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Nos lecteurs ont la parole

Si la morale existe encore

Par Rami Antoine ABI AKL
L’affaire de l’employée de maison éthiopienne qui a tourné au drame il y a quelques jours a suscité une polémique au niveau national. Mais le débat ne devrait pas se restreindre à une simple dénonciation des faits. C’est à l’origine même du problème qu’il faudrait remonter. Il est temps de remettre en question des pratiques barbares que la coutume a civilisées !
Qu’est-ce qu’un esclave ? Un esclave est une personne soumise à l’autorité absolue d’un maître. Cette définition correspond étrangement à la situation des employées de maison étrangères dans notre pays. Elles sont disponibles à tout moment du jour et de la nuit, pour satisfaire nos caprices corvéables à merci. Si maintes familles ont une attitude bienveillante à leur égard, les scandales sont aussi multiples. Impossible de trancher lorsqu’il s’agit de déterminer les torts et les responsabilités. Le seul vrai coupable est l’État qui légalise la pratique de « servante à domicile » où les dérapages ne peuvent être contrôlés, et où les employées sont les otages de la bonté des employeurs. Que faire ? Aucune loi ne saurait réguler le comportement des individus au sein de leur propre maison. Tant que les employées sont hébergées chez les employeurs, aucune issue raisonnable n’est possible. Et la formule, telle qu’elle existe aujourd’hui, va à l’encontre de tout précepte moral : dans le monde du travail, la hiérarchie existe ; on peut avoir des supérieurs. Dans une maison, l’employée a des maîtres ! De nos jours l’exploitation d’un homme par un autre homme n’est plus tolérable. Pour toute profession, la mission doit être clairement définie : femme de ménage, baby-sitter, cuisinière ou assistante pour personnes âgées ou handicapées, etc. Le temps de travail doit être limité. L’hébergement doit être possible en dehors du lieu de travail, pour leur permettre d’avoir une vie équilibrée. Ces conditions ne relèvent pas de l’utopie ; c’est le minimum qu’on puisse espérer pour un travailleur en 2012. Je n’ai pas besoin de rappeler que ces êtres humains sont des travailleurs au même titre que les travailleurs libanais. Avons-nous le droit de vivre dans le luxe tout en plongeant les autres dans la misère ?
Juridiquement oui. Moralement non ! Honte à nous si, au XXIe siècle, nous ne sommes toujours pas conscients que la dignité de l’être humain, quelles que soient ses origines, prime sur nos appétits de confort ! Honte à nous si, au XXIe siècle, nous sommes incapables de penser un problème social à travers le prisme des valeurs universelles !
L’affaire de l’employée de maison éthiopienne qui a tourné au drame il y a quelques jours a suscité une polémique au niveau national. Mais le débat ne devrait pas se restreindre à une simple dénonciation des faits. C’est à l’origine même du problème qu’il faudrait remonter. Il est temps de remettre en question des pratiques barbares que la coutume a civilisées ! Qu’est-ce qu’un esclave ? Un esclave est une personne soumise à l’autorité absolue d’un maître. Cette définition correspond étrangement à la situation des employées de maison étrangères dans notre pays. Elles sont disponibles à tout moment du jour et de la nuit, pour satisfaire nos caprices corvéables à merci. Si maintes familles ont une attitude bienveillante à leur égard, les scandales sont aussi multiples. Impossible de trancher...
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