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Moyen Orient et Monde - Le Point

Les accointances insolites

Simplifions : Washington n’aime pas l’armée, qui n’aime pas les Frères musulmans, lesquels n’aiment pas les salafistes, haïs par Amr Moussa, Abdel Moneim Aboul-Foutouh et les quelques dizaines d’autres candidats à la présidence de la République qui s’écharpent à qui mieux mieux dans l’espoir de décrocher le cocotier. Est-ce assez clair ?
Dans le nœud de vipères que représente ces jours-ci la conjoncture politique en Égypte un an après l’éclatement de la révolution du lotus, bien malin qui tenterait de s’y retrouver. On excusera donc ces braves Américains, habitués aux déconvenues à chaque fois qu’ils font semblant dans un évident souci de préserver le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, d’intervenir. Or le bon populo s’est prononcé en janvier dernier : 38 pour cent de ses voix sont allées au Parti de la liberté et de la justice, autrement dit aux Frères musulmans, et 28 pour cent au parti al-Nour, c’est-à-dire les salafistes. On ne peut plus clair, n’est-ce pas ? D’autant plus que les premiers, ne voulant pas donner l’impression de s’approprier tout le pouvoir, aux dires de leurs dirigeants, promettaient de ne pas désigner un candidat à la première magistrature et que les seconds, se confondant avec la grisaille environnante, refusaient de se prononcer.
Tout a commencé à se gâter quand les Ikhwane se sont lancés dans la bataille sous la houlette de Khaïrat al-Chater, aussitôt imités par les ultras de l’islamisme, unis derrière la bannière de Hazem Salah Abou-Ismaïl. Affolement sur les rives du Potomac, mobilisation sans précédent de tout ce que le département d’État, la CIA et les think tanks yankees comptent d’ « egg-heads » pour élaborer une parade à ce virus, d’autant plus dangereux qu’il pointe déjà aux portes de l’ensemble du monde arabe. Conclusion des penseurs et des maîtres espions : volons au secours du soldat Chater, au profil tout de même plus rassurant que celui de son adversaire. Comme quoi, en politique encore plus qu’en d’autres domaines, tout est relatif et qu’entre deux maux, il importe de choisir le moindre.
Confidence, sous le sceau de l’anonymat, des adjoints de Hillary Clinton : « La candidature d’al-Chater ne nous inquiète pas ; et même nous l’accueillons avec optimisme. » Une fois n’est pas coutume : dans la capitale fédérale, on sait de quoi l’on parle. Le pieux millionnaire, hier familier des prisons de Hosni Moubarak, demain peut-être appelé à lui succéder au palais d’Héliopolis, n’est pas inconnu des maîtres de la diplomatie US qui le pratiquent depuis longtemps, tout comme l’ambassadrice Anne Patterson, qui compte, dit-on, parmi ses visiteurs réguliers, ou encore le numéro 2 du State Department William Burns.
Tel n’est pas le cas d’Abou-Ismaïl, pur produit de l’establishment ultra-religieux. Politicien, avocat, prédicateur, c’est le fils d’une figure respectée de l’islamisme égyptien, Salah Abou-Ismaïl, membre du prestigieux centre d’al-Azhar, de la confrérie des Frères musulmans et parlementaire éminent. Son fils n’a jamais fait mystère de ses convictions religieuses et idéologiques. Il fut l’avocat de Sleiman Khater, un militaire qui avait abattu en 1986 dans le désert du Sinaï quatre soldats israéliens, avant de défendre un prévenu appelé ultérieurement à devenir son adversaire politique, Khaïrat al-Chater... Il demeure en outre un détracteur acharné du Conseil suprême des forces armées, accusé d’avoir trahi la révolution et de vouloir en torpiller les acquis. Au nombre de ses autres prises de position célèbres, on peut compter l’opposition à la fourniture d’eau à l’État hébreu, le bémol mis aux exactions, jugées « exagérément gonflées », dont sont victimes les chrétiens du pays, son veto à l’élection éventuelle d’un copte à la tête de l’État ( « après tout, l’article I de la Constitution dit que l’islam est la religion de l’État » ), et sa dénonciation de l’impôt qui frappe les casinos de jeux et les night-clubs, une mesure qualifiée de scandaleuse.
La rhétorique salafiste résonne agréablement aux oreilles de l’homme de la rue, surtout lorsqu’est faite la promesse d’œuvrer à la libération des prisonniers politiques et même de certains milieux coptes depuis qu’Abou-Ismaïl a présenté ses condoléances à la suite de la disparition du pape Chenouda. Et puis, il y a ce sondage dont le principal résultat a inquiété au-delà de toute mesure les chancelleries occidentales : 58 pour cent des Égyptiens se disent favorables à la désignation d’un président attaché aux préceptes islamiques. On pourrait en déduire que, plutôt que la copie Chater, le citoyen lambda pourrait préférer l’original Abou-Ismaïl. D’autant plus que le soutien américain au premier, autant malvenu que peu désiré, risque de provoquer un effet inattendu.
Vous avez aimé le Frère aîné? Vous allez adorer le Frère cadet.
Simplifions : Washington n’aime pas l’armée, qui n’aime pas les Frères musulmans, lesquels n’aiment pas les salafistes, haïs par Amr Moussa, Abdel Moneim Aboul-Foutouh et les quelques dizaines d’autres candidats à la présidence de la République qui s’écharpent à qui mieux mieux dans l’espoir de décrocher le cocotier. Est-ce assez clair ? Dans le nœud de vipères que représente ces jours-ci la conjoncture politique en Égypte un an après l’éclatement de la révolution du lotus, bien malin qui tenterait de s’y retrouver. On excusera donc ces braves Américains, habitués aux déconvenues à chaque fois qu’ils font semblant dans un évident souci de préserver le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, d’intervenir. Or le bon populo s’est prononcé en janvier dernier : 38 pour cent de ses voix...
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