Le Premier ministre Nagib Mikati et le président libanais Michel Sleiman.
En dépit de la situation explosive qui règne au niveau du pouvoir exécutif, le Conseil des ministres a quand même réussi à tenir hier soir une réunion calme qui a été marquée par un débat serein au sujet du dossier des dépenses publiques hors budget de 8 900 milliards de livres libanaises. Le président Michel Sleiman a réaffirmé sur ce plan sa position de principe, soulignant d’une manière ferme qu’il refuse de signer le décret avalisant ces dépenses en raison de son caractère illégal. Le camp du 8 Mars a campé sur ses positons à ce sujet, insistant pour que le chef de l’État signe le décret.
Aucun terrain d’entente n’ayant pu être dégagé, le débat a été reporté à mercredi prochain, le temps d’entreprendre les démarches nécessaires pour trouver une issue adéquate à ce litige.
Par ailleurs, au niveau des principales résolutions concrètes adoptées, le Conseil des ministres a chargé le Conseil du développement et de la reconstruction de préparer dans un délai de trois semaines une étude pour déterminer la faisabilité du creusement d’un tunnel à l’entrée de Jal el-Dib, à la place de l’ancien pont métallique, afin de comparer ce projet avec celui de la construction d’un échangeur en forme de « deux U opposés ». Les notables et habitants de Jal el-Dib, rappelle-t-on, réclament la construction d’un tunnel au lieu d’un échangeur en forme de deux « U ». (Pour plus d'info sur la solution en forme de « U », cliquez ici)
Mais c’est surtout le dossier des dépenses publiques qui a marqué la séance du cabinet, qui s’est tenue au palais de Baabda. Au début de la réunion, le chef de l’État a souligné d’emblée qu’il ne voulait plus être relancé sur ce sujet. « J’ai consulté des juristes qui m’ont présenté une consultation constitutionnelle et juridique dont il ressort que je ne dois pas signer le décret (sur les dépenses hors budget de 8 900 milliards de LL) car il est anticonstitutionnel, et j’ai été convaincu par cette argumentation », a indiqué le président Sleiman.
Le Premier ministre a pris à son tour la parole et a tenu des propos fermes, tout en restant calme au niveau de la forme. M. Mikati a ainsi placé les parties concernées devant leurs responsabilités, dans ce qui paraît être une véritable sommation ou une mise en garde. « Je ne peux pas continuer de la sorte avec un gouvernement qui ne peut ni effectuer des dépenses ni procéder à des nominations, alors que nous faisons face à des manifestations, à des grèves et à des problèmes sociaux, a déclaré le Premier ministre. Si le gouvernement n’est pas en mesure d’effectuer des dépenses, ni de produire, et s’il n’est pas en mesure de trouver des solutions aux problèmes, à quoi bon alors le maintenir? » a lancé M. Mikati.
« Vous avez devant vous une semaine, a ajouté le Premier ministre. Nous devons tous œuvrer à trouver une solution. Je vous transmets la loi sur la comptabilité générale. Je vous demande de la lire. Peut-être y trouverez-vous des issues pour les dépenses publiques dans des circonstances précises. » M. Mikati a donc ajourné le débat à cet égard à une nouvelle réunion que le Conseil des ministres tiendra mercredi prochain, dans la matinée, au palais de Baabda.
Selon des sources dignes de foi, la plupart des ministres ont exprimé leur point de vue au sujet de ce litige, mais les deux camps en présence (Hezbollah-CPL-Amal, d’une part et l’axe Sleiman-Mikati-Joumblatt, d’autre part) n’ont pas modifié leurs positions respectives. Le ministre Mohammad Fneich (Hezbollah) a souligné dans le cadre du débat que son parti estime que les attaques de Michel Aoun contre le président Sleiman ne constituent pas une atteinte à la première magistrature, mais reflètent une prise de position politique. M. Fneich a toutefois tenu à préciser que les positions du général Aoun n’engagent pas nécessairement le Hezbollah, et vice-versa, l’attitude du Hezbollah n’engage pas totalement le chef du CPL.
Le ministre Gebran Bassil s’est montré pour sa part moins conciliant, soulignant devant les journalistes, après s’être retiré momentanément de la salle de réunions, que « rien n’ira au sein du gouvernement ». Son collègue de la Défense, Fayez Ghson, s’est montré tout aussi critique, dénonçant sans détours la paralysie du cabinet.
En tout état de cause, les parties en présence ont maintenant une semaine pour trouver une issue à ce problème des dépenses publiques. Le ministre des Finances, Mohammad Safadi, a souligné sur ce plan qu’il faudrait miser sur les démarches du chef du législatif et du Premier ministre pour convaincre le leader du PSP, Walid Joumblatt, d’accepter d’assurer le quorum nécessaire à la Chambre pour permettre le vote du projet de loi sur les 8 900 milliards de LL. Il reste que le ministre Ghazi Aridi a clairement défini hier, lors de la séance du cabinet, la position du bloc Joumblatt à ce propos. M. Aridi a ainsi souligné que les députés du PSP seraient favorables à un vote au Parlement sur les 8 900 milliards de LL, à condition toutefois que ce vote s’accompagne d’une manière concomitante d’une légalisation par les députés des dépenses hors budget de 11 milliards de dollars effectués par les précédents gouvernements de Fouad Siniora et de Saad Hariri. Pour le PSP, les parties présentes au sein du gouvernement actuel, en l’occurrence le Hezbollah et Amal, étaient présentes au sein des cabinets Siniora et Hariri et ont profité des 11 milliards de dollars, et par voie de conséquence, rien ne devrait empêcher que les deux dossiers des dépenses hors budget (les 8 900 milliards de LL et les 11 milliards de dollars) soient avalisés et légalisés de manière concomitante. Une logique qui est cependant réfutée par le tandem Hezbollah-CPL ...
Pour mémoire
Aucun terrain d’entente n’ayant pu être dégagé, le débat a été reporté à mercredi prochain, le temps d’entreprendre les démarches nécessaires pour trouver une issue adéquate à ce litige.
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