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Divorces en tous genres

Dans cette partie du globe, faut-il donc nécessairement des tyrans pour prévenir l’éclatement des pays qu’ils gouvernent d’une main de fer ? Bien avant le printemps arabe, la désagréable, l’amère question se posait déjà, au vu des résultats catastrophiques de l’expédition américaine en Irak. Débarrassé de Saddam Hussein, c’est dans le chaos qu’a plongé le peuple irakien, sur fond de sanglants règlements de comptes entre sunnites et chiites.

C’est de ce chaos cependant qu’aura tiré profit la minorité kurde, sunnite mais non arabe, pour prendre sa revanche sur des décennies d’oppression, voire de persécution, en se retranchant au sein d’un territoire autonome gorgé de pétrole. Ce développement semble être un premier jalon sur la voie d’une solution fédérale ou confédérale de la crise irakienne ; mais il est également source de préoccupation pour les colosses turc et iranien qui abritent tous deux d’importantes minorités kurdes aspirant, elles aussi, à l’émancipation. La Syrie, elle non plus, n’a pas attendu son printemps pour tâter de la contestation kurde : il y a exactement huit ans était durement réprimé un soulèvement dans le nord-est de ce pays et c’est précisément sous le signe de cet anniversaire qu’étaient placées, hier, les classiques manifestations antirégime du vendredi. C’est d’ailleurs, toutefois, du pourrissement d’une situation qu’aucun des protagonistes ne semble près de trancher et des tensions sectaires chaque jour plus vivaces que pointe le risque d’une guerre civile. De quelle unité territoriale, dès lors, pourrait bien augurer cette somme de deux impuissances ?

Comme persiste à le faire Bachar el-Assad, l’ex-président du Yémen Ali Abdallah Saleh s’est longtemps refusé à une transition pacifique du pouvoir, au motif que son régime faisait barrage à el-Qaëda. Or Ali Abdallah Saleh n’était en réalité qu’un faux prophète. De là en effet où la conjoncture commandait une issue rapide, c’est bien tout ce temps perdu, tout ce sang déversé en vain, qui a aidé à la matérialisation de l’épouvantail terroriste : d’ores et déjà, des portions notables du Yémen sont contrôlées par les disciples de Ben Laden...

Dernière venue au club des ménages nationaux menacés, la Libye de l’après-Kadhafi. Ce n’est pas le divorce mais un statut d’autonomie dans le cadre d’une formule fédérale préservant l’unité du pays qu’assurent rechercher les dirigeants de Benghazi, berceau d’une révolution lestement récupérée par ceux de la capitale, Tripoli. À première vue, l’idée n’est pas vraiment révolutionnaire, puisque la Libye a déjà été régie, au milieu du siècle dernier, par un système fédéral groupant aux côtés des deux provinces historiquement rivales de Tripolitaine et de Cyrénaïque celle du Fezzane. Ce qui est extraordinaire, en revanche, ce qui est venu se greffer sur les proverbiales dissensions tribales, ce qui en un mot laisse craindre l’éruption d’une guerre civile et d’une partition, c’est la décision unilatérale de faire désormais chambre à part prise mardi par les maîtres de Benghazi : qui règnent – détail capital – sur le gros des ressources pétrolières de la Libye.

Guerre civile, partition : pour les Libanais qui ont connu les affres de la première de ces plaies, qui ont côtoyé de près les misères de la seconde, ces mots ne sauraient être des concepts abstraits. Mais qui donc, parmi les dirigeants, prête sérieusement l’oreille à toutes ces sonnettes d’alarme en folie ? À force d’objets de discorde nationale – et l’intrusion des armes dans la politique aidant –, l’État libanais n’a attendu nul printemps pour se liquéfier. À l’heure où valsent autour de nous les frontières, où les entités se font et se défont, où il y a tant de brèches à colmater pour mieux résister aux bourrasques, c’est à de mesquins règlements de comptes avec les gouvernements passés que se livrent les peu crédibles, les faussement vertueux justiciers du moment. Discussions byzantines, en vérité : pas plus que les anges, l’argent n’a de sexe dans notre bienheureux pays.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Dans cette partie du globe, faut-il donc nécessairement des tyrans pour prévenir l’éclatement des pays qu’ils gouvernent d’une main de fer ? Bien avant le printemps arabe, la désagréable, l’amère question se posait déjà, au vu des résultats catastrophiques de l’expédition américaine en Irak. Débarrassé de Saddam Hussein, c’est dans le chaos qu’a plongé le peuple irakien, sur fond de sanglants règlements de comptes entre sunnites et chiites. C’est de ce chaos cependant qu’aura tiré profit la minorité kurde, sunnite mais non arabe, pour prendre sa revanche sur des décennies d’oppression, voire de persécution, en se retranchant au sein d’un territoire autonome gorgé de pétrole. Ce développement semble être un premier jalon sur la voie d’une solution fédérale ou confédérale de la crise...