Si l’aviation dans le monde arabe était un pays, il ferait bon y vivre, en tout cas en cette période. Pour la région Moyen-Orient seulement, le secteur du transport aérien fournit de l’emploi à 2,7 millions de personnes (5 % du total mondial des emplois du secteur) et contribuerait au PIB régional à hauteur de 129 milliards de dollars. Ce sont en tout cas les chiffres avancés lundi dernier par plusieurs experts, réunis à l’occasion de la 2e édition du sommet arabe de l’aviation et des médias qui s’est tenu à l’Université américaine de Charjah (AUS) et a été organisé par Air Arabia, en partenariat avec la chaîne de télévision CNBC Arabia.
Prenant la parole, le PDG de la compagnie « low cost » Air Arabia, Adel Ali, explique qu’en 1945, il aurait fallu à une personne à revenu moyen 130 semaines de travail pour pouvoir s’acheter un billet d’avion Grande-Bretagne-Australie, alors qu’en 2010, il n’en faut pas plus de 1,7 semaine. Cet exemple illustre à lui seul le développement d’un secteur qui a prévu de créer 294 000 emplois supplémentaires dans la région d’ici à 2030.
« Malgré la hausse des prix de tous les biens et services, les tarifs pratiqués par les compagnies d’aviation sont à la baisse », souligne M. Ali. La croissance du secteur est de l’ordre de 7,9 % dans la région, soit la croissance mondiale la plus forte. Parallèlement, les prévisions pour le nombre de passagers en 2030 avancent un chiffre de 220 millions, en hausse de 185 % par rapport au nombre de passagers enregistrés en 2010 (77 millions). Notons que les passagers du Moyen-Orient représentent 3 % du total des passagers et que la contribution du secteur aérien dans le PIB régional est de 6 %.
Ces chiffres sont soutenus notamment par le développement des compagnies à coûts réduits ou compagnies « low cost », ces sociétés qui permettent depuis des années la mobilité des personnes à budget réduit. Une plus grande connectivité régionale a permis l’accroissement de la productivité non seulement dans le secteur du transport aérien, mais aussi dans plusieurs secteurs parallèles, tels que le tourisme, les échanges commerciaux, la logistique, voire les économies nationales au sens large du terme. Si le secteur semble effectivement jouir d’une position privilégiée en temps de crise politico-sécuritaire, il n’en demeure pas moins qu’il souffre de plusieurs maux.
Des obstacles parfois insurmontables
La hausse soutenue des prix du fuel est un challenge lourd à porter pour le secteur, indique le directeur général adjoint de l’Aviation civile aux Émirats arabes unis (EAU), Omar bou Ghalib. Soulignons que le coût le plus élevé encouru par les compagnies d’aviation est justement le prix du fuel. S’ajoute à cela une pénurie de pilotes, déplore M. bou Ghalib. Interrogé à ce propos par l’un des journalistes, le président de l’AUS, Peter Heath, ancien doyen de l’Université américaine de Beyrouth 10 ans durant, souligne que le devoir du corps enseignant est d’apporter aux secteurs privé et public des jeunes formés pour répondre aux attentes du marché de l’emploi. « L’obstacle auquel fait face le monde académique est de pouvoir jongler entre les attentes d’un monde de plus en plus globalisé et celles des spécificités des marchés locaux. ». Le manque d’infrastructure et le faible taux des investissements privés dans le secteur sont des raisons qui figurent également sur la liste des obstacles que le secteur doit surmonter. Les experts présents lors du sommet s’accordent tous sur le fait que les révolutions du monde arabe n’ont pas aidé à la consolidation du secteur. Pourtant, ce qui semble freiner l’expansion du transport aérien, c’est surtout la réticence des pays arabes à libéraliser le secteur, en d’autres termes pratiquer des politiques de ciel ouvert « open sky », des politiques qui visent à faciliter les modalités en terme de circulation aérienne. « Il faudrait prendre exemple sur le Liban » martèle M. Ali, qui explique que malgré une guerre civile qui a duré à peu près deux décennies, le Liban a pris la décision de libéraliser son espace aérien ; une décision qui selon lui a bénéficié non seulement à l’économie en général mais à la compagnie aérienne nationale MEA. Un avis qui ne semble pourtant pas être entièrement partagé par le PDG de la MEA Mohammad el-Hout qui ne manque pas une occasion pour souligner la nécessité de régulariser cette libéralisation afin de protéger la compagnie nationale des pratiques de compétition déloyale. Car, rappelons le, mis à part le Koweït, le Liban est le seul pays à avoir adopté une politique de ciel ouvert, et ce à partir de 2002.
Si les participants ont avancé les facteurs technico-économiques qui définissent les contours du secteur aérien, l’absence des raisons politiques ou la volonté de ne pas débattre de celles-ci était flagrante. Les « questions qui dérangent » à savoir les raisons politiques ainsi que les rouages des relations internationales ont été évitées, même lorsque les journalistes présents ont insisté pour obtenir des réponses concrètes. C’est un peu (beaucoup) comme se retrouver dans une boutique de porcelaine où trône un mammouth... et vouloir discuter avec la propriétaire des dernières tendances en matière d’art de la table.


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