Résultat : la destruction d’au moins 20 % de Tripoli, accompagnée de dommages divers dans la capitale du Liban-Nord ; Yasser Arafat battu et obligé de transporter ses pénates en Tunisie, sur un navire de guerre français, avec pertes incommensurables en vies humaines et économiques pour les Libanais.
Quid du Liban ?
Adieux émouvants sur le navire français avec des discours dans le genre : Tripoli est votre ville, vous y serez toujours les bienvenus ; Nous sommes frères ; Restez donc, rester...
Et cette conclusion de deux notables tripolitains, qui m’a été rapportée par l’un d’eux : «Quittons vite ce bateau avant qu’ils ne nous prennent au sérieux. »
Vingt ans après : Homs, Hama, d’autres villes d’un si beau pays et bientôt Damas? Subiront-elles le sort de Tripoli ? Il n’y a pas de point d’interrogation ici parce qu’il y a la certitude que les événements sont appelés à durer.
Un leadership que se disputent une communauté alaouite avec ses satellites et une communauté sunnite avec d’autres satellites, allergiques à toute influence iranienne. Qu’en restera-t-il ?
D’un côté, une armée capable de tenir le front nord d’Israël, donc mécanisée, supérieurement équipée ; de l’autre, des citoyens souhaitant les armes et le soutien étranger pour compenser leurs faiblesses.
D’un côté, la rancœur ancestrale d’une communauté, asservie des siècles durant et qui a même vu un de ses chefs – considéré par elle comme un dieu, le « mourched » – pendu en place publique à Damas vers les années 55, sous le régime de Chichakli. De l’autre, une majorité sûre d’elle et tolérant la présence de députés de toutes confessions, même israélite ;
c’était la démocratie, c’était le parti du président Chucri
Kouatly.
Aujourd’hui, le monde est divisé : l’Occident échaudé par d’autres interventions armées et qui se contente de vœux pieux et de souhaits d’aides humanitaires. De l’autre, la Russie et la Chine qui freinent des envies d’aide armée. Craignent-elles un affaiblissement de la Syrie et donc celle de tous les Arabes, qui verraient leurs richesses bradées et aux mains exclusives de l’Occident? Adieu OPEP qui régentait le commerce mondial du pétrole.
Y aurait-il deux Syriens, frères des deux Tripolitains, cités plus haut, qui diraient : «Quittons ce navire avant qu’il ne coule, ou bien renflouons-le. »
Quid de la neutralité du Liban, qui est une garantie contre les remous de ce naufrage ? De l’avis du simple lecteur que je suis, il est trop tard pour éviter la cascade de catastrophes.
Jean HARFOUCHE
Architecte


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