Si cette nouvelle s’inscrit dans le registre du conflit opposant le Liban à Israël depuis plus d’un demi-siècle, elle devrait aussi servir de rappel de l’existence d’autres murs qui ont été dressés à travers le monde. En effet, alors que l’on croyait que les murs avaient perdu à la fois leur fonction idéologique, suite à la fin de la guerre froide, et leur fonction militaire, étant donné qu’avec les évolutions des armes conventionnelles, ils ne pouvaient plus offrir de rempart contre les attaques ou les invasions, on se rend compte que leur objectif qui est de garder l’autre à distance traduit le primat de la continuité de la nature conflictuelle des relations internationales et un scepticisme avéré sur les moyens nécessaires pour la dépasser.
Ainsi, à titre d’exemple, le Parlement israélien vote en juin 2002 un budget pour faire construire une barrière le long de la ligne verte qui correspond à l’armistice de juin 1949. Justifiée par une vague d’attentats, elle serait, selon le gouvernement israélien, temporaire, puisque sécuritaire, et ne préjuge donc en rien le tracé d’un futur État palestinien. En revanche, pour les Palestiniens, ce mur est le « mur de la honte ». Il est, selon eux, tout à fait politique, et exprime sur le sol la volonté d’annexer une partie des territoires palestiniens en Cisjordanie. En juillet 2004, la résolution ES-10/15 des Nations unies déclare illégale la barrière de sécurité. Cependant, la condamnation de cette séparation physique est aussitôt tempérée par un autre paragraphe qui exige de l’Autorité palestinienne de faire cesser les attentats. Suite à la construction de la séparation, le bilan des morts israéliens serait passé de 400 en 2002 à 50 en 2005, selon les autorités de Tel-Aviv.
Du côté de l’Irak, on a assisté, il y a quelques années, à l’édification de murs destinés à empêcher les attentats-suicide dans certains quartiers de Bagdad, comme celui qui entoure la zone verte abritant l’ambassade américaine et une grande partie des ministères irakiens. Des murs qui n’ont fait que traduire la reconnaissance tacite du sectarisme et de l’éclatement communautaire de ce pays. Mais loin des murs sécuritaires, c’est principalement sur le Vieux Continent que les murs économiques prennent pied. Effectivement, avec la mise en place des accords de Schengen à l’intérieur de l’Union européenne, la fonction de contrôle des frontières a été reportée vers les pays placés aux « avant-postes » de l’Union. Où, pour limiter l’immigration clandestine, l’Union européenne a fait construire une barrière métallique de 6 mètres de haut, renforcée par un système de cordes métalliques tressées entre les zones marocaine et espagnole. Certes, ce mur ne peut contenir une force militaire. Son objectif est économique, il vise à séparer des populations aux niveaux de vie différents, en empêchant les plusieurs centaines de migrants africains de pénétrer dans l’espace Schengen à partir des deux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla au Maroc. Idem de l’autre côté de l’Atlantique, où les autorités américaines ont construit le long de la frontière du Rio Grande, entre les États-Unis et le Mexique, un mur destiné à assurer la sécurité économique de leur pays à travers le contrôle des flux et des trafics de tout genre.
Le constat qui s’impose est le suivant : alors que la fin de la guerre froide en 1989 marquait la réussite de la politique d’endiguement et du consensus universel sur la démocratie et le libéralisme, que la chute du mur de Berlin sonnait le glas de tous les murs, désormais appelés à disparaître, que la mondialisation était supposée faire tomber les barrières, impuissants, nous assistons aujourd’hui au renouvellement des comportements d’hier et nous comprenons enfin combien il est difficile de vaincre ce pessimisme ancré dans une vision conflictuelle et répétitive de l’histoire qui trouve son origine dans les théories réalistes.
Jocelyne EL-BOUSTANY
Docteure en sciences
politiques, spécialiste de la
communication politique


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef