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À La Une - La Chronique De Nagib Aoun

Culture ou revolver ?

Tous les ans, à la même période, c’est la même interrogation, la même sempiternelle question : « On y va quand même ? » Et tous les ans, inévitablement, ils y vont et gagnent leur pari. Qui « ils ? » Les faiseurs de miracles pardi, ceux qui, contre vents et marées, réussissent la gageure de la « normalité », extirpent de la fournaise les ingrédients de l’espoir, du Liban ressuscité.
Un pied de nez aux empêcheurs de tourner en rond, un bras d’honneur à l’adresse de ceux qui ont mis une croix sur le Cèdre, qui ont ouvert les portes de l’enfer, tous ceux qui ne s’oxygènent qu’en aspirant les fumées des incendies, des brasiers qu’ils ont eux-mêmes allumés.
Il y a ceux qui ont vendu leur âme au diable, ceux qui se prennent pour des manitous de la politique, investis de missions suprêmes, des « stratèges » qui n’hésiteraient pas à mettre le pays à feu et à sang si la réussite de leurs plans l’exigeait, si « l’intérêt » de leur communauté le commandait.
Et il y a ceux qui s’obstinent à maintenir allumée la flamme de l’espoir, celle que la société civile a toujours entretenue, dans les moments de paix mais aussi, et surtout, dans les périodes de crises et de discordes. Une flamme qui a traversé les longues années de guerres, qui ne s’est pas laissé intimider par les intégrismes de toutes sortes, par les anciens et nouveaux barbares de l’obscurantisme.
Cette espérance, alors même que les inquiétudes montent, que des politiciens, inconscients ou véreux, s’évertuent à miser sur le pire, à prophétiser, presque avec délectation, des catastrophes répétées, cette espérance-là est le rempart que des hommes et des femmes de bonne volonté ont renforcé et bétonné au fil des ans face à l’ignorance et à la coercition.
« Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver » : cette expression, aux origines naturellement totalitaires, résume, en quelque sorte, l’état des lieux au Liban. Là, on se bat, on s’étripe à coups de fusils mitrailleurs, d’obus de tous calibres, ailleurs on passe des nuits blanches pour sauver la saison des festivals, pour préserver des traditions artistiques et littéraires, celles qui ont fait et qui feront toute la différence aux heures les plus noires de notre histoire.
Là, on s’assassine de quartiers en quartiers, de venelles en venelles, on enlève à tour de bras, on fait fuir les touristes, ailleurs on refuse de croire à l’irrémédiable, on ne se laisse nullement abattre, et c’est avec ténacité, avec fébrilité que se met en place la fête de la Musique, que se préparent les Salons du livre, que se maintiennent les conférences et débats universitaires prévus de longue date.
Byblos, Beiteddine, Baalbeck, surtout Baalbeck l’indomptable, trois sites, trois messages d’espoir, la preuve par trois que la culture reste plus tenace que le revolver, le constat par trois que l’ouverture au monde, la diversité, la force de l’esprit déterminent beaucoup plus l’avenir que les fossoyeurs de la tolérance, de la vie en commun.
Byblos, Beiteddine, Baalbeck et des émules à Jounieh, Zouk, Batroun et dans tant d’autres localités aux quatre points du pays : quels que soient les aléas et les défis, les inquiétudes et les menaces, c’est un hymne à la vie qui est, bon an mal an, joué, chanté, clamé bien haut.
Alors, « on y va quand même » ? Bien sûr qu’on y va et que la fête remplisse de joie le cœur de tous ceux que l’intolérance a séparés, a dressé les uns contre les autres.
Chapeau, l’artiste !
Tous les ans, à la même période, c’est la même interrogation, la même sempiternelle question : « On y va quand même ? » Et tous les ans, inévitablement, ils y vont et gagnent leur pari. Qui « ils ? » Les faiseurs de miracles pardi, ceux qui, contre vents et marées, réussissent la gageure de la « normalité », extirpent de la fournaise les ingrédients de l’espoir, du Liban ressuscité.Un pied de nez aux empêcheurs de tourner en rond, un bras d’honneur à l’adresse de ceux qui ont mis une croix sur le Cèdre, qui ont ouvert les portes de l’enfer, tous ceux qui ne s’oxygènent qu’en aspirant les fumées des incendies, des brasiers qu’ils ont eux-mêmes allumés.Il y a ceux qui ont vendu leur âme au diable, ceux qui se prennent pour des manitous de la politique, investis de missions suprêmes, des...
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