Un colloque international... Pourquoi au Liban et pourquoi maintenant ?
L’Institut d’études islamo-chrétiennes à l’Université Saint-Joseph, dans le cadre du Master en relations islamo-chrétiennes et avec le soutien de la Fondation Georges N. Frem, a organisé un colloque international sur le thème : « Figures du dialogue : problématique, grands pionniers et perspectives comparées ».
Les participants de cinq pays (États-Unis, France, Italie, Suisse, Tunisie) ont présenté des perspectives comparatives.
Quelles sont les figures du dialogue qui, dans les moments de paix comme dans ceux de tension, de crise et de conflit, établissent la communication, le partage et les ponts et défendent aussi, avec clarté, détermination et engagement, les valeurs fondamentales qui garantissent la convivialité, la démocratie et la paix ?
Engager des dialogues dans un esprit de compromis, mais sans compromission, représente un des plus grands dilemmes de notre temps. Le processus de démocratisation et du « vivre ensemble » dans des sociétés complexes est aujourd’hui inéluctable, tout comme l’exigence, à l’encontre d’un relativisme à outrance, de réhabiliter les normes qui sont le fruit des acquis de la civilisation.
Le dialogue dans un pays comme le Liban est un impératif au quotidien, impératif qui peut cependant être instrumentalisé pour des enjeux de pouvoir ou servir de couverture à l’opportunisme et à un pacifisme servile.
Nous vivons certes à l’ère de la propension au dialogue, dans les rapports internationaux, intraétatiques et interpersonnels, face à l’extension des replis identitaires, des conflits armés par procuration et aussi des exigences de plus en plus fortes de fraternité et de solidarité.
Le Liban a vécu presque toutes les expériences et formes de dialogue, surtout dans les années 1975-1990. De cette expérience, à la fois tragique et exaltante, il faut tirer les leçons dans une perspective à la fois libanaise, arabe et internationale.
Le colloque international a proposé de :
1- dégager des figures pionnières du dialogue dans un esprit d’unité, de solidarité et d’État de droit.
2- Porter l’attention sur les pionniers inconnus du dialogue, des gens ordinaires qui, dans la vie quotidienne et dans les moments de crise et de conflits armés, sont des artisans de paix, de concorde et de défense des droits élémentaires des personnes, le plus souvent dans la rue,
le quartier, la localité, le
village.
3- Traduire les perspectives et conclusions du colloque dans les programmes culturels et éducatifs au Liban et dans le monde arabe en général, en vue d’une culture d’unité, de démocratie et de paix.
Ce sont des objectifs ambitieux, mais l’instauration d’une culture de dialogue sur des bases solides exige des travaux à la hauteur des défis, et ce colloque était une contribution importante dans cette voie. De surcroît, il ne s’est pas restreint aux seuls académiciens et/ou chercheurs dans une tour d’ivoire, mais ouvert à toutes les personnes qui croient qu’au Liban la gestion démocratique de la diversité est possible, réalisable et passe par le dialogue. Ainsi nous pourrons faire du Liban l’antithèse du « choc des civilisations », un modèle pour la région et pour le monde.
Les recommandations du colloque seront mises en application dans les programmes culturels et éducatifs au Liban et ne resteront pas rangées dans des archives, pour usage futur, comme c’est l’habitude chez nous...
Je conclus mes premières impressions par cette expression de nos amis anglo-saxons : « The proof of the pudding is in the eating. » Nous avons été privilégiés, au fil des séances, d’avoir des contributions excessivement enrichissantes dans un événement de stature internationale. Il ne reste plus qu’à continuer sur cette voie pour un meilleur « vivre ensemble » au Liban.
Sami Antoine KHALIFÉ
Ing. physique

