Comme dit Jean-Louis Fournier, « tu m’as laissée dans la beauté des choses. Les choses qui sont belles ne sont jamais entièrement tristes. Je suis pleine de ton amour. Je devrais survivre. »
L’une des multiples raisons pour lesquelles on s’est tant aimés, c’est notre aversion commune pour l’injustice, le mensonge et le politiquement correct.
Aujourd’hui si je me décide à prendre la plume, ce n’est point pour ressasser les circonstances de ton départ, mais pour réclamer l’application d’un protocole d’éthique à suivre par le corps médical et hospitalier afin d’éviter toute négligence. Afin que cela ne se répète plus.
Certes, me diriez-vous, la faute est humaine, et aucun médecin n’est tenu à une obligation de résultat, mais un minimum de diligence est requis de la part de toute personne ayant prononcé le serment d’Hippocrate.
Ce protocole se résume en deux points essentiels, et il s’applique dans les pays où toute vie humaine est
précieuse :
1) privilégier l’examen cardiaque approfondi. Ainsi, quand une personne ayant un antécédent cardiaque ou présentant même des facteurs de risques (tabagisme, surpoids, hérédité, vie sédentaire) se présente à l’hôpital avec une douleur lancinante – qui susciterait certains doutes –, il ne suffit pas simplement de réaliser un électrocardiogramme ou une analyse de sang, qui sont certes des examens de routine nécessaires, mais insuffisants pour écarter la probabilité cardiaque. L’examen requis devrait englober une scintigraphie et une échographie cardiaque. Et là je dis bien « cardiaque » et pas une simple échographie abdominale qui ne couvre pas celle de l’aorte.
Une fois le risque cardiaque écarté, on peut alors se pencher sur d’autres éventuels problèmes qui ne revêtent pas le même caractère d’urgence et avoir donc recours à d’autres médecins spécialisés.
2) Hospitalisation et définition des responsabilités : quand un patient est admis aux urgences d’un hôpital, muni d’un dossier complet relatant tout son passé médical, il est indispensable que le médecin qui l’a introduit établisse un diagnostic clair compte tenu de l’historique du patient et des résultats des examens effectués. Avant de lui donner l’autorisation de quitter l’hôpital, le médecin est tenu de rédiger un rapport écrit qui engage sa responsabilité et dans lequel il explique sa démarche , ses appréhensions ou le traitement qu’il préconise. Il doit mettre clairement en garde le patient contre les risques qu’il encourt et les raisons pour lesquelles il serait préférable de passer la nuit à l’hôpital, en tenant compte de son impatience à rentrer chez lui – dans ce cas précis le patient s’est trouvé excédé par le service hospitalier qui, indifférent à sa souffrance physique ou morale, lui a fait subir six heures d’attente pour effectuer une échographie abdominale, sans même une mention d’un problème cardiaque.
Si le malade refuse de se conformer aux exigences du médecin, il devrait alors signer une décharge écrite.
C’est inadmissible d’envoyer le lendemain ce même patient sans aucun rapport écrit ni aucun résultat chez un gastro-entérologue, ayant la conscience tranquille du devoir accompli, alors que le patient est tombé raide mort (toujours dans le cas précité) une demi-heure plus tard suite à une attaque cardiaque. Évidemment, nul ne s’est senti responsable. Si, si, excusez-moi, il y avait un seul responsable dit-on : le patient qui a refusé de passer la nuit à l’hôpital car on lui avait dit qu’il s’agissait de la vésicule !
Hayati, de là où tu es, je perçois ton sourire fier et amusé face à mon idéalisme, mon intransigeance et mon obsession du non-dit. Je sais. Tout cela n’est qu’une goutte dans l’océan de l’ignorance. Mais pour commencer à changer les choses, il faut se donner la peine de les dire et de faire quelques vagues. Que ton départ injuste, injustifié, serve au moins à remuer les consciences et à éviter que l’histoire ne se répète.


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