Des sources proches du ministre de l’Intérieur affirment que les mesures prises par ce dernier sur le terrain ont rendu son crédit à la classe politique traditionnelle tripolitaine, qui a échoué à trouver une solution au phénomène islamiste radical... si bien que ce dernier a presque réussi à donner l’illusion qu’il contrôlait la ville. Ces sources ajoutent qu’une rencontre entre les différentes parties tripolitaines – ville qui est représentée par cinq ministres au gouvernement, dont le Premier ministre –, incluant les composantes politiques du 8 et du 14 Mars ainsi que les dignitaires religieux concernés, est devenue fondamentale. Une rencontre qui prendrait l’allure de conférence de salut pour Tripoli. Toujours selon ces sources, M. Charbel aurait tout fait pour faciliter la tâche aux notables tripolitains pour qu’ils œuvrent rapidement à mettre un terme aux troubles sécuritaires en mettant en place un pacte d’honneur et une feuille de route pour un retour à la normale.
De son côté, le Premier ministre Nagib Mikati a intensifié ses contacts et a déployé tous ses efforts depuis le début des affrontements pour organiser cette conférence de salut axée sur Tripoli. M. Mikati a également insisté sur la nécessité d’un cessez-le-feu solide et durable, d’un retrait des miliciens des rues et d’un retour à la normale sans que cela ne soit interprété comme un défi pour l’un ou l’autre des belligérants. Des sources proches du Premier ministre affirment ainsi que ce dernier veut à tout prix éviter que davantage de sang soit versé, et qu’il reste attaché, envers et contre tout, à la politique de dissociation visant à immuniser la scène libanaise contre les répercussions de la crise syrienne. Selon ces sources, le Premier ministre « refuse d’entrer dans les interprétations et les analyses que font certains des événements de Tripoli après l’arrestation d’un homme accusé d’être affilié à une organisation terroriste armée, et il préfère attendre la décision de la justice, soulignant que cette dernière doit trancher rapidement la question des habitants de Denniyeh et des islamistes ».
M. Mikati aurait ainsi affirmé qu’il « prendra les mesures nécessaires pour que l’examen de ces dossiers soit accéléré », précisent ces sources, qui ajoutent que ce qui se produit à Tripoli ne saurait être isolé des développements en Syrie, après l’exacerbation des passions des différentes parties politiques pour ou contre le régime syrien. Les sources proches de M. Mikati notent enfin que le Premier ministre salue les dernières positions du courant du Futur et du président du bloc parlementaire du courant du Futur, l’ancien Premier ministre Fouad Siniora, au sujet de la crise tripolitaine et des développements au Nord. Le rôle de M. Siniora dans la participation à la solution de la crise ne peut être que salué et reconnu à sa juste valeur, soulignent-elles.
Selon l’un des ministres tripolitains, ce qui s’est produit à Tripoli revêt beaucoup plus un caractère politique – la polarisation 8 Mars-14 Mars et la situation en Syrie – que sécuritaire, en dépit du lien direct des développements avec l’arrestation de Chadi Mawlaoui. Des sources ministérielles s’inquiètent par ailleurs de la situation des déplacés syriens, qui continuent d’affluer au Liban et dont le nombre a dépassé les 32 000 personnes, réparties en quatre grandes catégories sociales et politiques, selon une enquête officielle : ceux qui sont venus résider au Liban et ont acheté des logements dans différentes régions, ceux qui ont fui pour venir travailler, ceux qui sont venus se réfugier auprès de leurs proches dans les régions frontalières, et les partisans du régime qui se trouvent sur le territoire libanais pour contrôler les déplacés et guetter l’action de l’opposition syrienne et de l’Armée syrienne libre au Liban.
Ce classement a fait l’objet de discussions entre responsables libanais et étrangers, compte tenu de l’intérêt de ces derniers pour la question des réfugiés syriens au Liban et de l’aide humanitaire à accorder à ces derniers, comme c’est le cas en Turquie, en Jordanie et à Chypre. Des associations humanitaires ont ainsi tenté de proposer de l’aide à l’État libanais à l’intention des réfugiés. Cependant, les autorités libanaises craignent l’afflux massif de ces réfugiés qui pourrait conduire à l’implosion de la politique de dissociation menée par le gouvernement vis-à-vis de la crise syrienne.
C’est d’ailleurs dans le contexte de cette implosion qu’il faut replacer, selon un ministre originaire du Nord, les événements de Tripoli. Un responsable sécuritaire affirme ainsi que des parties politiques se sont ingérées dans un dossier sécuritaire dangereux dans une grave tentative de manipulation politique. Partant, des milieux ministériels craignent que les affrontements se poursuivent à Tripoli, sauf si Nagib Mikati parvient à organiser sa conférence de salut regroupant l’ensemble des parties tripolitaines pour empêcher de transformer la ville en une sorte de « Kandahar du Liban ».


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Mikati court très vite contre la montre, et il a raison, dans un excellent article d'une non moins excellente journaliste, on pouvait comprendre que la communauté sunnite du nord serait confrontée à une conflagration localisée, d'ailleurs le" Kandahar du liban"explique tout, on sait qui meurt à Kandahar, et fait froid dans le dos des nordistes.
04 h 55, le 18 mai 2012