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Nos lecteurs ont la parole

II.- M. Hollande, la France et le Liban

Ibrahim TABET
Tout en restant probablement alignée sur celle des États-Unis, la politique française au Moyen-Orient devra faire face à de nombreux défis : mener de front ses ambitions méditerranéennes, la dynamique francophone et la construction européenne qui reste sa priorité ; maintenir, malgré la sympathie des socialistes pour Israël, une position équilibrée par rapport au conflit israélo-arabe ; défendre la souveraineté du Liban face à un régime syrien qui garde une capacité de nuisance malgré son affaiblissement. Gérer ses rapports ambivalents avec l’islam qui ont également une dimension de politique intérieure et européenne, alors que celui-ci est la deuxième religion en France et que se pose la question de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Enfin tenter avec ses partenaires de faire face au problème du nucléaire iranien (voir L’Orient-Le Jour du vendredi 18 mai 2012).
Sur tous ces dossiers, la France peut de moins en moins faire cavalier seul, même si certains de ces dossiers, celui du Liban par exemple, la concernent plus particulièrement. Elle est donc davantage amenée à inscrire son action dans le cadre de l’OTAN ou de l’Union européenne, ce qui n’est pas toujours évident. Cette dernière en effet peine à définir une politique étrangère commune. Et même si se sera moins le cas avec la création d’un ministère européen des Affaires étrangères, la question reste ouverte. D’une part car il est douteux qu’une Europe à 27, dont font partie des pays comme l’Estonie, porte le même intérêt pour les affaires du Proche-Orient que la France ; et de l’autre car il est peu probable que cette dernière renonce complètement à jouer un rôle propre dans la région. C’est pourquoi dans tous les cas de figure, il appartiendra toujours à la France, même dans un cadre multilatéral, d’être le moteur principal du rapprochement entre les rives nord et sud de la Méditerranée. Si la France a de moins en moins les moyens et l’ambition de jouer un rôle politique indépendant au Proche et au Moyen-Orient, par contre son influence culturelle reste toujours aussi forte. Débordant largement le cadre traditionnel du Levant, elle touche maintenant les pays du Golfe où il y a un réel engouement pour la culture française comme en témoigne par exemple la création d’une antenne du musée du Louvre aux Émirats.
Les relations franco-libanaises ont naturellement subi l’influence des développements survenus sur la scène locale et régionale au cours des deux dernières décennies. Depuis et à cause de sa guerre de quinze ans, le Liban a perdu son rôle de pôle régional des affaires et son poids économique n’est pas comparable à celui des pays du Golfe, d’où un recul de sa position de partenaire privilégié de la France dans ce domaine. C’est moins le cas au plan culturel malgré l’américanisation croissante du pays et la progression de l’anglais. Vis-à-vis de la Syrie, la France a clairement choisi le camp du peuple contre un régime oppressif qui l’a longtemps défiée. Aujourd’hui, le Liban trouve un écho sur la scène européenne à travers ce soutien français. De son côté, la France joue de sa double image de marraine de la nation libanaise et d’interlocuteur moins partial que les États-Unis des pays arabes du Moyen-Orient pour légitimer son action au Liban qui a moins besoin de ménager l’influence autrefois incontournable de la Syrie. En effet, même si Bachar el-Assad devait parvenir à se maintenir au pouvoir, il sortira forcément affaibli après le vaste soulèvement contre son régime. Il est trop tôt pour en prévoir l’issue comme celle du printemps arabe dans les autres pays de la région S’il devait déboucher sur une avancée démocratique, le Liban ne saurait (surtout s’agissant de la Syrie) qu’en bénéficier et les relations franco-arabes et euro-méditerranéennes s’établir sur des bases plus saines. Tirant une première conclusion de ces événements, l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, avait déclaré à l’issue d’un colloque organisé à l’Institut du monde arabe : « Trop longtemps nous avons pensé que les régimes autoritaires étaient les seuls remparts contre l’extrémisme dans le monde arabe. Trop longtemps nous avons brandi le prétexte islamiste pour justifier une certaine complaisance à l‘égard de gouvernements qui bafouaient la liberté et freinaient le développement de leur pays. » Laissant entrevoir une nouvelle politique arabe de la France axée sur la défense des droits de l’homme et l’aide au développement, il a ajouté : « Ce printemps arabe est pour nous un immense espoir, mais aussi un immense défi... Nous devons tous nous mobiliser pour assurer la réussite de la transition politique. » Il a exprimé la volonté de la France de « changer notre regard sur le monde arabe » et « d’élargir le spectre de ses interlocuteurs à l’ensemble de la société civile ». Il faut espérer que François Hollande suivra la même voie.

Ibrahim TABET
Tout en restant probablement alignée sur celle des États-Unis, la politique française au Moyen-Orient devra faire face à de nombreux défis : mener de front ses ambitions méditerranéennes, la dynamique francophone et la construction européenne qui reste sa priorité ; maintenir, malgré la sympathie des socialistes pour Israël, une position équilibrée par rapport au conflit israélo-arabe ; défendre la souveraineté du Liban face à un régime syrien qui garde une capacité de nuisance malgré son affaiblissement. Gérer ses rapports ambivalents avec l’islam qui ont également une dimension de politique intérieure et européenne, alors que celui-ci est la deuxième religion en France et que se pose la question de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Enfin tenter avec ses partenaires de faire face au...
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