L’unique débat télévisé entre Nicolas Sarkozy et François Hollande pour le second tour de l’élection présidentielle française, demain soir, pourrait battre des records d’audience sur fond de regain d’intérêt pour la campagne à l’approche du verdict. Le candidat socialiste a estimé qu’il s’agirait d’un moment « important » mais « pas décisif ». En revanche, Valérie Pécresse, porte-parole du gouvernement, s’est déclarée persuadée qu’il pouvait changer la donne au profit du président sortant.
L’intérêt pour la campagne a bondi depuis le début du duel du second tour, puisque 70 % des sondés se disent assez ou très intéressés, soit un gain de quatre points en une semaine, selon une enquête IFOP/Fiducial de vendredi dernier. En 2007, un peu plus de 20 millions de téléspectateurs avaient suivi le débat entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, qui avait duré plus de deux heures et demie. Cette fois encore, il durera entre deux heures et deux heures trente. L’émission, intitulée « 2012 – Le débat », est coproduite par TF1 et France 2, et sera retransmise sur les radios et les chaînes d’information continue. Elle sera animée par les journalistes Laurence Ferrari (TF1) et David Pujadas (France 2).
Le débat, qui débutera à 21h00 heure locale, devrait s’ouvrir sur des thèmes économiques, qui apparaissent dans les sondages comme la principale préoccupation des Français, puis aborder les questions de société, notamment la sécurité et l’immigration. Suivront les sujets de politique étrangère, en particulier la question de la date du retrait des troupes françaises d’Afghanistan. En avant-goût du débat, M. Hollande a annoncé hier sur Europe 1 qu’il reverrait, s’il était élu, la gratuité de la scolarité dans les lycées français de l’étranger, en mettant en place « un mécanisme de bourses ». Il a dénoncé un système « assez choquant » instauré par l’actuel chef de l’État, avec « la gratuité des inscriptions sans conditions de ressources ». Selon lui, ce système bénéficie notamment aux exilés fiscaux « qui ne paient pas d’impôts en France et en plus bénéficient de la gratuité des cours ». M. Hollande a par ailleurs confirmé qu’il « renégocierait les conventions fiscales » avec les pays accueillant des exilés fiscaux français afin de reprendre « une partie de ce qui aurait dû être versé » au fisc.
Plainte judiciaire du président
Par ailleurs, la tension d’avant le débat est encore montée d’un cran. Le site d’information Médiapart a affirmé ce week-end que l’ex-dirigeant libyen Mouammar Kadhafi avait donné son accord à un financement à hauteur de 50 millions d’euros de la campagne Sarkozy en 2007. Médiapart a appuyé ses accusations sur une note écrite qui émanerait de l’ancien régime libyen. Hier, M. Sarkozy a annoncé une contre-attaque judiciaire à ces accusations. « Ce document est un faux grossier, a affirmé M. Sarkozy sur la chaîne France 2, il y a une morale, ceux qui mentent, ceux qui font défaut doivent être condamnés par la justice. » Deux anciens dignitaires du régime Kadhafi, dont les noms sont cités par Médiapart, ont par ailleurs démenti toute implication. Moussa Koussa, ex-chef des services de renseignements extérieurs de la Libye qui vit en exil à Doha, serait l’un de ces deux dignitaires et aurait signé le document de sa main. Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour « faux et usage de faux » et « publication de fausses nouvelles », à la suite de la plainte de M. Sarkozy. La plainte vise le site Médiapart, son directeur de la publication Edwy Plenel, ainsi que les deux journalistes Fabrice Arfi et Karl Laske qui ont signé l’article. Un autre média, le magazine français Les Inrockuptibles, s’intéresse également aux relations Sarkozy-Kadhafi. Citant des documents diplomatiques, il assure dans son édition à paraître demain que la libération en 2007 des infirmières bulgares, par l’entremise du président français, avait eu pour contrepartie un accord « secret » sur le nucléaire.
D’un autre côté, le camp du socialiste François Hollande s’est retrouvé gêné par les polémiques entourant le retour de Dominique Strauss-Kahn dans l’espace politique et médiatique. Dans des propos rapportés par un journaliste américain, DSK a affirmé vendredi que les accusations de viol portées contre lui, il y a presque un an à New York, avaient été exploitées par la droite française pour empêcher sa candidature à la présidentielle. Mais surtout, son invitation samedi à la soirée d’anniversaire d’un député socialiste, Julien Dray, a fait scandale. Car plusieurs des animateurs de la campagne de François Hollande s’y trouvaient également.
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