Pour ce qui est des fleurs coupées, on n’a rien à envier chez nous au sublime quai aux fleurs parisien de l’île Saint-Louis ou encore à La Chaume, ce grand « maître fleuriste » de la rue Royale, ou du côté d’Amsterdam à ces étalages de tulipes de Firma Straats à vous couper le souffle, ou encore au fameux marché de fleurs et d’épices de Bangkok, vrai feu d’artifice. Effectivement, il vous suffit de remonter la rue Jeanne d’Arc de Hamra ou de passer par Mikado & Co., ou encore, sans vouloir faire de pub, de vous arrêter à l’une des branches – c’est le cas de le dire – des Exotica pour tomber en arrêt devant une débauche de couleurs pour être saisi par la multiplicité des espèces et des formes florales qui vous toisent, qui vous scrutent, qui vous caressent, qui vous parlent chacune dans son propre langage, suivant son propre tempo. L’une, encore timide, vous murmure de l’aimer, l’autre vous va droit au cœur dans une folle trépidation ; une troisième, langoureuse, vous fait les doux yeux ;
une autre encore, joliment maquillée, vous tutoie, jouant la séduction dans toute sa superbe, sortant dans un mouvement des plus féminins de son coin comme pour vous inviter d’un geste aguichant à la prendre chez vous, où, enfin reconnue, repérée parmi toutes ses amies, elle se verra chouchoutée, bichonnée au quotidien, à une place de choix, sur un fond de musique, dans l’un de vos plus beaux vases.
Chaque fleur a son charme, son essence, ses fluides, et avec d’autres, produisent une explosion de couleurs et de parfums qui font danser mon cœur, me donnant à penser qu’il y a encore du beau ici bas, que le monde se porte toujours bien et que tout est encore possible... Et loin des explications livresques où l’on associe un sens classique à chaque fleur, j’aimerais exprimer, avec ludisme par endroits, ce que certaines évoquent pour moi.
La rose est touchante par sa fragilité, la tulipe humble car sait se plier sans casser. Reine mère, l’orchidée a toujours le dernier mot ; la gueule de loup est gloutonne et la pivoine inaccessible. Juste au moment où on l’atteint, le pavot se dérobe. Érotique mais avec classe est l’arum. Combien indécise avec ses « Il m’aime un peu, beaucoup, .... » est la marguerite. Le bleuet, lui, fait très « fleur bleue ». La gestuelle d’une glycine ne manque pas de grâce. Charnue, la tubéreuse a forcément du sex-appeal quand le coquelicot est coquet par allitération. Le fuchsia, en arabe « boucle d’oreille de madame (7alak el-sitt) », est espiègle, l’œillet à le boutonnière de monsieur lui rend son œillade. Le narcisse est réfléchi – pourvu que le miroir « réfléchisse » avant de lui rendre son image ! Ironie des noms : l’immortelle est éphémère si bien qu’il lui faut des chrysanthèmes à ses funérailles et des oiseaux du paradis dans l’au-delà. Capricieux est l’edelweiss car de plus en plus rare, délicat le jasmin, subtile le gardénia, enivrante la frangipane, innocent le muguet dans sa pureté, et les iris pas moins beaux à voir. Tout cela bien contrasté avec d’assommants soucis, de gênants genets. Et dire que d’autres fleurs dorment sur leurs lauriers et que la pervenche perd sa revanche ! Pour sauver la situation, very couture, le camélia arrive dans son tailleur Chanel, et la lavande revêt sa lingerie fine sortie des tiroirs, quand inoubliables demeureront les pensées.
Toutefois, il est un type de fleur qui n’est pas très prisé mais qui reste proche de mon cœur par sa symbolique, son jaune radieux et le message lumineux que j’ai voulu lui faire porter. Refusant de vivre dans l’ombre, refusant de broyer du noir, de baisser les bras, tête toujours haute, altier et fier, en recherche constante du soleil, de la lumière, de la vérité, ayant foi en la vie qui nous cache toujours des horizons lointains, qui nous réserve à chaque lever de jour des aubes magnifiques. Ainsi se lève-t-il, rayonnant chaque matin, accroche un sourire à sa face, se tourne vers le soleil, sans arc-en-ciel ni boussole : le tournesol.


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