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À La Une - Sécurité

Liban : Le spectre des assassinats pointe à nouveau…

Une partie de la majorité continue de minimiser l’incident, voire de nier la véracité des faits.

Le chef des FL exhibant les deux balles qui ont failli lui coûter la vie, mercredi dernier. Photo Aldo Ayoub

L’attentat manqué contre le chef des Forces libanaises Samir Geagea a suscité une vague de réprobation générale au sein du 14 Mars et au-delà, mais une partie de la majorité, notamment dans les milieux aounistes, continue de minimiser l’ampleur de l’incident, alors qu’une autre partie, représentée par le regroupement des formations dites « nationales » (proches du pouvoir baassiste syrien), nie carrément la véracité des faits.

 

Dans l’opposition, on s’abstenait hier de lancer des accusations formelles à l’adresse d’une partie quelconque, mais les insinuations à l’axe syro-iranien et à ses alliés au Liban ont été légion. En outre, de nombreuses voix se sont élevées au sein du 14 Mars pour reprocher à nouveau au ministre des Télécoms, Nicolas Sehnaoui, de s’abstenir de transmettre aux services de sécurité les données des écoutes téléphoniques nécessaires aux investigations.

 

Le bureau de presse de M. Sehnaoui a publié un communiqué dans lequel il affirme que le ministre respecte pleinement les lois en vigueur concernant la transmission de ces données.

 

Au niveau des réactions, le bloc du Futur s’est réuni de manière extraordinaire sous l’égide de son chef, Fouad Siniora, et a publié un communiqué condamnant l’attentat manqué et le plaçant dans le contexte des assassinats visant les responsables du 14 Mars depuis 2004.

 

Le ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel, a appelé toutes les parties à « tirer les leçons de ce qui s’est passé » mercredi et à reprendre le dialogue. « Dieu nous a sauvés hier d’une catastrophe », a-t-il dit, affirmant que « toutes les personnalités politiques, de toutes les confessions, sont visées » et qu’il existe une « cinquième colonne » dans le pays.

 

Le ministre des Finances, Mohammad Safadi, a exprimé son rejet de tout recours à la violence dans les conflits politiques. « Aucune partie politique n’accepte le retour au feuilleton des assassinats. Tout le monde devrait soutenir la justice et les forces de l’ordre dans leur mission consistant à empêcher la discorde. »

 

Au nom du patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, le vicaire patriarcal Boulos Sayah a condamné l’attentat au cours d’un entretien au téléphone avec M. Geagea. Le président de la Chambre, Nabih Berry, est entré également en contact avec le chef des FL et un membre de son bloc, le député Michel Moussa, a condamné l’attentat.

 

De même, le « bloc populaire » de l’ancien député Élie Skaff s’est associé à la vague de réprobation.

 

En revanche, le ministre du Tourisme Fadi Abboud, qui relève du bloc du Changement et de la Réforme, a estimé que si l’intention du tireur était de tuer M. Geagea, il ne se serait pas suffi de tirer deux balles. « Il aurait pu atteindre Geagea quand ce dernier se penchait pour cueillir la rose », a-t-il dit.

 

Quant au « Rassemblement des partis et personnalités nationales », qui regroupe les formations prosyriennes, il a indiqué craindre que cette affaire « n’entre dans le cadre de l’exploitation politique en vue des législatives de 2013 ». Mais il est allé plus loin en insinuant que le chef des FL pourrait lui-même « fomenter une série d’attentats et tenterait ainsi de s’en disculper par avance ».

 

À qui profite le crime

Pour en revenir au 14 Mars, les insinuations les plus explicites ont été exprimées par le député de Beyrouth Nohad Machnouk, membre du bloc du Futur. Selon lui, « l’alliance régionale qui regroupe l’Iran et la Syrie et leurs branches locales profitent d’un tel assassinat ». Toutefois, a-t-il ajouté, cet acte « exprime une folie politique de la part de ce camp régional qui agit par le biais de ses alliés à l’intérieur ».

 

En outre, une délégation parlementaire du 14 Mars comprenant les députés Atef Majdalani, Riad Rahal, Nadim Gemayel, Serge Ter Sarkissian, Tony Aboukhater et Joseph Maalouf, s’est rendue à Meerab et a été reçue par le chef des FL.

 

Au terme de la visite, M. Majdalani a stigmatisé « un acte lâche contre un chef dont » ils « n’avaient pas pu venir à bout de la solidité, de l’enthousiasme, des positions et de la dignité durant 11 années de détention ».

Pour M. Majdalani, « derrière ce crime se tient toute personne qui s’oppose au 14 Mars et au Liban de la liberté, de la dignité, de la démocratie, du pluralisme et de l’ouverture ».

 

Nadim Gemayel

Quant au député Nadim Gemayel, il a affirmé que « la partie qui a commis cette tentative est soutenue par l’étranger et par des groupes à l’intérieur ». « Nous ferons l’impossible afin que cette partie ne soit plus en mesure de porter des armes au Liban », a-t-il dit.

 

D’autres personnalités devaient aussi se rendre à Meerab, notamment le secrétaire général du 14 Mars, Farès Souhaid, et les députés Amine Wehbé, Nidal Tohmé et Mouine Merhebi.

 

Le Bloc national a souligné de son côté que « l’assassinat et les tueries sont les armes de ceux qui craignent le vent du changement ». Pour sa part, le PNL a réclamé du gouvernement qu’il prenne des mesures pour que cette affaire soit jointe aux crimes terroristes jugés par le Tribunal spécial pour le Liban. La Gauche démocratique a de son côté considéré que cet acte visait à « empêcher le Liban de connaître une existence normale au moment où cette occasion se profilait à l’horizon ».

 

Le député de Batroun, Boutros Harb, a réclamé des services sécuritaires et judiciaires d’« agir vite et de mener les investigations nécessaires ». Il a dit espérer que « les conflits méprisables qui déchirent le gouvernement n’entraveront pas l’action des services de sécurité, par exemple par la non-transmission des données des écoutes téléphoniques, comme cela s’était passé à plusieurs reprises auparavant ».

 

Son collègue Antoine Zahra, membre du bloc FL, a affirmé qu’il existe des données démontrant que l’attentat a été « préparé de longue date ». Pour lui, « il se peut que l’ouverture des Arabes à l’égard de M. Geagea et ses propres positions ont poussé ceux qui voulaient l’éliminer à hâter l’exécution de leur complot ».

 

Le député de Beyrouth Nabil de Freige, du bloc du Futur, a imputé « la responsabilité politique de ce qui se passe au gouvernement réuni ». Pour lui, « ceux qui refuseraient que le dossier de l’attentat manqué contre M. Geagea soit déféré devant le TSL seraient complices du crime ».

 

Les données des écoutes téléphoniques

Ammar Houry (bloc du Futur) a estimé de son côté que l’attentat est un « message clair sur des périls à venir et qu’il ne faut pas traiter à la légère ». Selon M. Houry, « la décision du ministre des Télécoms, Nicolas Sehnaoui, de soustraire les données des écoutes téléphoniques (à la police) contribue à accroître les risques ».

 

Également membre du bloc du Futur, le député Jean Oghassabian a souligné, lui aussi, que la transmission des données des communications téléphoniques aux forces de l’ordre aiderait à déjouer les projets d’attentats et les complots d’assassinats. Cette transmission devrait selon lui être une « opération permanente ».

 

Pour ce qui est de l’attentat lui-même, le député de Beyrouth a estimé qu’il a « mis fin à tous les accords conclus aux niveaux arabe et international après la série d’attentats qui se sont produits de 2004 à 2008 ». Il a souligné d’autre part que cette dernière tentative « certifie que le Liban ne saurait être éloigné de ce qui se passe en Syrie ».

Mohammad Hajjar, député du Chouf, a également dénoncé « le rôle de sabotage » tenu par le ministre des Télécoms dans l’affaire des données des écoutes téléphoniques.

 

Quant à l’ancien député de Tripoli Moustapha Allouche, il a souligné que « ce qui s’est passé hier (mercredi) prouve que cette méthode (les assassinats) reste le seul moyen auquel ont recours les ennemis locaux et régionaux du 14 Mars ».

 

La Jamaa islamiya

La Jamaa islamiya a condamné toute tentative d’assassinat contre quiconque et réclamé que l’enquête soit menée jusqu’au bout. Elle a souligné que cet attentat visait « un chef de parti politique qui a confirmé, tout au long de ces dernières années, son engagement à l’égard de l’action politique pacifique, dans le cadre des institutions constitutionnelles de l’État ».

 

La Fondation maronite dans le monde, que préside l’ancien ministre Michel Eddé, s’est elle aussi associée à la vague de réprobation, se disant « très inquiète d’un retour au dialogue des armes ».

« Les protagonistes devraient agir et coopérer ensemble en vue de préserver la paix civile quelle que soit l’ampleur des désaccords politiques entre eux », ajoute la Fondation, réclamant les sanctions les plus sévères contre les auteurs de l’attentat.

 

Signalons enfin que M. Geagea a reçu de nombreux appels téléphoniques de personnalités qui ont condamné l’attentat manqué, parmi lesquelles le vice-président de la Chambre, Farid Makari, les députés Michel Pharaon, Hagop Pakradounian, Ziad Kadri, Akram Chehayeb, Antoine Saad, Ammar Houry et Nayla Tuéni, les anciens ministres Michel Eddé, Bassem el-Sabeh, Tarek Mitri et Youssef Salamé, les anciens députés Moustapha Allouche et Misbah Ahdab, et les évêques Élias Audi, André Haddad et Francis Bayssari.

 

Des associations, comme « Journalistes contre la violence », et des personnalités de la société civile, comme la journaliste May Chidiac, ont également condamné l’attentat.

 

L’attentat manqué contre le chef des Forces libanaises Samir Geagea a suscité une vague de réprobation générale au sein du 14 Mars et au-delà, mais une partie de la majorité, notamment dans les milieux aounistes, continue de minimiser l’ampleur de l’incident, alors qu’une autre partie, représentée par le regroupement des formations dites « nationales » (proches du pouvoir baassiste syrien), nie carrément la véracité des faits.
 
Dans l’opposition, on s’abstenait hier de lancer des accusations formelles à l’adresse d’une partie quelconque, mais les insinuations à l’axe syro-iranien et à ses alliés au Liban ont été légion. En outre, de nombreuses voix se sont élevées au sein du 14 Mars pour reprocher à nouveau au ministre des Télécoms, Nicolas Sehnaoui, de s’abstenir de transmettre aux...
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