Des chiffres encore ? En voici : l’ardoise de la campagne de 2008 avait été de 659 697 826 dollars pour le camp Obama, de 316 419 883 pour le camp McCain et de six milliards si l’on additionne les coûts de la présidentielle et des législatives. En plus de deux siècles, la courbe ne cesse de monter : 100 000 dollars en 1800 pour Abraham Lincoln (lequel en était sorti pratiquement ruiné), 59 millions en 1988, 384 millions pour Kerry et 345 millions pour George W. Bush en 2004. Parfois, le butin pourrait paraître bien sans commune mesure avec les résultats obtenus. Frustré au regard du bilan des trois années et demie passées, l’actuel président se compare au héros du Vieil homme et la mer, le roman d’Ernest Hemingway où l’on voit ce brave Santiago ramener dans ses filets un gigantesque poisson qu’il est forcé de remorquer faute de pouvoir l’embarquer et qui finit dans le ventre des requins attirés par cette proie facile, ne laissant au pêcheur que la tête de l’espadon et l’arête.
Pour l’instant, Obama se bat, assuré, disent les augures, de l’emporter le 6 novembre prochain, à l’issue d’un semblant de bataille, contrairement au pauvre Cubain de Hemingway qui s’était battu trois longs jours et deux nuits. À coups de montagnes de dollars – tout comme ses adversaires d’ailleurs – pour financer des publicités de plus en plus agressives mais aussi des références les plus inattendues. C’est ainsi qu’on le voit évoquer le cancer qui devait emporter sa mère en 2008 dans un court-métrage de 17 minutes consacré aux réalisations de son mandat et dans ce cas précis à la réforme du système des soins de santé. « Nous ne voulons pas qu’un tel drame se reproduise », commente Michelle Obama, embrigadée pour la circonstance, en même temps que Tom Hanks dans le rôle du narrateur.
Mais pourquoi cette priorité à l’argent mis au service de la politique ? Tout d’abord parce que nous sommes au pays où le dollar affiche la primauté du divin : « In God we trust », proclament les billets de banque. Ensuite parce que les chiffres des législatives de 2004 nous apprennent qu’à cette date, pour ne pas remonter plus loin, 95 pour cent des sièges de la Chambre des représentants et 91 pour cent de ceux du Sénat avaient été remportés par les candidats et candidates ayant déboursé les sommes les plus importantes. Enfin, argument à ne pas négliger, la Cour suprême a jugé que le fait de limiter les dépenses contredit ce fameux premier amendement à la Constitution ratifié en 1791 qui interdit toute loi limitant la liberté de religion et d’expression, la liberté de la presse et le droit à s’assembler pacifiquement. La raison avancée par la plus haute autorité juridique des États-Unis est que si le candidat peut lever des sommes d’argent, il doit être en mesure de les dépenser. La décision a beau être contestée en raison de l’étroite marge par laquelle elle a été votée (cinq voix contre quatre), elle demeure en vigueur.
Il reste que la contestation pourrait, et devrait, porter plutôt sur le bon usage de cet argent. Si des millions sont nécessaires pour soutenir la course à la magistrature suprême ou au Congrès alors que les programmes sont clairs, c’est que ceux-ci pourraient n’être pas jugés suffisamment valables par l’opinion publique et nécessitent de ce fait des arguments sonnants et trébuchants. Sentence prononcée par Charles Schumer, sénateur démocrate de New York : « On vient de définir pour nous l’identité des vainqueurs du scrutin de novembre ; ce ne seront pas les démocrates ni les républicains, mais l’Amérique de la finance. »
Au casino politique, devinez qui est toujours gagnant ?


Il y en a qui sont tellement saouls de GMA qu'ils le voient même à la Maison Blanche ! Cela dit, si le gagnant est GMA chez nous, le plus grand des perdants sera le Liban.
11 h 49, le 20 mars 2012