Une pancarte accrochée par des militants à l’arrière du véhicule des observateurs de l’ONU, sur laquelle on peut lire : « Le tueur continue à tuer, les observateurs continuent à observer, et le peuple continue sa révolution. » Photo AFP
Le cessez-le-feu en Syrie a été une nouvelle fois violé hier avec au moins 32 morts dans des violences, notamment des bombardements sur les fiefs rebelles (Idleb, Homs et Deraa), malgré l’engagement de Damas à appliquer la trêve et à collaborer avec les observateurs chargés de la surveiller. L’armée n’a pas retiré ses chars des villes, a repris ses bombardements sur Homs et opéré de nouvelles arrestations, en violation du plan, selon les militants. Des quartiers de la vieille ville qui échappent toujours au contrôle de l’armée continuent d’être bombardés, selon les Comités locaux de coordination (LCC, opposition).
Dans ce contexte, les observateurs envoyés par l’ONU, qui étaient mardi à Deraa, ont effectué hier une tournée dans la région de Damas au 3e jour d’une mission jugée « difficile » par leur chef Ahmad Himmiche. À Erbine, à 7 km de la capitale, des centaines de Syriens ont manifesté autour d’eux, selon une vidéo mise en ligne par des militants qui montre une pancarte accrochée à l’arrière de leur véhicule par des militants. « Le tueur continue à tuer, les observateurs continuent à observer, et le peuple continue sa révolution », peut-on lire.
Sur une autre vidéo, des tirs sont entendus et les manifestants se dispersent dans la panique. Huit personnes ont été blessées lors de ces tirs des forces gouvernementales, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). De son côté, l’agence officielle SANA a fait état d’incidents meurtriers dans la région, qu’elle a attribués à des « groupes terroristes armés ». Le chef de la délégation des observateurs, le colonel marocain Ahmad Himmiche, a demandé du « temps » et de la « confiance » pour mener à bien cette mission, se refusant à fixer tout délai pour son travail.
Six jours après l’instauration du cessez-le-feu, des diplomates à l’ONU ont estimé que les conditions pour que les observateurs puissent faire leur travail n’étaient toujours pas remplies, après que les Affaires étrangères syriennes eurent assuré qu’autorités et observateurs étaient d’accord sur « 90 % » des points du protocole encadrant cette mission. La résolution adoptée samedi par le Conseil de sécurité de l’ONU demande notamment au régime de les laisser circuler sans entrave et de ne pas interférer dans leurs communications. Le Conseil de sécurité devait recevoir une lettre du patron de l’ONU Ban Ki-moon faisant le point sur les conditions de travail des observateurs et les Nations unies décideront dans les prochains jours si ces conditions sont remplies pour que la mission soit progressivement élargie, jusqu’à compter 250 hommes. Dans la soirée, le gouvernement suisse a décidé d’envoyer jusqu’à six militaires pour participer à l’équipe avancée d’observateurs, selon un communiqué du département fédéral des Affaires étrangères (DFAE).
« Tout le monde va analyser si la Syrie respecte ou non ce que nous lui avons demandé de faire, notamment les trois conditions qui, à notre avis, ne sont toujours pas remplies », a expliqué un diplomate occidental. L’ambassadrice américaine à l’ONU Susan Rice avait déclaré mardi sur CNN que si les observateurs n’obtenaient pas la coopération voulue de la part de Damas ou si la violence persistait, leur mission serait remise en cause.
En visite à Pékin, le chef de la diplomatie syrienne Walid Moallem a promis que « la Syrie continuerait (...) à respecter et mettre en œuvre le plan » de paix de l’émissaire international Kofi Annan, notamment le cessez-le-feu, selon son homologue chinois Yang Jiechi.
La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton, qui s’est déclarée préoccupée par la poursuite des violences, a indiqué que de « nouvelles mesures » seraient prises si le président Bachar el-Assad « gâchait la dernière chance » que représente l’application du plan de l’émissaire international Kofi Annan. « Nous sommes horrifiés par l’agression des forces du régime syrien. Il s’agit d’un nouvel indice du manque de sincérité apparent, mais qui n’était pas entièrement inattendu, du régime Assad lorsqu’il promet de respecter les éléments du plan Annan, un cessez-le-feu et un retrait » des forces armées, a expliqué de son côté le porte-parole de Barack Obama, Jay Carney.
Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a quant à lui exhorté M. Assad à rappeler les chars dans les casernes pour démontrer que le régime de Damas applique pleinement le plan Annan. Le chef de la diplomatie marocaine a exhorté mercredi la Russie à faire pression sur le gouvernement syrien pour qu’il respecte le cessez-le-feu.
Pour tenter de maintenir la pression sur Damas, Paris a pour sa part invité 14 ministres des Affaires étrangères à une réunion jeudi, selon une source gouvernementale. Mme Clinton a prévu d’y assister. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a de son côté accusé l’opposition armée syrienne de chercher à provoquer des violences.
Dans ce contexte, les observateurs envoyés par l’ONU, qui étaient mardi à Deraa, ont effectué hier une tournée dans la région de Damas au 3e jour d’une mission jugée « difficile » par...



