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Nos lecteurs ont la parole

Où va le Moyen-Orient ?

Par Dr Riad JREIGE
Dans le monde, les grandes puissances cherchent à sauvegarder et à étendre leurs territoires respectifs. En filigrane pour la région du Moyen-Orient, les richesses pétrolières, leur position stratégique, le choix de leurs interlocuteurs ainsi que la protection d’Israël.
Il s’agit d’un rapport de force qui s’exerce économiquement à un niveau mondial mais aussi, militairement, entre les puissances régionales.
La situation politique instable de l’Afrique du Nord, de la région su Sahel et la présence d’el-Qaëda du Maghreb islamique (AQMI) ou de ses cousins, de l’Afrique de l’Ouest ainsi que la Corne de l’Afrique ajoutée à la porosité de leurs frontières, laissent présager des préparatifs pour sinon des interventions militaires, du moins une influence politique, économique et militaire grandissante.
Nous savons que les USA veulent et se donnent les moyens pour garder cette suprématie acquise depuis la fin de la guerre froide, à la fin des années 1980.
À terme, ils seront obligés de passer de l’exclusivité absolue à l’échelle mondiale (après s’être appuyés sur l’Europe, traduite sur le terrain par les différentes invasions de pays de la région avec de fausses bonnes raisons), à l’arrêt de cette progression militairement influente et le nécessaire partage des richesses pour les nouvelles puissances qui cherchent, elles aussi, à s’en emparer.
Comment s’opérera ce partage, quels moyens seront utilisés pour que chacun étende son influence, s’y prendront-ils différemment que pendant la guerre froide avec la «logique atomique» dissuasive à grande échelle et en multipliant les soupapes à travers des conflits locaux pour que les idées sous-tendues de violence s’expriment et laissent en paix les grandes puissances?
Les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique seront-ils à nouveau sacrifiés sur l’autel du cynisme et de l’égoïsme, ne tenant aucun compte de toute idée de liberté, de démocratie et d’autodétermination? D’ailleurs, en ont-ils conscience?
Touchera-t-on aux frontières des États, pour en créer d’autres, basées sur une logique de partitions ethniques ou communautaires spécialement autour des richesses, dans le seul but de les exploiter ou autour d’Israël plus conforme à l’idée que cet État se fait d’un État-nation?
Quel rôle peut continuer à jouer l’ONU ? Continuera-t-elle à se comporter comme le vassal de la superpuissance en «légalisant» des actes totalement illégaux, contraires à la notion même de droits de l’homme et du citoyen?
Toutes ces questions reflètent de vraies interrogations quant à l’avenir de cette région du monde qui semble plus tourmentée que jamais spécialement durant la période que nous traversons.
Période largement dérivée du début des années 1990, qui a vu les événements de septembre 2001 et les interrogations qu’ils continuent à susciter.
Beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte pour expliquer la complexité des événements actuels et à venir.
– La Libye n’a pas de frontière avec Israël, la Syrie si. La Syrie a nettement moins de réserves pétrolières que la Libye. Ces deux caractéristiques expliquent l’évolution différente des événements dans ces deux pays.
Aujourd’hui, la Libye post-Kadhafi est conforme à ce qu’a voulu en faire l’OTAN.
En y regardant de plus près, c’est AQMI ou son équivalent qui est au pouvoir (gouverneur de Tripoli). Il s’agit de fondamentalistes dont l’Occident paraît s’accommoder, voire pousse pour les mettre en place, comme ce qu’il avait fait pendant une quarantaine d’années avec les différents dictateurs de la région.
– En Syrie l’on voudrait que ce soit la même logique qui s’applique.
Alain Juppé, pour ne parler que du ministre français des Affaires étrangères, pousse pour que le régime de Bachar el-Assad soit renversé.
Mais la Syrie n’est pas la Libye. La Syrie est l’alliée de la Russie et de la Chine sur le plan des influences militaire, diplomatique et stratégique.
– Le Liban sur le plan sécuritaire paraît stable depuis l’attaque menée, avec le feu vert américain en 2006, d’Israël contre le Hezbollah et le Liban. Plusieurs tentatives de déstabilisation paraissent toutes avoir, à ce jour, échoué (Nahr el-Bared (armée salafistes), mai 2008 débouchant sur l’élection du président (essai de guerre civile dans les rues de Beyrouth), le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) essayant sans succès de prouver l’implication du Hezbollah dans les assassinats perpétrés au Liban depuis 2004).
Les tentatives de déstabilisation du pays du Cèdre n’ont pas cessé pour autant.
Si le Liban ne sait pas se protéger, l’évolution des événements en Syrie aura, à n’en point douter, des répercussions sur sa stabilité.
Que Bachar reste en place ou qu’il soit renversé, que les opposants syriens soient des démocrates ou de purs terroristes employés par des puissances régionales comme le Qatar ou l’Arabie saoudite dans le seul but de provoquer la désolation et le chaos, la répercussion au Liban est inéluctable.
Paradoxalement, vu de l’extérieur, pour celui qui veut dépasser les versions officielles, le combat pour la liberté ne paraît pas être loyalement mené par les puissances occidentales.
Mais pour combien de temps?
S’agit-il d’un combat pour la démocratie? Ne s’agit-il pas d’un stratagème différent pour en finir avec le Hezbollah, formé de «représentants de l’Iran» aux portes d’Israël?
Ne s’agit-il pas plutôt d’un stratagème différent pour couper les arrières du Hezbollah au Liban, en renversant le régime syrien afin d’atteindre l’Iran et y renverser le régime?
Je pense que la méthode employée par les Occidentaux pour arriver à leurs fins est effrayante. Elle a commencé bien avant le 11 septembre 2001 pour investir le Grand Moyen-Orient afin de mettre la main sur l’énergie pétrolière, faire disparaître les ennemis de la politique israélienne et éviter de trouver une solution viable pour le peuple palestinien.
Comment s’exprimera la réponse de la population arabe face à un tel plan mené par les «défenseurs des droits de l’homme» dans une région assoiffée de droit, de justice et de paix?
Nul ne le sait, mais les Occidentaux doivent savoir qu’en agissant localement comme ils le font, ils sèment la mort et surtout la haine. Celle-ci ne restera pas cantonnée éternellement. Elle s’exportera et se retournera, sans possibilité de canalisation, contre l’Occident et ses représentants locaux, et ce d’une manière brutale et imprévisible.

Dr Riad JREIGE
Montpellier – France
Dans le monde, les grandes puissances cherchent à sauvegarder et à étendre leurs territoires respectifs. En filigrane pour la région du Moyen-Orient, les richesses pétrolières, leur position stratégique, le choix de leurs interlocuteurs ainsi que la protection d’Israël. Il s’agit d’un rapport de force qui s’exerce économiquement à un niveau mondial mais aussi, militairement, entre les puissances régionales.La situation politique instable de l’Afrique du Nord, de la région su Sahel et la présence d’el-Qaëda du Maghreb islamique (AQMI) ou de ses cousins, de l’Afrique de l’Ouest ainsi que la Corne de l’Afrique ajoutée à la porosité de leurs frontières, laissent présager des préparatifs pour sinon des interventions militaires, du moins une influence politique, économique et militaire grandissante.Nous...
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