Pour les mouvements de menton et les coups de poing sur la table, on peut compter sur Benjamin Netanyahu. La commission des Nations unies pour les droits de l’homme devrait avoir honte, estime le Premier ministre israélien après sa décision d’envoyer sur place une équipe chargée d’examiner l’impact des implantations sur la population palestinienne dans les territoires occupés. Que la proposition ait été votée par 36 des 47 membres n’a pas arrangé les choses, pas plus que le « non » des États-Unis n’a eu pour effet de calmer l’ire de ce grand défenseur des nobles causes. Le couperet est aussitôt tombé : Tel-Aviv ne coopérera pas avec les émissaires onusiens et son représentant à New York a reçu l’ordre de ne plus assister aux réunions. Mieux encore, il devra s’abstenir de répondre aux coups de téléphone qui émaneraient éventuellement de l’un de ses collègues – et détourner ostensiblement le regard si d’aventure il lui arrivait d’en croiser un dans les corridors .
Que l’on n’aille surtout pas croire que si, sur 91 résolutions votées par ladite commission, 39 concernent l’État hébreu, c’est que celui-ci a quoi que ce soit à se reprocher. Non, cela ne peut s’expliquer que par un évident parti pris, un refus de reconnaître le mérite de ces courageux pionniers venus fleurir le désert là où il n’y avait que ronces, broussailles et cailloux. Ils sont comme cela 310 000 sur la rive ouest du Jourdain et leur nombre ne cesse d’augmenter, sans compter 200 000 colons installés à Jérusalem-Est dans une douzaine de points de peuplement, devenus pour les Palestiniens autant de points de dépeuplement.
C’est dans ce contexte hautement propice aux grandes embrassades que le Premier ministre israélien va rencontrer mardi prochain son homologue palestinien Salam Fayyad, lequel lui remettra une lettre de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité, le plaçant « devant ses responsabilités face à l’échec du processus de paix », a-t-on fait savoir du côté arabe. Hier, le quartette (États-Unis, Russie, Union européenne, Nations unies) devait tenir une séance de concertations pour étudier la possibilité de relancer les négociations entre les deux parties, bloquées depuis septembre 2010, alors que la situation ne cesse de se détériorer. Les chances de succès étant minimes, pour ne pas dire nulles – les cinq réunions exploratoires de janvier à Amman n’ayant rien donné–, on devrait se satisfaire d’un retour sur la scène du sémillant Tony Blair, cet intermittent du spectacle proche-oriental, en chômage technique ces derniers mois.
Le blocage est tel que Yossi Beilin, l’un des architectes des accords d’Oslo, vient d’inviter Abbas à mettre à exécution sa menace de hara-kiri (une menace de dissolution de l’organisme qu’il préside) et à confier à l’État israélien le contrôle de la Cisjordanie et de Gaza. C’est que, note-t-il, les ennemis de l’arrangement conclu sous l’égide des USA s’en servent pour perpétuer l’occupation et s’approprier de nouveaux territoires et bientôt il ne sera plus possible d’avoir, vivant côte à côte, deux États. Suit une salve de conseils, du genre : ne vous laissez pas convaincre par un Barack Obama, tout occupé à assurer sa réélection; ne donnez pas l’occasion à Netanyahu de continuer à se cacher derrière sa feuille de vigne ; on ne peut continuer indéfiniment à invoquer les termes d’un accord intérimaire d’une vingtaine d’années...
Le 16 décembre 2010, The Guardian prononçait l’acte de décès de la paix au Proche-Orient mais tempérait les termes de son certificat : « Mort, mais pas enterré », décrétait le quotidien britannique, soulignant que l’Amérique ne tenait nullement à fixer une date pour les obsèques, que le pouvoir palestinien ne voulait pas perdre le peu d’acquis laborieusement préservés jusqu’à présent, enfin que les Israéliens moins que quiconque ne se résoudraient à abandonner un tel prétexte.
La vérité est que Washington ne dispose d’aucun moyen de pression sur un protégé qui, de plus en plus, se comporte en protecteur. La capitale fédérale, à l’instar de l’Union européenne, continue d’essuyer des rebuffades dont, étrangement, elle semble s’accommoder. Tout au plus entend-on William Hague, le chef du Foreign Office, qualifier la politique israélienne d’« illégale aux yeux des lois internationales, contre-productive, déstabilisante et provocante ». À quoi il a été répondu que Londres devrait plutôt mettre la pression sur les Palestiniens en leur demandant de cesser de réclamer un gel des colonies et de recommencer à négocier sans condition aucune.
En somme, de se transformer en bourgeois de Calais du XXIe siècle. À une différence près : avec les clefs de la ville, ils devront céder la ville elle-même, mais vidée de ses habitants, sommés d’aller chercher ailleurs un gîte.

