Carlos Fuentes.
Selon la presse locale, Carlos Fuentes aurait succombé à des problèmes cardiaques dans un hôpital du sud de la capitale mexicaine.
Carlos Fuentes était l’écrivain mexicain contemporain le plus renommé doublé d’un intellectuel de gauche défenseur de l’identité sud-américaine, dont il s’était fait l’ambassadeur engagé.
Membre du Parti communiste, proche de Fidel Castro avant de s’en éloigner après l’incarcération du poète Ernesto Padilla (1971), et critique sévère du Mexique moderne, l’auteur de La mort d’Artemio Cruz est connu pour son regard aiguisé sur la société mexicaine contemporaine.
Faisant partie, aux côtés d’Octavio Paz, Gabriel Garcia Marquez ou Mario Vargas Llosa, des géants de la littérature latino-américaine contemporaine, Fuentes a souvent été cité pour le Nobel et a reçu les prix les plus prestigieux de la littérature en langue espagnole, dont le prix Prince des Asturies.
Il avait aussi été décoré de la Légion d’honneur par l’ancien président français François Mitterrand en 1992.
Professeur à Harvard et Cambridge, Princeton et Columbia, il était docteur honoris causa de multiples universités à travers le monde, la dernière étant celle des îles Baléares, qui l’avait distingué la veille de sa mort.
Fils de diplomate, Carlos Fuentes a passé ses premières années en Équateur, en Uruguay, au Brésil ou aux États-Unis, avant de retourner au Mexique à 16 ans, où, après avoir été élève du Collège français, il fera des études de droit. Il rejoint ensuite l’Institut des hautes études de Genève (Suisse), collaborant là-bas à l’Organisation internationale du travail (OIT) pour le ministère mexicain des Affaires étrangères.
Il a tout juste 20 ans quand ses premiers textes sont publiés dans des revues politico-littéraires mexicaines, et 27 quand il fonde la Revue mexicaine de littérature avec son compatriote Octavio Paz.
Écrivain et diplomate, un temps ambassadeur du Mexique en France (1975-1977), il portait depuis plus d’un demi-siècle un regard critique sur la société mexicaine contemporaine.
En 2009, Carlos Fuentes expliquait, lors du Salon du livre de Paris, écrire en espagnol parce qu’«il y a des choses qu’on ne pouvait dire qu’en espagnol. C’était une terre vierge pour l’écrivain».
Homme de gauche, il avait en 2004 spectaculairement dénoncé la politique de l’ancien président américain George W. Bush, auquel il a consacré une série d’articles regroupés sous le titre Contre Bush.
Mais ses critiques n’ont pas épargné non plus le régime du Vénézuélien Hugo Chavez, qualifiant ce dernier de «clown» et de «pire» président de la région.
En 2008, à l’occasion d’un hommage national pour ses 80 ans, il expliquait: «On doit avoir très peur d’écrire. Ça n’est pas un acte naturel comme manger, ou faire l’amour. D’une certaine façon, c’est un acte contre nature. C’est dire à la nature qu’elle ne suffit pas, qu’il faut une autre réalité, l’imagination littéraire.»
Marié avec l’actrice mexicaine Rita Macedo jusqu’à leur divorce dans les années 1970, il s’était remarié avec la journaliste Silvia Lemus. Ses deux enfants Carlos Rafael et Natasha sont décédés à 25 et 32 ans, respectivement de maladie et de causes inconnues.
L’hommage de Vargas Llosa
Le Péruvien Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature 2010, a fait part de sa «peine» en apprenant le décès de son «ami».
«J’ai eu beaucoup de peine en apprenant la mort de Carlos Fuentes. Je le connaissais depuis 50 ans et nous sommes restés amis tout ce temps sans que rien, jamais, ne viennent assombrir cette amitié», a écrit M. Vargas Llosa dans cette déclaration diffusée par sa fille sur Twitter.
«Il laisse une œuvre énorme (une cinquantaine de romans, nouvelles, essais, théâtre, scénarios, articles) qui constitue un témoignage éloquent sur tous les grands problèmes politiques et les réalités culturelles de notre temps. Il manquera non seulement à ses amis, mais également à de nombreux lecteurs», conclut le Prix Nobel.


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