Il suffisait en somme de se présenter en anti-Sarkozy pour devenir le septième président de la Ve République. Et surtout parler de croissance, quitte à promettre la lune, plutôt que d’austérité (laquelle ne devrait pas être une fatalité pour l’Europe, répétait Hollande). Comparez à cet égard le discours prononcé il y a cinq ans presque jour pour jour par l’homme à la montre Patek Philippe et aux boutons de manchette Mont Blanc et celui de son successeur : il y est question des valeurs républicaines fondées sur l’humanisme, la laïcité, la solidarité. Avec, cette fois, une différence de taille, représentée par une forme d’opposition aux théories et à la domination allemandes sur la scène européenne. À cet égard, convient-il de souligner, ce sont les résultats des législatives grecques qui ont pesé sur la réaction des marchés en ce début de semaine.
Il n’en reste pas moins qu’après avoir dévissé, on se prend à espérer que les Bourses sauront se ressaisir, tant il est vrai que, dans le monde impitoyable de la haute finance, on sait se montrer pragmatique et laisser au nouvel élu, à tout le moins pour un certain temps, le bénéfice du doute. Mais la période de grâce ne peut durer trop longtemps. On veut croire aussi que François Hollande ne mettra pas une hâte excessive à réaliser toutes les réformes promises s’il veut réellement compléter le pacte fiscal européen par des mesures de croissance. Il existe sur la question un sondage Ipsos pour France Télévisions, Radio-France, Le Point et Le Monde qui en dit long sur l’état d’esprit de l’électeur français. Réalisée entre le 3 et le 5 mai, l’étude indique que 46 pour cent des personnes interrogées s’attendent à une dégradation de la situation si Hollande est élu, 26 pour cent seulement pensant qu’elle va s’améliorer et 28 pour cent s’avouant sans opinion.
Dès dimanche soir, le vainqueur de la journée était invité (convoqué ?) par Barack Obama et Angela Merkel à discuter des grands thèmes de l’actualité internationale, soit, pour le premier, le retrait d’Afghanistan des troupes françaises prévu dès la fin de l’année en cours, et, pour la seconde, l’avenir d’un attelage qui, à l’évidence, nécessite un réexamen. Avec, dans le second volet, cette épée de Damoclès représentée par un tiédissement des rapports entre les deux pays qui déboucherait immanquablement sur la mise en terre de la monnaie unique. À moins de voir naître un
Merklande venant prendre le relais du défunt Merkozy.
En l’espace de quelques jours, on a vu en Europe le gouvernement hollandais s’effondrer, un régime chuter lourdement en Grèce, un mouvement de protestation gagner en ampleur en Espagne. Et par-dessus tout un continent honnir à l’unisson la panacée prescrite par le Fonds monétaire international. Il ne suffit plus de prôner la rigueur pour espérer sauver les meubles, encore que celle-ci continue de représenter un objectif primordial mais non pas le seul si l’on veut parvenir à une certaine forme de justice sociale, ce graal mythique que recherchent tous les régimes, de gauche comme de droite.
Il importe de retenir que, comme tous les choix, ceux qui viennent d’être faits ne peuvent que paraître faussés car l’on juge, d’un côté, un bilan et, de l’autre, des promesses. Et puis, pour dérider un peuple prisonnier de sa morosité, il faudrait plus que de l’humour. Plus de vraie force aussi que de fausse tranquillité, si l’on ne veut pas le voir, ce peuple, céder à la tentation suicidaire, ainsi que le diagnostique aimablement un éditorialiste du Washington Times.

