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À La Une - Syrie

L’ONU somme Damas de cesser le combat avant jeudi

La communauté internationale sceptique ; au moins 52 morts hier.

Des réfugiés syriens dans un camp installé en Turquie ont accueilli hier Kofi Annan avec des slogans hostiles au président Bachar el-Assad et à la Russie. Umit Bektas/AFP/POOL

Tous les efforts doivent être mis en œuvre pour s’assurer que le gouvernement syrien et l’opposition respectent la date butoir de jeudi fixée pour l’arrêt des violences qui ont fait des milliers de morts en Syrie, a estimé hier Kofi Annan dans une lettre adressée au Conseil de sécurité de l’ONU. « Je suis très inquiet par la tournure que prennent les évènements », a écrit l’émissaire, ajoutant que « le gouvernement syrien aurait dû envoyer un signal politique fort en faveur de la paix avant le 10 avril, en agissant sur les six points du plan de paix. (...) Mais ça ne s’est pas produit ». « Il est un peu trop tôt » pour considérer les efforts entrepris comme un échec, a-t-il néanmoins affirmé, ajoutant que le président Bachar el-Assad devrait « effectuer un revirement radical de direction ».

 

« Le plan tient toujours », a-t-il par ailleurs déclaré lors d’une conférence de presse en Turquie, avant de s’envoler pour Téhéran. « Le pouvoir syrien doit maintenant saisir l’occasion d’opérer un changement fondamental (...). Il est essentiel que les prochaines 48 heures apportent des signes visibles d’un changement immédiat et incontestable dans la position militaire des forces gouvernementales dans tout le pays », a poursuivi l’ancien secrétaire général des Nations unies. M. Annan a en outre estimé que l’opposition doit mettre un terme aux combats « afin de ne pas fournir d’excuse au gouvernement pour renier ses engagements ». Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait demandé plus tôt à M. Annan d’intensifier la pression sur l’opposition au cours d’une conversation téléphonique.

 

Moallem et Lavrov

Kofi Annan a également fait état d’informations selon lesquelles l’armée syrienne commençait à se retirer de certaines zones mais se déployait dans d’autres qui n’étaient pas sa cible de départ. Il a appelé les deux camps à ne pas poser de nouvelles conditions préalables pour un cessez-le-feu. « J’avais espéré que nous serions aujourd’hui bien plus avancés dans le respect des engagements pris par le gouvernement syrien et que tous les camps commenceraient à prendre des mesures pour en finir avec la violence », a-t-il martelé.

 

Damas avait accepté le plan Annan, avant d’exiger comme préalables des garanties écrites sur l’arrêt des violences commises selon lui par les rebelles, qu’il assimile à des « terroristes ». Le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Moallem a demandé hier soir à M. Annan la garantie que les rebelles honoreraient également leurs engagements. Il a déclaré que certaines troupes s’étaient retirées de leurs positions tout en posant comme condition à un cessez-le-feu intégral l’arrivée d’observateurs étrangers, ce qui semble être une nouvelle condition.

 

À Moscou, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a rapporté que les autorités syriennes l’avaient informé du retrait d’une partie de leurs troupes de Homs. M. Lavrov a par ailleurs appelé son allié à être « plus actif » et « plus ferme » dans son application du plan, lors d’une conférence de presse avec son homologue Walid Moallem. « La fin des violences doit coïncider avec l’arrivée d’observateurs internationaux », a déclaré le ministre syrien, ajoutant que Damas souhaitait avoir son mot à dire dans la composition de cette équipe.

 

Les rebelles ont pour leur part menacé le régime de nouvelles attaques, s’il n’arrêtait pas ses opérations sous 48 heures. Jusqu’à jeudi « nous nous défendrons seulement. Si les bombardements ne cessent pas et que les chars ne sont pas retirés, nous passerons à l’attaque et intensifierons nos opérations militaires », a prévenu le colonel Kassem Saadeddine, porte-parole de l’Armée syrienne libre (ASL) en Syrie.

 

Conseil de sécurité

Le Conseil de sécurité des Nations unies a de son côté appelé les autorités syriennes à cesser les combats avant le 12 avril. Dans une déclaration lue par l’ambassadrice américaine à l’ONU, Susan Rice, le Conseil soutient la demande formulée par M. Annan. Mme Rice a rejeté l’idée que le Conseil fixe une nouvelle échéance le 12 après en avoir laissé passer une première. « Je ne vois pas cela comme une nouvelle date limite, la date limite était aujourd’hui », a-t-elle affirmé, ajoutant : « La date limite est passée et les violences ont continué. Les États-Unis considèrent qu’il est scandaleux mais pas surprenant que le gouvernement (syrien) ait fait des promesses et ne les ait pas tenues. » « Nous arriverons très bientôt au moment de vérité », a-t-elle averti, précisant que « la prochaine étape est d’accentuer la pression » sur le régime Assad.

 

Le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l’opposition, avait estimé que les nouvelles conditions posées par Damas étaient « inacceptables » et « irréalisables ». Les Frères musulmans syriens, influents au sein de l’opposition, ont quant à eux estimé que le plan Annan accordait un « permis de tuer illimité » au régime.

 

Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a de son côté estimé que la lettre de M. Annan démontre que « Damas bafoue ses engagements ». Le Premier ministre italien, Mario Monti, et le chef de la Ligue arabe Nabil al-Arabi ont en outre affirmé la nécessité d’un cessez-le-feu conformément au plan Annan. Le régime Assad semble n’avoir « aucune intention » de tenir ses engagements en faveur du plan, avait estimé plus tôt le chef de la diplomatie britannique, William Hague. Les efforts diplomatiques pour que le régime de Damas mette fin à la répression sanglante contre son opposition ont « échoué » et il faut armer les rebelles, a lancé pour sa part le sénateur américain John McCain en visite dans un camp de réfugiés en Turquie.

 

Des morts...

Sur place, aucun retrait des forces n’a été constaté, a précisé Rami Abdel Rahmane, président de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), en faisant état de 52 morts, dont 28 civils, à travers le pays. Parmi ces morts figurent aussi 19 membres des forces gouvernementales et cinq rebelles, tués notamment lors de combats dans plusieurs provinces du pays. Six civils ont ainsi péri dans les bombardements du quartier de Khaldiyé et un septième par des tirs sans discernement dans le quartier de Bab Tadmor à Homs.

 

Dans la province de Hama, sept civils ont été tués à Kafarzita, théâtre la veille de violents combats entre armée et rebelles, et cible de bombardements aériens. Dans la province de Deraa, quatre civils ont également péri, tandis qu’un enfant a été tué à Harasta dans la région de Damas. Dans celle de Deir ez-Zor, un civil a été abattu par des tirs et huit autres sont morts dans la région d’Alep. Cinq rebelles ont par ailleurs été tués dans des combats dans les régions de Deraa, de Homs, de Hama et d’Alep.

 

Dans le même temps, onze soldats de l’armée régulière ont été tués dans une attaque dans la région de Hassaka, cinq autres dans des combats dans la province d’Alep et trois près de la frontière turque.

 

Enfin, les raids aériens contre les unités syriennes chargées de la répression du soulèvement populaire sont le seul moyen d’empêcher une guerre civile à grande échelle, estime le général Moustafa al-Cheikh, ancien membre de l’état-major passé dans les rangs des insurgés.

Tous les efforts doivent être mis en œuvre pour s’assurer que le gouvernement syrien et l’opposition respectent la date butoir de jeudi fixée pour l’arrêt des violences qui ont fait des milliers de morts en Syrie, a estimé hier Kofi Annan dans une lettre adressée au Conseil de sécurité de l’ONU. « Je suis très inquiet par la tournure que prennent les évènements », a écrit l’émissaire, ajoutant que « le gouvernement syrien aurait dû envoyer un signal politique fort en faveur de la paix avant le 10 avril, en agissant sur les six points du plan de paix. (...) Mais ça ne s’est pas produit ». « Il est un peu trop tôt » pour considérer les efforts entrepris comme un échec, a-t-il néanmoins affirmé, ajoutant que le président Bachar el-Assad devrait « effectuer un revirement radical de direction ».
 
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