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Économie - Liban - Social

Grève du secteur des transports : les chauffeurs crient leur désespoir

La grève annoncée par les syndicats des transporteurs routiers a réussi à mobiliser des milliers
de chauffeurs de transport public. Du nord au sud du pays, la plupart des grandes villes étaient au rendez-vous. À Beyrouth, dans le secteur Cola, la colère des manifestants était à son comble.

Des manifestants s’en prenant à un taxi dont le chauffeur travaille sans licence. Photos Marisol Rifaï

La grève des transporteurs routiers a bel et bien eu lieu hier pour protester contre l’échec du gouvernement à répondre à leurs revendications. Selon l’Agence nationale d’information, la mobilisation a été importante dans les villes de Tripoli, de Saïda, de Tyr, ainsi que dans la région de Akkar où plusieurs routes ont été bloquées. Des écoles ont également dû fermer leurs portes hier, certains chauffeurs des bus scolaires ayant rejoint les mouvements de protestation.
Au rond-point Cola, une des zones de rassemblement des chauffeurs de transport public, l’ambiance était tendue hier matin. À 10 heures, ils étaient une centaine de chauffeurs de taxi dans les rues, barrant le passage à tous les bus, minivans et voitures à « plaque rouge », pour demander aux plus récalcitrants de se joindre au mouvement, mais aussi pour vérifier, avec l’aide de la police, que tous les papiers des chauffeurs arrêtés étaient en règle. Une première voiture est prise d’assaut par les manifestants qui se ruent sur le chauffeur à coups de poing. Le chauffeur est syrien, il travaille sans permis, avec un taxi libanais. La foule est en pleine ébullition, les manifestants déversent toute leur colère sur le chauffeur syrien qui essaye tant bien que mal de s’extraire de sa voiture, avant d’être arrêté par la police. « Ce genre d’incident ne devrait pas se produire, notre objectif n’est pas de taper sur les fraudeurs, mais bien que l’État prenne en charge le secteur, assume ses responsabilités et fixe une bonne fois pour toutes le prix de l’essence », explique Melhem, un peu honteux de la réaction des autres, mais qui dit comprendre leur ras-le-bol.
Une deuxième voiture est arrêtée, elle appartient cette fois-ci à une des plus grandes compagnies privées de taxis, mais elle n’a pas de plaque rouge. « On s’endette pour acheter ces fameuses plaques rouges, qui nous permettent d’exercer notre métier, et maintenant, seulement avec le logo d’une compagnie connue, des chauffeurs promènent des clients à des prix exorbitants, sans aucune légalité, c’est inacceptable ! » s’indigne Mohammad qui avoue avoir acheté sa plaque à 30 millions de livres.

Plan de transport ou bidon d’essence à 100 000 livres ?
Un peu à l’écart de la foule, et l’air amusé, Ali Wazni et Hussein Kabala observent la scène tranquillement. Ils font tous les deux partie du syndicat des transports en commun, appartenant à l’État. « Nous sommes ici pour veiller à ce que les manifestants ne s’en prennent pas à nos bus, explique Ali. Nous sommes fonctionnaires, payés à la fin du mois par l’État, et ne déversons aucun centime pour le mazout de nos bus », ajoute-t-il. Selon Hussein, son collègue, la solution réside dans l’adoption immédiate du plan global des transports. « Le transport public devrait être un service fourni par l’État à l’ensemble des citoyens, cela réglerait beaucoup de problèmes, en diminuant la pollution, la circulation et en améliorant le niveau de vie de la société », explique Hussein.
Abdel-Ghawi Aleywa, membre du syndicat des transporteurs routiers et chauffeur de taxi depuis plus de quarante ans, n’est pas d’accord avec cette vision. « Le plan du transport ne sera jamais adopté ou correctement appliqué », affirme-t-il. Ce qu’il faudrait, selon lui, pour que l’État réagisse, c’est que le bidon d’essence atteigne les 100 000 livres. « C’est seulement comme cela que les citoyens réagiront et descendront nous épauler dans la rue. » Il regrette l’époque des années 1960, quand il débutait dans le métier et que les gens étaient fiers d’être chauffeurs de taxi. « Quand un fonctionnaire demandait une fille en mariage, les parents y réfléchissaient à deux fois, alors que si c’était un chauffeur de taxi, la réponse était oui immédiatement », se rappelle-t-il, désabusé.
Cette grève, initialement prévue le 26 avril, avait été reportée suite à une réunion tenue mardi dernier entre les syndicats, le Premier ministre Nagib Mikati et les ministres concernés par le secteur des transports. Le communiqué publié ce jour-là par les syndicats avait souligné des avancées dans les négociations avec le gouvernement concernant la fixation du prix de l’essence et du mazout, les indemnités familiales des chauffeurs de transport public, ou encore la répression sévère des fraudeurs de « plaques rouges », ces plaques d’immatriculation réservées aux transports en commun. Cette semaine, les prix de l’essence ont baissé de 200 livres, atteignant 39 800 livres pour le bidon (20 litres) de 98 octanes et 39 100 livres pour les 95 octanes, et ce pour la première fois depuis plus de quatre mois.
Hier, en fin de soirée, les unions et syndicats des transporteurs routiers ont publié un communiqué, se félicitant du « succès de la grève » et appelant le gouvernement à assumer ses responsabilités au plus vite, « car nous restons mobilisés ».
La grève des transporteurs routiers a bel et bien eu lieu hier pour protester contre l’échec du gouvernement à répondre à leurs revendications. Selon l’Agence nationale d’information, la mobilisation a été importante dans les villes de Tripoli, de Saïda, de Tyr, ainsi que dans la région de Akkar où plusieurs routes ont été bloquées. Des écoles ont également dû fermer leurs portes hier, certains chauffeurs des bus scolaires ayant rejoint les mouvements de protestation.Au rond-point Cola, une des zones de rassemblement des chauffeurs de transport public, l’ambiance était tendue hier matin. À 10 heures, ils étaient une centaine de chauffeurs de taxi dans les rues, barrant le passage à tous les bus, minivans et voitures à « plaque rouge », pour demander aux plus récalcitrants de se joindre au mouvement, mais...
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