Déclenchée en effet en 1975, la guerre du Liban est la résultante d’une action mûrement réfléchie et longtemps préparée au travers d’une minutieuse et discrète mise en place. Seul Israël en a le secret et les moyens, ses objectifs sont évidents et ils s’inscrivent, depuis 1948, dans le cadre de l’implantation irrévocable et définitive de cet État au sein d’un monde arabe carrément hostile à son existence. Pour consolider et affermir donc son appartenance à cette nouvelle géographie, il s’est imposé, grâce à son alliance avec l’Occident, comme l’un des paramètres indissociables de cette géostratégie régionale en constante mutation. Il a entrepris des actions au travers d’une longue guerre des ombres qu’il a engagée dans les différents pays qui l’entourent. Le Liban a été un de ses champs d’action privilégiés et une de ses principales victimes. Sa population multiconfessionnelle lui a offert un terreau fécond dans lequel il a puisé, pour installer des cellules de déstabilisation intérieures et extérieures, alimenter des guerres intestines et tisser un réseau régional d’organisations agissant pour la réalisation de ses objectifs géostratégiques et ceux de ses partenaires et alliés occidentaux. Dans ce canevas qu’il a tissé sur mesure, il a déterminé sa vision et ses buts, il a choisi sa logistique et ses exécutants en promettant à ces derniers de les soutenir durant la période d’exécution dudit projet.
Pour commencer à concrétiser une partie importante de son projet d’implantation régionale, Israël allait porter son choix sur les alaouites de Syrie qui sont devenus l’axe incontournable de toutes les actions engagées pour détruire et neutraliser la résistance palestinienne externe et principalement celle établie au Liban. Son autre choix allait se poser sur les chrétiens du Liban qui, révoltés par les exactions commises sur leur sol par des cellules palestiniennes diverses groupées sous la bannière plus tard de la résistance palestinienne, allaient engager avec eux un bras de fer très vite transformé en une longue guerre. Israël les encouragera discrètement dans leur initiative contre ces derniers et poussera la Syrie à les soutenir. Cela aboutira au renvoi de la résistance palestinienne du Liban, mais au prix de beaucoup de pertes humaines, de destructions énormes et d’un très large mouvement de transfert de population interne et d’émigration massive. Mais déçu ensuite par les orientations politiques des chrétiens, Israël trouvera un allié objectif auprès d’une force qui, dès les premières années de la guerre du Liban, s’était battue contre la présence palestinienne dans ses régions. Démographiquement importante, elle se distinguait alors aussi parce qu’elle prônait un discours révolutionnaire et critique à l’égard de l’État libanais en place et de ses institutions (deux attitudes qui n’étaient pas pour déplaire à Israël). Ce profil répondait donc aux spécifications recherchées, et qui plus est il se présentait comme le représentant politique et donc religieux de la République islamique iranienne au Liban, et agissait depuis 1982 sous le nom de Hezbollah. Il était actif et tout à fait autonome parce que financé par l’Iran. Profitant de l’alliance stratégique scellée entre l’Iran et la Syrie, il allait à son tour consolider sa propre alliance avec cette dernière (la boucle chiite régionale était ainsi réalisée). Très vite, il allait s’imposer sur la scène intérieure, et aussitôt après, sur la scène régionale, comme un des acteurs importants de cette tranche d’histoire qui a commencé en 1975 et qui continue à ce jour. Le régime alaouite qui profitait du maintien du statut quo au Golan et de l’influence poussée qui lui a été accordée tacitement sur le Liban, par Israël et l’Occident en général pendant trente ans, réussissait de ce fait un coup de maître puisqu’il avait entraîné indûment ses alliés libanais à intégrer un axe dont l’action politique correspondait objectivement aux buts de la géostratégie israélo-américaine. De ce fait, les chrétiens du 8 Mars, eux aussi, devenaient une partie intégrante de l’axe syrien régional et un satellite entièrement sous son contrôle. C’est ce qui d’ailleurs expliquerait le choix du CPL qui avait, depuis quelques années, pris ses distances vis-à-vis du mouvement de la révolution du Cèdre et de ses objectifs nationalistes : libres, indépendants, souverains et démocratiques.
(À suivre)
Salim F. DAHDAH


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef