Il a plu à torrents, il y a de l’eau dans les rues, les caniveaux débordent, les robinets de l’évier restent à sec ? Qu’à cela ne tienne, un camion-citerne remplira nos réservoirs d’une eau qu’il aura puisée, peut-être, directement des canalisations qui mènent à notre immeuble.
Les produits alimentaires avariés se retrouvent dans les décharges publiques ; il y a quelques semaines encore, ils se baladaient en toute quiétude dans nos intestins ; les importateurs indélicats s’en débarrassent à pleins camions à benne. On raconte que l’épouse d’un personnage haut placé a failli le rendre veuf, d’où ce branle-bas de combat. Amour quand tu nous tiens !
Dans cette affaire, ce qui m’a interpellé, c’est un sondage entrepris par L’Orient-Le Jour sur son site Internet, posant une question pertinente : Pensez-vous que les vendeurs/importateurs au Liban de produits alimentaires avariés seront effectivement punis par la justice ? 73 % des lecteurs ont répondu non...
Édifiant ! C’est dire à quel point le Libanais fait confiance au système judiciaire de son pays. À la décharge de ce pauvre bougre, outre les saletés qu’on lui a fait avaler au fil des ans, il y a ce laxisme auquel il s’est fait. Combien de scandales ont éclaté, puis se sont éteints tels des feux de paille, sciemment savamment étouffés on sait trop bien comment.
La critique est aisée, c’est sûr, mais à bien y penser, à part le soleil qui revient avec bonheur nous réchauffer de ses rayons radieux, qu’y a-t-il pour nous donner envie de sauter de joie, de sourire et de gambader dans la nature en ce début de printemps ?
Nous observons, pleins de suspicion, les aliments qu’on nous sert, nos routes sont jonchées de trous, voire de vallons, le prix de l’essence s’envole, les embouteillages sont pratiquement devenus le dernier salon où l’on cause. C’est à croire que nos responsables ont l’estomac blindé et ne prennent jamais la route.
Alors, quitte à faire la fortune des hôpitaux, des garagistes et des pétroliers, mieux vaut rester chez soi, bien calé dans son fauteuil, à faire sa petite révolution cérébrale en regardant sur le petit écran les insoutenables images des enfants qu’on massacre juste à deux pas de chez nous, ou assister aux impolitesses débitées par les invités d’un quelconque talk-show.
Un éminent ami a publiquement fait le raisonnement suivant : « Et si la révélation de tous ces scandales qui défraient la chronique avait pour objectif inavoué de détourner l’attention d’autre chose ? Mais alors quoi. »
Certainement pour endormir encore plus la passivité devenue légendaire des Libanais, divisés qu’ils sont entre deux mouvances, laissant à ceux qui se sont instaurés en chefs le soin de débattre entre eux, au point d’en arriver aux insultes, accaparant toute l’attention sur leurs pérégrinations de manière que leurs effets restent contenus à la une des journaux et meublent les nouvelles à la télévision, sans plus.
Les droits du peuple se limiteraient désormais à applaudir et à se taire ; on le mobilise de part et d’autre à longueur de mois, uniquement pour célébrer des commémorations tragiques, Dieu sait si dans un pays comme le nôtre, qui a connu vingt ans le calvaire, il y en a. Serions-nous devenus un peuple de pleureuses, le regard tourné sur le passé ?
Certes, chacun de nous a enfoui dans un coin de son cœur le tendre souvenir d’un camarade, d’un compagnon avec qui il a rêvé, fait avec lui un bout de chemin, disparu tragiquement au faîte de sa gloire, nous laissant le soin de poursuivre l’œuvre de libération et de construction d’un pays qu’il voulait le plus beau.
Je suis certain que ces personnages qui ont donné leur vie pour la patrie, s’ils pouvaient parler, dénonceraient fermement le commerce éhonté qui se fait autour de leur sacrifice, de leur nom. Leur testament a été dénaturé. Ils bâtissaient l’avenir ; les responsables d’aujourd’hui instaurent la haine en gouvernance, pour diviser et s’accrocher à leurs acquis.
C’est une réponse, simpliste peut-être, à mon éminent ami et à tous ceux qui s’étonnent de ce tintamarre fait autour de cette tempête dans un verre d’eau. N’oublions pas que les législatives se tiennent dans moins de quatorze mois et on ne peut pas lâcher la bride au cou d’un peuple exsangue, d’une jeunesse qui commence à ruer dans les brancards, qui ne se résout pas à prendre les vessies pour des lanternes.
Alors on lui balance des scandales, allant des produits avariés aux navires générateurs d’une lumière qui, probablement, ne viendra jamais éclairer nos nuits, au diesel rouge tendance vert, couleur des dollars indûment empochés on ne saura jamais par qui, en passant par l’injustice à tous les niveaux pour focaliser son attention sur les massacres à l’arme lourde en Syrie.
Notre jeunesse, elle, subtil raffinement, on la tue à petit feu. Mais, fort heureusement, elle commence à ouvrir les yeux, à n’être plus dupe de rien, à se poser des questions ;
il n’est plus loin le temps où elle s’unira, fera tomber les barricades qui séparent artificiellement ses membres. La maltraitance, la maladie, la faim, l’impuissance face à la gabegie, les nuits noires, pour un peuple épris de liberté, tout cela n’a pas de religion ni de dates calendaires.
Le printemps de Beyrouth, s’il n’est pas pour demain, est assurément en route.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
J'appelle tout ça : LE CHAOS et L'ANARCHIE ! De la queue à la tête du poisson la senteur est la même...
08 h 59, le 03 avril 2012