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Liban - Rébellion

« Pas de retour à la situation ante », affirme un dissident libano-syrien

Plus de 9 000 tués, en majorité des civils, 200 000 personnes déplacées et plus de 30 000 réfugiés : tel est le bilan avancé par l’ONU un an après le début de la révolution en Syrie. Devant ces chiffres alarmants, l’opposition persiste et signe : la liberté à laquelle aspire une large frange de la population syrienne mérite de tels sacrifices, affirme un dissident libano-syrien établi au Liban.

Des Syriens réfugiés dans le camp de Reyhanli, à Antakya. Bulent Kilic/AFP

Chakib al-Jabiri, un dissident syro-libanais, diplômé en sciences politiques et en médias de l’AUB, dresse un bilan de la révolution syrienne un an, jour pour jour, après son déclenchement le 15 mars 2011. Alors que tout indique que le régime syrien reprend l’initiative politique et sécuritaire sur le terrain, poursuivant son offensive meurtrière dans plusieurs foyers de contestation, rien ne semble dissuader l’opposition, qui reste d’ailleurs bien consciente d’avoir été lâchée par le monde entier.


Pour le jeune activiste, la réponse est catégorique : la révolution ne s’est jamais essoufflée. « Au contraire, dit-il, non seulement elle se poursuit mais elle s’est également renforcée en dépit des morts, des déplacés, des réfugiés et de toutes les misères subies par une population de plus en plus tenace. Preuve en est la poursuite des manifestations dans les rues. Vendredi dernier, témoigne l’activiste, près de 600 manifestations se déroulaient dans 300 villes et localités différentes en Syrie. »


Et de poursuivre : « Il est important de se souvenir un an plus tard que les débuts de cette révolution ont commencé à Damas. Trois jours plus tard, Deraa a bougé en réaction à la torture des enfants. C’était la flamme qui a provoqué l’extension du mouvement de protestation à plusieurs villes. Certes, il y a eu beaucoup de morts jusque-là. Ce dont il faut se rappeler, c’est que derrière chaque mort, il y a une personne qui a laissé une famille derrière elle. Dans plusieurs cas, le régime a massacré des familles entières et la série noire continue. »


Le militant tient à rappeler que les révolutions sont toujours accompagnées de leur lot de souffrances. Mais en contrepartie, « nous avons gagné l’attention de l’opinion publique, et les gens arrivent désormais à s’exprimer ouvertement ».


Bien sûr, le coût est énorme, reconnaît le dissident qui relève que la vie des Syriens a énormément changé au cours de cette dernière année. « Les gens vivent de pain uniquement, indique-t-il. Ils n’ont plus d’électricité. Ils se baignent une fois la semaine, plus de mazout non plus pour se réchauffer. » Et d’ajouter : « Il faut se rendre compte que Bachar el-Assad a envoyé son armée non seulement pour tuer, mais également pour détruire l’infrastructure. Les services publics ne fonctionnent plus. Les magasins sont fermés, soit parce qu’ils ne reçoivent plus de produits à vendre, soit parce que leurs propriétaires manifestent. »

Se débarrasser de Bachar
En dépit de tous ces sacrifices, les révolutionnaires continuent de croire que cela en vaut la peine pour se débarrasser de Bachar el-Assad, qu’ils tiennent pour responsable de leur misère.


Sur le terrain, les nouvelles militaires ne sont pas très encourageantes non plus pour l’opposition qui perd une ville après l’autre. Et le rôle de l’Armée syrienne libre, dont la principale mission est de protéger les civils, se trouve entravé par beaucoup de facteurs, explique le dissident. « Il y a six mois, l’ASL était capable de faire face aux chars qui rentraient dans les villes et de résister même avec des armes légères, comme un RPG par exemple. Aujourd’hui, la tactique de l’armée régulière a changé puisque celle-ci se positionne désormais en dehors des villes et procède au bombardement systématique des localités pendant trois semaines d’affilée, avant de prendre d’assaut la ville. »
Par conséquent, et quelles que soient les armes que pourrait recevoir l’ASL à l’avenir, la seule possibilité qu’elle a sur le plan militaire est de se livrer à des opérations offensives et de dynamiter les positions d’artillerie qui se trouvent à 6 ou 7 km de la ville, explique l’opposant.


Invité à se prononcer sur l’importance de l’accord d’entraide militaire signé entre le Conseil national syrien et l’ASL, le jeune activiste répond que l’accord ne précise pas quel est le type d’armes qui sera livré aux opposants,
s’il s’agit de chars ou d’un autre type d’armement. « D’ailleurs, fait-il remarquer, toute décision d’armer l’ASL, notamment en chars, est tributaire des politiques et de l’approbation des pays limitrophes à la Syrie, c’est-à-dire le Liban, la Jordanie, la Turquie et l’Irak, ce qui est loin d’être encore acquis. »


Chakib al-Jabiri rappelle que la mission de l’ASL était beaucoup plus simple au départ, soulignant que les déserteurs, qui sont recherchés par l’institution militaire, ont d’abord la tâche de se protéger. « L’opération était relativement aisée au début à cause du nombre réduit des déserteurs qui étaient encore au nombre de quelques centaines et qui, un à un, étaient accueillis sur place par les familles », souligne-t-il.


Ce n’est plus le cas aujourd’hui alors que le nombre de désertions a atteint le chiffre de 8 000, formant 37 unités de combat, selon le décompte effectué par l’opposition, et « qui n’est toutefois pas très scientifique », relève Chakib. « Un chiffre auquel il faut ajouter les volontaires, qui sont des opposants ayant pris les armes aux côtés de l’ASL », précise-t-il.


Que pense-t-il de la chute, il y a deux jours, de la ville d’Idleb aux mains des forces loyalistes ? Pessimiste, le dissident affirme qu’il faut s’attendre à ce que toute la province d’Idleb, dont plusieurs villes sont déjà encerclées et pilonnées par l’armée régulière, tombe aux mains du régime. À moins que la communauté internationale décide d’intervenir en imposant la création d’une zone d’exclusion aérienne ou des couloirs humanitaires, ou par le biais d’une frappe aérienne ou encore en renforçant les capacités militaires de l’ASL. Ce qui ne semble pas venir. Pour le moment, l’ASL fait comme elle peut pour défendre l’accès des villes. « Elle cessera dès le moment où ses munitions arriveront à épuisement », commente l’activiste.

Assad joue sur le facteur temps
Que pense l’opposition de la proposition de l’ancien secrétaire de l’ONU, Kofi Annan, et la réponse conséquente de Bachar el-Assad qui a annoncé la tenue d’élections en mai prochain ?


Chakib al-Jabiri résume la situation comme suit : « D’abord, dit-il, nous ne savons pas quelle est véritablement la teneur de la proposition d’Annan, à part l’écho qu’on en a eu dans la presse qui s’est fondée sur de simples fuites. En second lieu, nous savons pertinemment que Bachar el-Assad joue sur le facteur temps. »


Et de lancer un dernier message au monde. « Nous aurions souhaité que la communauté internationale cesse de jouer le jeu selon lequel elle affirme d’un côté son intention d’isoler Bachar el-Assad, tout en continuant, d’un autre côté, à envoyer toutes les deux semaines un médiateur auprès du régime. Il s’agit là d’un comportement contradictoire et flagrant », dit-il.


Dans la logique du régime, la seule façon de faire taire le mouvement de révolte est de recourir à des politiques « tellement répressives qu’elles finiront par transformer la Syrie en une seconde Corée du Nord », dit-il.
Pour l’opposition, il n’y a pas de réconciliation possible avec Bachar el-Assad. La seule alternative qu’elle pourrait accepter – à contrecœur, d’ailleurs, et uniquement durant une courte période transitoire – est la proposition avancée par la Ligue arabe, consistant à confier le pouvoir au vice-président, Farouk el-Chareh. Pour les protestataires, il s’agit d’une solution temporaire en vue d’arrêter le bain de sang.


Malgré tout, et en dépit de ce tableau relativement noir, le dissident reste convaincu que rien ne parviendra à dissuader les Syriens d’abandonner leur mouvement de contestation « jusqu’à ce qu’ils obtiennent leur liberté ». « Plus personne ne peut accepter de retourner en arrière. Les révolutionnaires ne peuvent que regarder vers l’avenir, quel qu’en soit le prix à payer. »

Chakib al-Jabiri, un dissident syro-libanais, diplômé en sciences politiques et en médias de l’AUB, dresse un bilan de la révolution syrienne un an, jour pour jour, après son déclenchement le 15 mars 2011. Alors que tout indique que le régime syrien reprend l’initiative politique et sécuritaire sur le terrain, poursuivant son offensive meurtrière dans plusieurs foyers de contestation, rien ne semble dissuader l’opposition, qui reste d’ailleurs bien consciente d’avoir été lâchée par le monde entier.
Pour le jeune activiste, la réponse est catégorique : la révolution ne s’est jamais essoufflée. « Au contraire, dit-il, non seulement elle se poursuit mais elle s’est également renforcée en dépit des morts, des déplacés, des réfugiés et de toutes les misères subies par une population de plus en plus...
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