On apprend de bonne source que le président autrichien Heinz Fischer, qui a effectué ces deux derniers jours une visite officielle au Liban, comptait évoquer dans un discours la genèse du drapeau libanais et sa similitude avec celui de l’Autriche.
Finalement, il n’en a plus été question, mais le projet a suscité l’intérêt des amateurs d’anecdotes historiques. Une explication s’impose : l’un des artisans de l’indépendance du Liban, Henri Pharaon (1901-1993), ancien ministre des Affaires étrangères, était un grand ami de l’Autriche et présidait une association d’amitié libano-autrichienne. Président de la commission de l’Hymne national, le « Khawaja », comme on le surnommait, avait aussi contribué au façonnement du drapeau libanais. Or ce dernier présente de claires similitudes avec l’emblème autrichien, formé lui aussi de deux bandes rouges horizontales et d’une bande blanche au milieu.
Pour les Autrichiens, il était clair qu’Henri Pharaon s’était inspiré de leur drapeau (utilisé dans la période de l’entre-deux-guerres jusqu’à l’Anschluss, en 1938, puis à nouveau depuis 1945) pour façonner l’emblème libanais. Mais d’où lui venait donc cet intérêt pour l’Autriche ? Il faut remonter jusqu’au XVIIIe siècle pour le comprendre.
À l’époque, une branche de la famille levantine des Pharaon, les Cassis Pharaon, s’installa à Trieste, le grand port de l’Adriatique. La ville faisait alors partie intégrante de l’Empire des Habsbourg. La famille devait prospérer et avoir de l’influence à Vienne : Anton de Cassis Pharaon fut ainsi anobli par l’empereur Joseph II qui lui attribua le titre de comte. Au XXe siècle, Trieste est devenue italienne et les Cassis Pharaon se sont retrouvés scindés entre une branche restée autrichienne et une autre italienne.
Jeudi soir, lors d’un dîner donné par le chef de l’État, Michel Sleiman, en l’honneur de son homologue autrichien, ce dernier, apprenant la présence parmi les convives du député Michel Pharaon, s’est déplacé à sa table pour converser amicalement avec lui.
Mais outre la similitude des emblèmes, d’aucuns avaient à l’esprit un autre trait commun – potentiel – entre les deux pays, le concept de « neutralité positive », défendu par le président Sleiman lui-même lors de son récent voyage en Australie.

