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Liban

Nawaf Salam décoré en grande pompe, à New York, de la Légion d’honneur

17/03/2012
C’est en grande pompe que s’est déroulée jeudi la cérémonie de la remise des insignes d’officier de la Légion d’honneur au représentant du Liban auprès de l’ONU, Nawaf Salam, par son homologue français, Gérard Araud. L’événement a eu lieu à la résidence de ce dernier en présence du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui était accompagné de son épouse Yoo Soon-taek et des membres du Conseil de sécurité de l’ONU, dont notamment les représentants de la Chine, Li Baodong, de la Russie, Vitaly Chourkine, des États-Unis, Susan Rice, d’Allemagne, Peter Wittig, du Royaume-Uni, sir Lyall Grant, avec son épouse, et de diplomates arabes et africains. L’élégante épouse du président de l’Assemblée générale Nasser el-Nasser, Mona Rihani, représentait son époux absent de New York. Étaient aussi présents des représentants de haut niveau des Nations unies, dont notamment le chef de cabinet Vijay K. Nambiar et la secrétaire générale adjointe du département des affaires légales de l’ONU, Patricia O’Brien, ainsi que le consul général du Liban p.i., Antoine Azzam, toute l’équipe de la mission du Liban auprès des Nations unies, la famille de l’ambassadeur et des journalistes triés sur le volet.
Une bien belle cérémonie où le Liban était à l’honneur. Dans son discours d’introduction prononcé en partie en anglais et chargé d’humour, le représentant de la France a « rendu un hommage spécial à la manière dont le Liban et la mission libanaise, sous l’autorité de l’ambassadeur Salam, ont mené à bien ces deux années 2010 et 2011 lorsque le Liban était au Conseil de sécurité de l’ONU ». Il a rappelé la « tâche difficile pour le Liban » d’être membre du Conseil de sécurité étant donné sa « composition politico-sociale et sa position géopolitique ». « Personne ne pouvait prévoir que durant ces deux années, la mission libanaise devait faire face au vote de la résolution des sanctions contre l’Iran, à la crise en Libye et spécialement la crise syrienne », a souligné l’ambassadeur de France.

« Nawaf Salam, quelqu’un de bien »
Pour Gérard Araud, Nawaf Salam « n’a pas choisi la voie facile ». « Un autre ambassadeur aurait préféré se taire », a-t-il noté. L’ambassadeur Salam, qui n’est pas « diplomate de carrière » mais « professeur d’université et un intellectuel », à « l’impressionnant curriculum vitae », a accompli sa mission avec « efficacité, passion, courage et intelligence ». Le diplomate français a relevé « l’exemple fort de la Libye » lorsque son homologue libanais a lutté pour mener à bien son mandat accordé par la Ligue arabe pour la mise en place de la résolution 1973 qui a mené à la libération de la Libye.
Le représentant de la France a aussi rappelé que durant sa présence au Conseil, Nawaf Salam était capable de cerner les problèmes « avec une grande clarté. Ce qui a été un plus pour notre travail », a-t-il relevé. Il a ajouté « qu’il ne faut pas perdre de vue que Nawaf appartient à une génération qui a connu la guerre civile, l‘occupation étrangère et les assassinats politiques, une génération qui a souffert dans sa chair ».
L’ambassadeur français n’a pas manqué de rappeler « l’histoire commune » entre la France et le Liban. « Nous devons prendre en considération cette histoire commune », a-t-il déclaré. Prenant un ton solennel, Gérard Araud « passe au français » pour la cérémonie. « À titre personnel, je décore un ami parce Nawaf Salam, ce n’est pas seulement un curriculum vitae, pas seulement des qualités d’ambassadeur et des titres universitaires, c’est, comme on dit en français ordinaire, quelqu’un de bien », a-t-il clamé avant de lui remettre, au nom du président de la République et en vertu des pouvoirs qui lui ont été conférés, « les insignes d’officier de la Légion d’honneur ».

Légion d’honneur, une tradition familiale
Prenant à son tour la parole, le représentant du Liban a exprimé sa « reconnaissance » et « sa gratitude » au président français Nicolas Sarkozy « qui m’a honoré de cette haute distinction, au titre de sa réserve personnelle ». Saisissant l’occasion, Nawaf Salam a égréné les « expériences-clés qui m’ont façonné ». C’est avec « fierté familiale » qu’il a rappelé le « rôle » que son grand-père, Sélim Ali Salam (Abou Ali Salam), a joué en s’opposant au mandat français. « Ardemment engagé dans la lutte pour l’indépendance du Liban, il fut emprisonné et exilé », a-t-il dit. Et d’ajouter : C’est aussi « Paris qui est resté gravé dans la mémoire collective de ma famille comme l’espace de liberté si nécessaire » où son grand-père a pu se réunir avec ses confrères arabes pour y formuler en 1913 leur “Programme de réformes” au sein de l’Empire ottoman. En fait, c’est à la Société de géographie au boulevard Saint-Germain qu’ils ont pu convenir ce qui allait être connu sous le nom du “Premier congrès arabe” », a-t-il rappelé.
Tradition familiale ? Le diplomate libanais a en outre souligné la « fascination par la modernité » que les membres de sa famille maternelle, les Beyhum, éprouvaient dès la moitié du XIXe siècle, « une modernité symbolisée par la France ». Et de préciser : « Mon grand-père, Noureddine Beyhum, conservateur de la Bibliothèque nationale de Beyrouth, s’est vu décerner la Légion d’honneur en 1948! » Ce ne sont toutefois pas les « traditions et les anecdotes familiales » qui auront marqué le jeune Nawaf Salam, mais « plutôt (son) expérience française en tant qu’étudiant à Paris au début des années 70, aussi bien que ce qui allait devenir un engagement à vie pour la juste cause du peuple dépossédé de la Palestine ». « Paris m’a aussi offert ma première expérience panarabe et internationale. » C’est là où il a pu bénéficier des « conseils précieux du très distingué arabisant » Dominique Chevallier, son mentor, auteur de l’ouvrage de référence sur le Liban : La Société du Mont-Liban à l’époque de la révolution industrielle en Europe.

Hommage à Sleiman, Siniora et à la mission libanaise
Profitant de cette occasion, le diplomate libanais a adressé ses remerciements et son appréciation à tous ceux qui ont marqué sa vie et sa carrière. C’est avec émotion qu’il a évoqué ses deux amis disparus dont il « ne cessera de chérir la mémoire » : l’historien Antoine Abdelnour, « tombé victime de l’aveugle violence israélienne en 1982 », et Samir Kassir, « lâchement assassiné à Beyrouth en 2005 ». Nawaf Salam a également exprimé sa « sincère gratitude » à l’égard de l’ancien Premier ministre Fouad Siniora « pour l’opportunité qu’il m’a présentée en proposant de me nommer à ce poste et en faisant en sorte que les obstacles qui auraient pu bloquer cette nomination aient pu être surmontés ». Il a aussi salué « la prévoyance du président Michel Sleiman et sa détermination à ne pas revenir sur la candidature du Liban en 2009 à un siège non permanent au Conseil de sécurité, malgré certains conseils pour l’en dissuader. Le Liban aurait raté un moment historique ». Nawaf Salam a enfin rendu hommage au « travail assidu et à l’engagement tenace » de tous les membres de la mission libanaise et à « leur capacité à surmonter les divisions politiques et communautaires du Liban au cours de leurs fonctions ».

Représenter le Liban : un défi
Pour Nawaf Salam, « représenter le Liban au Conseil de Sécurité a certes été un défi ». « Souvent stressante, l’expérience n’en était pas moins enrichissante. Sur le plan personnel, j’ai tiré ma plus grande satisfaction de mes interactions avec les collègues exceptionnels desquels j’ai beaucoup appris. » L’ambassadeur Gérard Araud compte parmi eux. Car l’ambassadeur de France « ne maintient pas seulement une vision panoramique des événements sur l’échiquier international, mais il les place aussi savamment dans leur contexte horizontal. On pourrait ainsi dire qu’il lit le monde à la fois horizontalement et verticalement ».
Nawaf Salam a conclu en soulignant « le rôle-clé que ma famille si chère a joué dans mon parcours » : ses parents pour leur « amour et leur soutien inconditionnel », sa sœur Hayat qui n’a pas « vécu dans le même pays depuis 40 ans », mais « qui est là » chaque fois qu’il le fallait, sa « merveilleuse épouse et une maman géniale, Sahar, qui a été mon interlocutrice et conseillère fiable. Je dois énormément à son talent et à sa patience », et à ses deux fils, Abdallah et Marwan, qui « représentent pour moi non seulement l’expression ultime de la joie de vivre, mais ajoutent également du sens à ma quête permanente d’un monde plus juste ».

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