Mais une voix intérieure me suggérait fortement que je devais emprunter ce chemin et que la lumière viendrait en marchant. J’avais l’intime conviction que cette promesse serait tenue, que la Providence y pourvoirait et que cette lumière serait accordée, le moment venu.
Levés avant le jour, le vendredi 4 mai, nous étions tous, pèlerins, volontaires et nos « invités » (nos seigneurs les malades) dans le hall de l’aéroport, avec nos valises, notre enthousiasme et nos appréhensions.
Pour ma part, j’avais de puissantes raisons de me diriger vers cette grotte de Massabielle. Tout en étant consciente de pouvoir prier la Vierge partout, j’avais à cœur d’être là-bas et nulle part ailleurs. Je voulais être debout là où, quelques années plus tôt, j’étais assise dans un fauteuil roulant ; être victorieuse et heureuse là où j’avais été brisée et misérable ; je voulais remercier là où j’avais beaucoup demandé ; je voulais surtout sourire là où j’avais presque pleuré. Offrir à la Vierge mon plus beau sourire et lever vers Elle un regard reconnaissant, un regard insatiable et implorant...
Répartis dans nos hôtels, à proximité de l’Accueil Marie Saint Frai (hôpital où logeaient nos « invités »), nous avons aussitôt revêtu nos uniformes. Je me suis d’abord sentie « déguisée » ; j’avais le sentiment de donner à voir ce que je n’étais pas vraiment ; le sentiment d’une imposture. Mais le temps passant, j’ai fini par intérioriser pleinement ce bel uniforme d’infirmière ; par devenir ce que je portais.
Le premier soir, j’ai trouvé sous la porte de ma chambre une prière à méditer. J’en ai trouvé une autre le samedi matin, encore une autre le samedi soir, puis le dimanche matin, le dimanche soir... et jusqu’au dernier matin. Très vite, j’ai pris l’habitude de regarder systématiquement le bas de la porte en regagnant ma chambre ; un peu comme une amoureuse qui guette l’arrivée du facteur en espérant une lettre de son bien-aimé. Très vite, je me suis mise à songer avec tendresse à la main bienveillante qui glissait ces papiers sous ma porte. J’allais apprendre, peu de temps plus tard, que les prières à méditer avaient été rédigées par Fra’ Jean-Louis Mainguy et que les employés de l’hôtel se chargeaient de leur distribution.
Quatre jours. Quatre jours que nous avions à cœur de vivre pleinement ; un pèlerinage que nous voulions « manger » sans en perdre une miette. Levés très tôt, couchés très tard, nous étions toujours dans l’urgence.
La lumière viendra en marchant. Marcher, c’est bien ce dont il fut question. Marcher de l’hôtel à l’hôpital, de l’hôpital à la grotte, de la grotte à l’église ou à la basilique, et de là jusqu’aux nombreux points de vente des « marchands du temple ». Marcher pour la procession à la Vierge et le chemin de croix, les yeux vitreux et brillants d’émotion. Marcher vers une crêpe ou une glace au chocolat, en riant aux éclats. Marcher dans un poncho imperméable et ruisselant sous la pluie, ou en transpirant sous un soleil improbable et contraire à toutes les prévisions météorologiques. Marcher le dos courbé sous le poids de la cape et malgré une douleur lancinante aux chevilles. Marcher à tout prix! Et comment pourrait-on se plaindre d’être en bonne santé? D’être debout lorsque tant d’autres sont assis? « C’est une expérience à vivre » : voilà ce que martelaient tous ceux qui l’avaient déjà vécue... Plonger, nue, dans l’eau glacée de la source miraculeuse ; vivre une sorte de second baptême, le seul dont je garde le souvenir. Prier dans cette eau puis me rhabiller en prenant soin de ne pas me sécher pour en emporter le plus possible sur moi.
Un autre moment fort fut, pour moi, la messe du dimanche matin dans la basilique Saint-Pie X, une basilique pouvant accueillir plus de 20000 personnes. En ce dimanche 6 mai, elle était pleine. De nationalités et de cultures différentes, les représentants de l’Ordre de Malte et leurs « invités » étaient venus des quatre coins du monde. Je m’attendais à une assemblée très hétérogène, mais bien au-delà de la barrière de nos langues maternelles, nous étions tous unis par une communion de l’Esprit ; nous avions tous la même bienveillance, le même regard, le même sourire, et nous étions tous sous le regard de Dieu, recevant Sa bénédiction, Son pardon et Son eucharistie. Contre toute attente, il m’est arrivé durant cette messe, alors que j’étais noyée dans une masse d’au moins 25000 personnes, d’avoir le sentiment d’être seule face à Dieu ; d’atteindre cette intériorité.
La fête de la Lumière tint toutes ses promesses. Fête de tous les possibles, où l’on vit, presque sans surprise, des personnes assises et des personnes debout danser ensemble.
L’« invité » que j’accompagnais s’appelle Élie Kallas. Accompagner : le porter dans mes prières, marcher à côté de son fauteuil, lui sourire, lui parler, me soucier de sa santé, de son bien-être, de sa bonne humeur. Pour tout le reste, il y avait Michel Tadros et Imad Abou Zeid. Ils étaient là pour l’essentiel ; et moi, pour le superflu. Ce qui fut une grande leçon d’humilité : « Michel et Imad caracolent, et moi, je bricole. »
Élie à la voix d’or ; Élie qui a, à l’occasion, mêlé sa voix à celle de Joumana Medawar pour embellir nos messes; Élie qui m’a offert un merveilleux cadeau le dernier jour, à l’aéroport de Tarbes. Alors que nous attendions notre tour pour embarquer, il m’a souri pour que je me penche vers lui, puis a commencé à fredonner un cantique, rien que pour moi.
Quelques heures plus tard, vint le moment tant redouté des séparations. Le moment où des enfants, à court de mots mais dont les yeux disaient tant, ont pleuré à chaudes larmes pour exprimer à la fois leur reconnaissance, leur affection et leur chagrin, le moment où les mains se sont quittées en promettant de se retrouver...
Sur les conseils de Youmna Gemayel qui a versé un peu de son âme de Don Bosco dans la mienne, je me suis inscrite, en septembre dernier, pour le pèlerinage de Lourdes organisé chaque année par les chevaliers de l’Ordre de Malte.Ce jour-là, j’avais l’impression de me jeter dans le vide ; de ne pas savoir vraiment où je mettais les pieds. Mais une voix intérieure me suggérait fortement que je devais emprunter ce chemin et que la lumière viendrait en marchant. J’avais l’intime conviction que cette promesse serait tenue, que la Providence y pourvoirait et que cette lumière serait accordée, le moment venu.Levés avant le jour, le vendredi 4 mai, nous étions tous, pèlerins, volontaires et nos « invités » (nos seigneurs les malades) dans le hall de l’aéroport, avec nos valises, notre enthousiasme et nos...
commentaires (1)

Très bel article Lamia! J'ai eu la chance d'être au même moment à Lourdes et je retrouve dans votre article beaucoup de points forts de ce pélerinage. La messe du dimanche matin était exceptionnelle, la voix de Joumana Medawar magique. Même en n'en faisant pas partie, j'ai eu l'occasion de palper durant mon séjour le dévouement et l'entraide entre les chevaliers de l'Ordre de Malte. Bravo et bonne continuation!

Najjar Habib Rolla

04 h 59, le 05 juin 2012

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Commentaires (1)

  • Très bel article Lamia! J'ai eu la chance d'être au même moment à Lourdes et je retrouve dans votre article beaucoup de points forts de ce pélerinage. La messe du dimanche matin était exceptionnelle, la voix de Joumana Medawar magique. Même en n'en faisant pas partie, j'ai eu l'occasion de palper durant mon séjour le dévouement et l'entraide entre les chevaliers de l'Ordre de Malte. Bravo et bonne continuation!

    Najjar Habib Rolla

    04 h 59, le 05 juin 2012

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