Une image, diffusée par l’agence Sana, montre des policiers syriens inspectant les lieux de l’attentat à la voiture piégée hier à Alep. Photo AFP
Un attentat, le troisième en deux jours, a été perpétré hier à Alep. La télévision publique a fait état de deux morts et d’une trentaine de blessés, imputant ce nouvel attentat à des « terroristes ». « L’attentat à la voiture piégée a eu lieu dans le quartier de Souleimanyieh à Alep, près du siège de la Sécurité politique, faisant trois morts et 25 blessés », a indiqué pour sa part l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).
Comme lors des attentats précédents, opposants et régime se sont accusés mutuellement. « Le régime syrien cherche à terroriser (...) Damas et Alep, où d’importantes manifestations ont eu lieu ces dernières semaines », a affirmé Samir Nachar, membre du Conseil national syrien (CNS, opposition). Le CNS a réclamé dans un communiqué une commission d’enquête internationale sur les récents attentats, ainsi que sur la responsabilité du président Bachar el-Assad dans les « actes terroristes commis sur le sol syrien ». Il a en outre appelé à une intervention internationale « d’urgence pour mettre fin aux crimes du régime ».
L’attaque à Alep est intervenue au lendemain de deux attentats à Damas, qui ont fait 27 morts et 140 blessés, selon les autorités. Selon la télévision publique, les attaques visaient deux centres de la police et des renseignements. Sur les images de la télévision, on pouvait voir un corps calciné à bord d’une voiture encore fumante, présenté comme celui d’un « terroriste ». Le sol était couvert de flaques de sang et des colonnes de fumée s’élevaient d’un bâtiment, dans un chassé-croisé d’ambulances. La chaîne a ensuite montré un immeuble détruit ainsi que plusieurs véhicules soufflés par l’explosion.
Damas vs Doha et Riyad
Hier à Damas, des dizaines de Syriens se sont rassemblés dans le quartier de Qassaa, en mémoire des victimes de la veille, accusant les dirigeants qatari et saoudien, favorables à l’armement des rebelles, d’être responsables du « sang qui coule » dans le pays. « Nous rejetons la liberté que veulent nous apporter Hamad (ben Jassem al-Thani, Premier ministre qatari), le Golfe et l’Arabie saoudite », a déclaré à la télévision d’État une habitante. La presse a lancé de son côté une attaque en règle contre ces deux pays. « Le terrorisme de Hamad et (du roi saoudien Abdallah) al-Saoud n’est pas une première, leur crime de sang, issu de leur rancœur, nous le connaissons déjà (...), nous avons entendu leurs appels et leur incitation », a écrit notamment le quotidien as-Saoura. Samedi, un diplomate arabe avait affirmé que Riyad acheminait, via la Jordanie, du matériel militaire pour équiper les dissidents de l’Armée syrienne libre (ASL), une information « catégoriquement démentie » par Amman.
En outre, la violente répression de la révolte a encore fait 22 morts hier – quinze civils, six soldats et un rebelle, selon l’OSDH. Les comités locaux de coordination ont, eux, fait état de 38 tués. Les villes d’Atareb et de Aazaz étaient bombardées depuis l’aube, selon Mohammad el-Halabi, militant à Alep, joint via Skype. À Deraa, des funérailles se sont transformées en une manifestation rassemblant plus de 7 000 personnes appelant au départ du président Assad, selon l’OSDH. Quelque 2 000 étudiants ont également manifesté à l’Université d’Alep, avant que l’armée n’entre dans le campus.
Toujours à Alep, l’armée a ouvert le feu dans le quartier de Salaheddine, selon la télévision al-Jazira. Une manifestation massive s’est déroulée dans le quartier de Khaldiyé à Homs, selon des militants. Dans la capitale, l’opposant Mohammad Sayed Rassass « a été battu et arrêté », lors d’une manifestation violemment dispersée, d’après l’OSDH. Quelque 200 manifestants demandaient le départ de M. Assad. « Ils défilaient dans le centre-ville, près du siège de l’agence SANA. Au début, ils criaient des slogans contre la violence et la police n’a pas bougé, mais ensuite ils ont demandé un changement de régime et les forces de sécurité ont chargé, frappant les manifestants avec des bâtons », a raconté Rami Abderrahman, président de l’OSDH.
L’agence SANA a rapporté pour sa part que deux « terroristes » sont morts dans l’explosion de leur voiture piégée dans le camp des réfugiés palestiniens de Yarmouk, dans la banlieue sud de Damas.
Évaluation humanitaire
Parallèlement, une mission d’évaluation de l’aide humanitaire en Syrie, formée par l’Organisation de coopération islamique (OCI) et l’ONU, est arrivée vendredi dans le pays, a affirmé le secrétaire général adjoint de l’OCI pour les Affaires humanitaires, Atta al-Mannan Bakhit. C’est la première fois que l’ONU est autorisée par Damas à faire une telle évaluation depuis le début de la crise en Syrie, il y a un an. La mission « couvre 15 villes », notamment les plus touchées par les violences qui ont fait plus de 9 000 morts depuis mars 2011, selon l’OSDH.
Au terme de cette mission, un rapport sera soumis à l’OCI et à l’ONU sur les besoins de la population en aide humanitaire. La mission inclut différentes agences de l’ONU et devrait rester en Syrie de sept à dix jours. Elle se trouvait hier à Homs et devait se rendre ensuite dans une dizaine de provinces du pays, selon une porte-parole de Valerie Amos, la responsable des opérations humanitaires de l’ONU. De son côté, le président du Comité international de la Croix-Rouge, Jakob Kellenberger, doit rencontrer aujourd’hui à Moscou le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, un allié de Damas, pour évoquer la « situation humanitaire (qui) s’aggrave en Syrie ». « Un cessez-le-feu quotidien de deux heures au moins est essentiel pour permettre l’évacuation des blessés », a affirmé M. Kellenberger.
Nouvel afflux de réfugiés en Turquie
Toujours au niveau humanitaire, quelque 200 Syriens ont franchi la frontière turque samedi, portant à 15 900 le nombre des réfugiés syriens en Turquie, a rapporté hier l’agence de presse Anatolie. Ils ont été pris en charge par les forces de sécurité turques et orientés vers des camps de réfugiés, a indiqué Anatolie, citant des sources au ministère turc des Affaires étrangères. Le ministère turc de la Santé a par ailleurs annoncé le lancement de travaux pour l’installation d’un hôpital de campagne destiné à soigner les réfugiés à Islahiye, dans la province de Gaziantep. Et le Croissant-Rouge turc a dit se préparer à différents scénarios, allant jusqu’à l’arrivée massive de 500 000 réfugiés syriens.
Sur le plan diplomatique, des experts mandatés par l’émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe, Kofi Annan, doivent partir aujourd’hui de Genève et de New York pour rejoindre la Syrie. Ils sont chargés de négocier l’envoi d’une mission d’observation dans le but de faire cesser les « tueries », selon Ahmad Fawzi, porte-parole de M. Annan.
Plainte contre Tlass à Paris
D’autre part, un millier de personnes, rassemblées en particulier à l’appel d’organisations islamistes, ont manifesté hier à Istanbul pour protester contre les « massacres » commis par les forces gouvernementales syriennes. Et à Madrid, des centaines de manifestants ont défilé pour marquer le premier anniversaire du début de la révolte en Syrie. Enfin, une association d’aide au peuple syrien, l’Association syrienne pour la liberté, a porté plainte à Paris pour « crimes de guerre » contre l’ancien ministre syrien de la Défense, Moustapha Tlass, qui se trouverait en France depuis quelques jours. L’ONG estime que M. Tlass « est coresponsable de plusieurs crimes de guerre, dont le massacre de la ville de Hama en 1982 » qui avait fait, selon les estimations, de 20 000 à 40 000 morts.
Comme lors des attentats précédents, opposants et régime se sont accusés mutuellement. « Le régime syrien cherche à terroriser (...) Damas et Alep, où d’importantes manifestations ont eu lieu ces dernières semaines », a affirmé Samir Nachar, membre du Conseil national syrien (CNS, opposition). Le CNS a réclamé dans un communiqué une commission d’enquête...


