Du bout des doigts, on déguste des mises en bouche relevées d’une pointe de perfidie. Les papotages stériles papillonnent, un piano triste égrène des notes lancinantes, pour mieux accompagner la valse des anges qui n’ont pas de sexe.
Pour commencer, des salades, verbales, irriguées dans des terres spoliées, minées. Assaisonnées de fiel et d’aigreur, parsemées de calamités piquantes. Colorées, bigarrées, elles sont affolantes de verdeur et d’acidité. De quoi anesthésier les sens.
Puis, le plat principal, au choix : de la volaille gonflée aux hormones, déguisée en suprême, nappée d’une sauce qui tourne. Ou un poisson, verdâtre de pourriture, dont les relents sont subtilement noyés dans des purées d’herbes douteuses. Ou alors une belle tranche de viande, très avariée, vieillie à souhait et nageant dans une flaque veloutée, rouge sang-de-bœuf, macérée dans un très vieux cru, pour mieux titiller les papilles et cacher la banalité de la fraude. Un chef étoilé a concocté pour nous cette jouissive présentation. Il sait, il a l’ouïe et la vue exercées, mais tricher ou pas, telle est la question... On lève nos verres à cette prestation ; les médecins vont encore en tirer profit.
Pour finir, une farandole de desserts, crémeux, cachant sous une mise en scène raffinée les paillettes d’un lait périmé, ou les éclats d’œufs pourris, ou encore les plumetis d’un beurre ranci. Mais à ce stade, on a beaucoup bu et beaucoup ri,on avale aisément couleuvres sucrées, îles flottantes suspectes et autres forêts noires.
En guise de distraction, sur un écran en fond de salle, défilent des étals de boucherie, des lambeaux de chair, des tripes à la mode de Damas, des portions de vie défoncées, des cocktails visuels couleur carmin, des petites filles cueillies à la fleur de l’âge pour en faire les bouquets d’une barbarie sans nom.
Cette ignominie, nous l’avions goûtée nous, mijotée à petit feu des années durant. Son goût foudroyant a surpris ce pauvre peuple, dont le palais n’était habitué qu’à des saveurs de goulag surgelé. Et qui ne voulait pas croire ce que nous endurions, jusqu’à en perdre les doigts, la raison, la dignité, l’humain en eux.
Même nos fleuves sont rouges de colère ! De secret industriel en expertises honteuses, notre quotidien en prend encore un coup et nous demeurons surpris par la créativité de cette entreprise à se foutre du monde. Défilent encore, sans son, des images de gravats fumeux, des indignés molestés, une nation vouée aux gémonies.
La morale et la civilité n’étant pas au menu, l’hypocrisie desservie, il est temps d’aller se calfeutrer, de faire semblant que la nuit sera douce, que la digestion se fera lentement. « Garçon, l’addition s’il vous plaît. Et n’oubliez pas le sel avec. »
Qui osera, défi provocateur, révéler des noms, des enseignes à boycotter ? Comment donner sinon des leçons et des gifles cuisantes à vie ? Quand la notion d’intégrité prendra-t-elle le dessus ?
Pourquoi accepter que les sanctions soient tièdes, et l’ivresse du gain supérieure ? Il s’agit de notre poison quotidien, servi avec doigté, tous les jours, copieusement.
Changer la réglementation empoisonnante bien ancrée requiert un courage citoyen hors norme, mettre un point d’honneur à punir, réprouver la toxicité ambiante, verbaliser, voire fermer des entreprises, se faire craindre et se faire respecter...
Il faudrait de sacrées c... pour ça, non pas des cervelles d’oiseaux ventripotents et repus de liasses.
Brillat-Savarin : « La destinée des nations dépend de la manière dont elles se nourrissent. »
Tchin-tchin...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef