Les salafistes et autres partisans d’el-Qaëda sont aux portes – et même parmi nous – et nous sommes en train de traîner les pieds en les regardant faire. C’est vraiment le syndrome du « débat sur le sexe des anges » que nous vivons avant la chute irrémédiable de Constantinople. À quoi nous serviront ces débats quand ces extrémistes passeront à l’action ?
Est-ce qu’ils nous auront donné le temps de nous immuniser contre leurs dessins criminels et la destinée qui nous attend : celle qui est déjà, depuis quelque temps, celle des chrétiens d’Irak ? Est-ce qu’ils nous auraient laissé l’occasion de nous y préparer et d’élaborer les plans pour les contrer d’une manière ou d’une autre ? Saurons-nous disposer de la force de dissuasion nécessaire pour parer au danger ?
Une irakisation des chrétiens de la région n’est pas à écarter si nous ne nous préparons pas en tant que communauté et avec nos partenaires dans ce pays, qui sont nos concitoyens musulmans, pour nous prémunir contre le fanatisme rampant qui nous menace tous.
Il n’est pas interdit pour une communauté se sentant menacée de se réunir pour discuter des dangers qui la guettent et de mettre au point un plan d’action pour sa survie. Il est malin de dire qu’il ne faut pas avoir peur, mais avoir peur, c’est légitime avec ce que l’on voit autour de nous. La violence dans le nord du Nigeria est un exemple de ce que trame el-Qaëda. Et ne parlons pas des chrétiens irakiens qui ont été les premières victimes, ni des chrétiens de Homs, contraints de quitter leurs foyers. C’est bien de dire n’ayez pas peur, mais le proverbe libanais nous trotte toujours dans la tête : « Vous n’êtes pas mort, mais vous n’avez pas vu celui qui est mort ? » Voulez-vous que nous attendions jusqu’à ce qu’on vienne nous tirer de notre lit ou bien devrions-nous en discuter avant ?
Plusieurs indications nous alarment : les armes et les hommes qui traversent la frontière avec le voisin syrien ; l’entrepôt d’armes qui a explosé à Tripoli et dont on ne sait toujours rien ; un bateau bourré d’armes et de munitions qui a failli nous passer sous le nez et dont on ne sait pas à qui il était destiné, le phénomène d’el-Assir qui a surgi ; la tension à Tripoli, qui est certainement encouragée par cette fameuse « cinquième colonne » dont on n’a jamais su qui elle est ; les attaques verbales répétées contre l’armée libanaise, dernier rempart avant le chaos, par ceux-là même qui, dans l’hémicycle, sont censés la défendre et qui ne sont même pas inquiétés par la justice.
Et dire qu’il y en a qui trouvent que toutes ces indications ne sont pas convaincantes et qui continuent de prêcher la patience avant d’agir. Ne faudrait-il pas, en premier lieu, réunir des assises chrétiennes pour discuter de notre sort ? Et convoquer ensuite des assises nationales de toutes les communautés pour un code d’honneur contre les extrémismes ?
Pensez-y, mais vite avant qu’il ne soit trop tard.


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