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À La Une - Mali

Après les bouddhas de Bamyan, les manuscrits de Tombouctou ?

Avec la prise de la ville par les islamistes, des voix s’élèvent pour préserver un trésor inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

Sur cette photo prise le 2 mai 2010, des manuscrits anciens exposés au centre islamique de Tombouctou. Des manuscrits dont l'Unesco redoute qu'ils deviennent la cible des nouveaux maîtres jihadistes de la ville mythique du nord du Mali. Habibou Kouyate/AFP

En Afghanistan, les majestueux bouddhas de Bamyan n’ont pas survécu aux talibans et à leurs alliés d’el-Qaëda. Les manuscrits de Tombouctou seront-ils la cible des nouveaux maîtres jihadistes de la ville mythique du nord du Mali ?

 

À la faveur de l’avancée foudroyante des rebelles touareg, le groupe armé islamiste Ansar Dine et des éléments d’el-Qaëda au Maghreb (AQMI) ont pris lundi le contrôle de Tombouctou, aux portes du Sahara. Tombouctou, grand centre intellectuel de l’islam et ancienne cité marchande prospère des caravanes, surnommée « la perle du désert », est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Ses trois grandes mosquées, mais surtout des dizaines de milliers de manuscrits – dont certains datent de l’ère préislamique – témoignent de cette splendeur passée et de son âge d’or au XVIe siècle. « Des manuscrits uniques (près de 100 000) sont conservés depuis plusieurs siècles à Tombouctou, ville savante, ville des 333 saints, où pratiquement chaque concession est un patrimoine, une bibliothèque », explique le directeur de l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN) à Dakar, Hamady Bocoum.


Possession des grandes lignées de la ville, ces manuscrits, les plus anciens remontant au XIIe siècle, sont conservés comme des trésors de famille dans le secret des maisons, des bibliothèques privées, sous la surveillance des anciens et d’érudits religieux. Ils sont pour la plupart écrits en arabe ou en peul, par des savants originaires de l’ancien empire du Mali. Ces textes parlent d’islam, mais aussi d’histoire, d’astronomie, de musique, de botanique, de généalogie, d’anatomie... Autant de domaines généralement méprisés, voire considérés comme « impies » par el-Qaëda et ses affidés jihadistes.


L’exemple funeste des bouddhas de Bamyan, dans le centre de l’Afghanistan, vient immédiatement à l’esprit. Après avoir vu passer pendant une quinzaine de siècles l’islamisation, les Mongols au XIIIe siècle ou encore l’occupation soviétique, ces deux immenses statues construites dans la falaise n’ont pas survécu au fanatisme des talibans.

Déclarées comme « idolâtres » par le mollah Omar, elles seront dynamitées en mars 2001, suscitant une vive émotion et la réprobation unanime dans le monde.

 

Onze ans plus tard, dans le Sahel cette fois, où pour la première fois les islamistes contrôlent une grande agglomération, qu’adviendra-t-il des manuscrits de Tombouctou ?

 

L’Unesco a exprimé hier sa préoccupation, et appelé « les factions belligérantes à respecter le patrimoine » du pays. À côté des menaces que font peser les combats sur les bâtiments en cas de contre-offensive de l’armée malienne, « je pense qu’il y a des risques sérieux sur ces manuscrits », s’alarme le directeur de l’IFAN, ajoutant qu’« on peut aussi redouter que des destructions » soient commises « par les nouveaux arrivants », met-il en garde. « Ces manuscrits ont traversé les âges grâce à un ordre séculaire, dans une zone d’échanges et de carrefour de tous les peuples de la région.

 

Avec l’arrivée des islamistes, cet ordre séculaire est rompu, ce bouillon culturel est en danger », et les précieux manuscrits avec lui. « Je ne sais vraiment pas pour le moment ce que vont devenir mes manuscrits », confie de son côté le propriétaire de l’une des bibliothèques privées de Tombouctou. « J’attends, mais j’ai franchement peur. »


Deux facteurs sont cependant à prendre en compte : d’abord la conservation de la majorité des manuscrits au sein des familles. Les islamistes répugnent habituellement à pénétrer dans l’intimité des maisons, ce qui pourrait compliquer la tâche des éventuels censeurs et policiers « du vice et de la vertu ».

En outre, ces manuscrits sont considérés comme un trésor, un patrimoine unique, par les populations locales. S’y attaquer, même au nom de la charia, reviendrait inévitablement à s’aliéner une grande partie de ces populations, ce que les nouveaux maîtres islamistes de Tombouctou ne souhaitent sans doute pas.

En Afghanistan, les majestueux bouddhas de Bamyan n’ont pas survécu aux talibans et à leurs alliés d’el-Qaëda. Les manuscrits de Tombouctou seront-ils la cible des nouveaux maîtres jihadistes de la ville mythique du nord du Mali ?
 
À la faveur de l’avancée foudroyante des rebelles touareg, le groupe armé islamiste Ansar Dine et des éléments d’el-Qaëda au Maghreb (AQMI) ont pris lundi le contrôle de Tombouctou, aux portes du Sahara. Tombouctou, grand centre intellectuel de l’islam et ancienne cité marchande prospère des caravanes, surnommée « la perle du désert », est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Ses trois grandes mosquées, mais surtout des dizaines de milliers de manuscrits – dont certains datent de l’ère préislamique – témoignent de cette splendeur passée et de son...
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