Comme tout système de gouvernance, le libéralisme a besoin de trois piliers principaux pour être appliqué : économique, financier et politique. Lequel parmi ces systèmes est le plus responsable de la récente crise, et que faut-il en modifier ?
Par système économique, nous considérons uniquement l’économie réelle, celle qui est à l’opposé des activités spéculatives. Porte-t-elle des excès susceptibles d’être à l’origine de la dernière crise ? Les systèmes économiques appliqués dans les plus grands pays sont de moins en moins extrêmes : le communisme pur et dur n’existe presque plus, en tout cas pas dans les pays qui peuvent avoir une influence même minimale sur le reste du monde. Même la Chine est loin de son maoïsme du dernier siècle. Le néolibéralisme sans règles et sans intervention aucune des gouvernements n’est pas appliqué, puisque non applicable.
À des degrés différents, les biens, les services, le capital humain et les autres constituants de l’économie réelle circulent dans le monde et sont plutôt libres, avec certaines contraintes pour protéger les spécificités de chaque pays ou groupement de pays.
À l’échelle mondiale, nous pouvons dire que les économies nationales contrôlent plus ou moins bien les différents postes de leur économie réelle avec des politiques économiques non excessives globalement, que ce soit en matière d’imposition, enseignement, recherches et développements. Nous pouvons toujours revendiquer plus de justice sociale, plus d’équilibre entre les différents acteurs économiques, mais nous ne pouvons pas accuser l’économie réelle d’être à l’origine de la dernière crise.
Passons au système financier. Nous pouvons dire que c’est le système le plus globalisé et le plus mondialisé. Son essence même est sa globalisation, et il tire son importance et son influence de sa dématérialisation, chose possible surtout grâce à son étendue au-delà des frontières nationales que l’on connaît. Ainsi, cette interdépendance planétaire du système financier a pour conséquence une contagion rapide de ce système ainsi que de son influence et de ses problèmes.
Les banques, fonds d’investissements et autres acteurs financiers, doivent suivre des règlementations locales et internationales émises et suivies par des institutions telles que les banques centrales ou la Banque de règlementations internationales (BRI, à Bâle).
Cela permet de contrôler jusqu’à un certain degré leur activité et permet de contrôler leurs effets de plus en plus grandissants, vu l’énorme volume de la sphère financière.
Mais une capacité foncièrement dangereuse leur est permise : créer de la liquidité, qui en plus est de la dette, et la transférer d’un agent à un autre sans qu’elles ne comporte un quelconque risque. En plus cette dette créée par les banques d’investissements ne figure pas dans leur bilan. Et les produits dérivés et structurés suivent pour avoir un effet de levier encore plus grand, pour multiplier les profits ou... les pertes ! Avec la crise immobilière, ce sont les agents détenteurs de ces dettes qui ont payé le prix, et non pas les banques émettrices. Ainsi, la crise financière a été transférée vers la sphère économique, et sans qu’elle n’affecte les banques ou autres institutions financières responsables de cette crise.
Faut-il plus de preuves pour démontrer que le pilier financier a besoin de règlementations afin d’éviter des crises mondiales ? Il s’agit globalement de contrôler la création de liquidités par les agents financiers, plus de transparence afin de mieux comprendre le risque des produits dérivés et structurés, et plus de contrôle dans le transfert de ce risque.
Il est impératif que ces règlementations soient appliquées en concertation dans tous les pays.
Qu’en est-il du pilier politique ? À l’inverse du pilier financier, il est le moins mondialisé, de par les institutions qui le forment et de par leur effet sur le monde. Les Nations unies, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, la BRI, l’Interpol, pour n’en citer que quelques-uns, ne peuvent pas avoir la prétention d’être très influents dans la gestion politique de la planète. Même à l’échelle européenne, des voix s’élèvent pour réclamer plus d’intégration politique qui accompagne les intégrations monétaires et financières.
Nous avons aujourd’hui des marchés économiques et financiers globalisés, réglementés par des forces politiques locales. Cette marche à deux vitesses de la caravane mondiale risque de provoquer des fissures dans les murs de notre village planétaire. La situation actuelle mènera soit à des règles de droits planétaires pour accompagner le marché global et le capitalisme libéral avancera encore vers plus de justice et d’efficacité, soit on restera dans un marché global avec des règles de droits locales, et ça sera l’économie criminelle qui va l’emporter. Évitons l’attente d’une nouvelle crise pour faire ce travail d’ouverture et d’intégration internationale.
Le libéralisme reflète la nature des êtres humains : ouverts, portés aux échanges et avides de liberté ; mais aussi imparfaits, cupides et égoïstes. Comme les êtres humains, un tel système doit être mieux cadré, mieux contrôlé, pour réduire le plus possible ses dégâts et faire ressortir ses atouts.
Abdo MEDLEJ


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