Walid Joumblatt, Michel Aoun et Saad Hariri, les orateurs du week-end passé.
Dans le monde entier, des gouvernements sont aux prises avec une grosse crise financière qui balaye des chefs d’État et ouvre la porte de certains Parlements à des avatars du nazisme. Au Liban, ce ne sont nullement les milliards manquants qui secouent l’aréopage politique, c’est une interminable et risible querelle politicienne sur l’argent dit « propre » et l’argent dit « sale ».
Ailleurs, les sous manquent. Ici, pas encore tout à fait, mais on trouve quand même le moyen de paralyser les rouages des finances publiques, parce que dans le bras de fer engagé sur le contrôle du pouvoir et du pays, nul ne veut, à aucun moment, s’avouer un tant soit peu vaincu.
Après les joutes oratoires du week-end écoulé, les positions demeurent pratiquement les mêmes : un trio huit-marsiste (Amal, Hezbollah et bloc du Changement et de la Réforme, mais ce sont surtout les deux derniers) qui insiste pour obtenir un quitus sur les dépenses faites par le gouvernement en place en 2011 et, dans le même temps, à maintenir une épée de Damoclès sur celles des gouvernements précédents ; une opposition prête une nouvelle fois à provoquer, grâce à l’appoint joumblattiste, un défaut de quorum à la Chambre pour faire échec aux menées du 8 Mars ; et un président de la République qui s’efforce de préserver l’équilibre entre les deux camps.
Le problème qui se pose ne concerne pas, hélas, que les dépenses passées. Là où l’affaire prend des proportions dramatiques, c’est qu’en l’absence de solution légale à toutes ces dépenses faites hors budget depuis 2006, le gouvernement en place se retrouve aujourd’hui même dans l’impossibilité de dégager des avances pour faire fonctionner à peu près normalement la machine étatique.
Il est vrai que des propositions ont été faites ces derniers jours par le 14 Mars et par des parties centristes au sein du gouvernement pour dissocier 2012 des années précédentes. Ces propositions ont fait l’objet d’intenses discussions hier entre divers responsables au sein de l’exécutif en prévision de la séance du Conseil des ministres prévue demain mercredi. Certaines sources évoquent des issues possibles, mais on ne sait pas encore lesquelles.
Le plus grave dans l’affaire, c’est qu’elle met en lumière les véritables causes qui empêchent l’adoption d’un budget en bonne et due forme, en présence duquel tout ce micmac autour des milliards n’aurait pas de raison d’être.
Tout le monde connaît les raisons qui ont empêché les gouvernements précédents non pas d’établir des projets de budget, ce dont ils s’étaient acquittés, mais de pouvoir les faire ratifier : guerres, assassinats, fermeture du Parlement, cabinets dits d’« union nationale », etc. S’est-on demandé pourquoi le gouvernement en place n’est pas encore parvenu ne serait-ce qu’à discuter d’un projet de budget pour 2012, alors même qu’il est numériquement dominé par un seul camp ?
Deux raisons essentielles transparaissent aux yeux des observateurs et les deux sont éminemment politiques : d’abord, le refus du 8 Mars d’entériner officiellement le financement du Tribunal spécial pour le Liban et, ensuite, la fuite face aux responsabilités sociales, économiques et financières.
En France, deux candidats se sont affrontés principalement autour d’une équation claire, qui se pose d’ailleurs partout dans le monde : la rigueur budgétaire, tueuse de croissance, contre la politique de croissance, forcément dépensière. Et les deux ont assumé jusqu’au bout leur choix respectif devant l’opinion.
Au Liban, le gouvernement est conscient qu’il lui faut prendre, ne serait-ce que dans une dimension restreinte, des mesures financières et fiscales impopulaires. Tout le monde n’étant pas Fouad Siniora (pour défier l’impopularité autant qu’il l’a fait dans sa carrière de ministre des Finances puis de Premier ministre), la solution la plus facile est de prendre la poudre d’escampette. Et le 8 Mars au pouvoir a fait preuve jusqu’ici d’un talent unique à ce propos : filer à l’anglaise, certes, mais en ayant l’air de livrer des épopées héroïques au service de la veuve et de l’orphelin !
S’agissant d’épopées, comment ne pas s’arrêter quelque peu sur le discours-fleuve prononcé samedi par le général Michel Aoun, du côté de Jounieh ? Actualité oblige, certains passages de son texte ne sont pas sans rappeler – dans leur saveur du moins, le contexte étant très différent – les philippiques d’une Marine Le Pen contre la classe politique établie en France.
Il y a juste un détail que le général Aoun feint d’oublier : c’est qu’il est présent, lui, au sein du gouvernement, et plutôt lourdement...
Mais au-delà de la teneur du discours, ce qui paraît essentiel dans la démarche aounienne, c’est le lancement de la campagne électorale des législatives... un an avant les élections. Ce fait inhabituel témoigne à lui seul de l’ampleur de la faillite que vivent le gouvernement en place et ses composantes les plus radicales.
Et lorsque l’un descend dans l’arène, les autres le suivent, forcément. C’est naturellement le cas du chef du PSP, Walid Joumblatt, qui a profité dimanche de l’aubaine pour se démarquer davantage encore de ses pseudo-alliés du moment. M. Joumblatt a ainsi esquissé plus clairement que jamais le tableau de ce que sera sa campagne électorale 2013 dans le Mont-Liban-Sud : l’hommage appuyé rendu aux « martyrs des Kataëb, des FL et du PNL » de la Montagne, aux côtés de ceux du PSP, pourrait ainsi signifier qu’il maintiendrait son alliance avec ces formations à Aley et dans le Chouf, en plus naturellement du courant du Futur.
Quant à Saad Hariri, s’il s’est montré plus mesuré dans la forme lors du meeting de la place des Martyrs, il n’en a été pas moins combatif dans le fond, réitérant en clair, quoique implicitement, ce qui constitue son credo politique depuis son départ du gouvernement : pas question d’un retour à une quelconque coalition avec le Hezbollah en cas de victoire du 14 Mars.
Dans un an, beaucoup d’eau aura peut-être coulé sous les ponts. Il n’empêche que le scrutin de 2013 s’annonce d’ores et déjà très, très « chaud »...
Ailleurs, les sous manquent. Ici, pas encore tout à fait, mais on trouve quand même le moyen de paralyser les rouages des finances publiques, parce que dans le bras de fer engagé sur le contrôle du pouvoir et du pays, nul ne veut, à aucun moment, s’avouer un tant soit peu vaincu.
Après les joutes oratoires du week-end écoulé, les positions demeurent pratiquement les mêmes : un trio huit-marsiste (Amal, Hezbollah et bloc du...



