Si la plupart des habitants assurent n’avoir pas voté en fonction de l’affaire Merah, certains soulignent que les tueries, ou bien la « récupération » politique qui a suivi, ont sans doute influé sur l’état d’esprit des électeurs. Éric Cabanis/AFP
« Oh ! regarde Maman, c’est des clowns ! » s’écrie un enfant, doigt pointé vers les affiches électorales où une main farceuse a collé un nez rouge sur chacun des candidats à la présidentielle. À l’école Armand-Leygue, située à environ 500 mètres de l’ancien appartement de Mohammad Merah, les électeurs défilent dans l’isoloir, un mois jour pour jour après la mort de celui qui a revendiqué au nom d’el-Qaëda l’assassinat de sept personnes à Toulouse et Montauban.
Si la plupart des habitants assurent n’avoir pas voté en fonction de l’affaire Merah, certains soulignent que les tueries, ou bien la « récupération » politique qui a suivi, ont sans doute influé sur l’état d’esprit des électeurs de la Côte-Pavée, ce quartier résidentiel de l’est toulousain où résidait le tueur. « C’est un quartier de personnes âgées et beaucoup me disent qu’elles ont peur », raconte Jean, ancien enseignant de 78 ans, les sourcils broussailleux sous la casquette à carreaux. Il estime que le camp Sarkozy a tenté de mettre à profit ces événements en pleine campagne électorale, même si, à ses yeux, le président-candidat n’y est pas parvenu. Même constat pour Aude, musicienne de 33 ans, qui dit avoir voté « pour l’alternance » : « On a bien vu les réactions lorsqu’il y a eu les coups de filet dans les milieux islamistes, c’était sans doute un peu lié, note-t-elle. Il leur fallait montrer qu’ils avaient les affaires en main. »
Sur le gravier de la cour d’école s’avance Jean-Luc Moudenc, ancien maire UMP de Toulouse et chef de l’opposition municipale, qui déclare ne pas croire à un « changement de vote » lié à l’affaire Merah : « Il suffira de comparer ce soir les résultats du quartier avec les tendances nationales. Ma suppléante connaît bien le quartier vu qu’elle y habite, les gens votent avec leurs convictions », souligne-t-il. Mais Djéry, malien d’origine et fraîchement naturalisé, évoque des « gens choqués » et parle d’une minorité de riverains « dont le regard a changé ».
Beaucoup de retraités et de familles se succèdent au bureau de vote, dans un quartier qui penche plutôt à droite. Frédéric, venu voter avec sa compagne, ses deux enfants et son chien Apollo, a glissé un bulletin blanc dans l’urne « pour la première fois de (sa) vie ». « Il me manquait le bon candidat, celui de la nouveauté », explique ce conseiller fiscal de 37 ans, petites lunettes et sweat à capuche turquoise.
Si la plupart des habitants assurent n’avoir pas voté en fonction de l’affaire Merah, certains soulignent que les tueries, ou bien la « récupération » politique qui a suivi, ont sans doute influé sur l’état d’esprit des électeurs de la Côte-Pavée, ce quartier résidentiel de l’est toulousain où résidait le tueur....

