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Nos lecteurs ont la parole

Quelle mascarade !

Georges TYAN
Des barbus d’un côté, des zigotos de l’autre, en plein milieu de la capitale, sous les yeux ébahis des martyrs de bronze, les yeux levés au ciel, impuissants, ne sachant pas trop de quoi il ressortait, les drapeaux noirs levés, les calicots et les portraits brandis leur étant parfaitement étrangers.
Tout cela à deux pas du mausolée de celui qui, fort probablement, a été sauvagement assassiné sur ordre de cet étranger au portrait arrogamment brandi par les uns, abreuvé d’injures par les autres, dans ce petit périmètre, cœur battant de notre capitale, qui aurait dû rester à l’écart de ce florilège de lurons en goguette.
Pour corser l’affaire, des barbelés avaient été installés entre les protagonistes, coupant la place en deux, de quoi les empêcher d’en venir aux mains. Les responsables sécuritaires, plus matamores que jamais, s’octroyant en fin de journée un satisfecit, injustifié à mon sens, alors que leur devoir le plus élémentaire était d’interdire cette mascarade et de jeter en prison ceux qui auraient osé braver cet interdit.
Le droit de manifester figure bien en évidence dans notre Constitution, rappelle le Premier ministre. Lapalissade ! Mais certainement pas le droit d’atterrer les paisibles gens, de montrer publiquement qu’on est à la solde de régimes étrangers, dont le seul but fut, est, et restera de détruire nos institutions, de satelliser notre pays, comme si ces deux manifestations concomitantes servaient de coup de semonce ou de répétition générale.
N’oublions pas que le régime syrien a publiquement annoncé qu’il mettrait à feu et à sang la région au cas où il se sentirait réellement menacé. Voilà donc, en guise d’avertissement, un avant-goût de ce que nous réservent ses suppôts, qu’ils soient fidèles ou contempteurs, les deux camps dans mon entendement étant les deux faces d’une même monnaie, si je ne me trompe, ils mèneront au même résultat, le premier amenant de l’eau au moulin du second.
Révolté par ce qui s’est passé dimanche à la place des Martyrs, sous les yeux de Rafic Hariri, dont l’assassinat atroce avait posé à nouveau les jalons de notre indépendance recouvrée, certes je le suis, comme beaucoup, pour avoir participé et vécu le jour magique du 14 mars 2005.
Étonné ? Non ! Car l’obédience d’une partie des manifestants est connue de tous.
Abasourdi ? Oui ! Car je me demande bien de quel chapeau est sorti tout d’un coup ce gentil barbu, homme de religion de surcroît, censé prêcher la concorde, mettant ses pas dans ceux qui naguère, de cette même tribune, haranguaient les foules, au nom de l’indépendance, la liberté, la dignité, loin de toute surenchère sectaire, avec pour seul horizon le drapeau rouge, blanc, rouge, un cèdre frappé en son milieu, remarquablement absent dimanche passé.
On ne devient pas meneur de foules du jour au lendemain ; mobiliser, transporter ne serait-ce qu’une centaine de personnes d’un bout à un autre du pays, pour aller joyeusement manifester sous une pluie battante, exige une logistique à laquelle peu ont accès, même si les mobiles d’un tel rassemblement sont honorables. Rares en effet sont ceux que les souffrances du peuple syrien laissent indifférents.
Enfoncer des portes ouvertes d’une manière donquichottesque est plutôt une aventure assez grave pour être entreprise sur un simple coup de sang, et d’autant plus risquée qu’elle fut empreinte d’une coloration unique. Compte tenu que les principaux leaders du pays ne sont pas demeurés en reste, consacrant au soutien du peuple syrien le rassemblement du 14 février dernier au BIEL.
Il ne s’agit pas seulement pour moi de dénoncer cette pénible mascarade de dimanche dernier, mais plus encore de souligner le danger d’une éventuelle réédition. Imaginez un peu si chacune des dix-sept ou dix-huit communautés qui forment notre mosaïque nationale se prenait à soutenir, par affinité, son pendant situé à l’étranger...
Déjà que nous éprouvons tant de difficultés à contenir les velléités d’hégémonie de cette autre qui, il me semble bien, en dépit des grands cris de ses dirigeants, a compris que c’était le plus loin où elle pouvait aller, mais qui malheureusement n’en démord pas de toujours essayer et partant fait des envieux et donne le mauvais exemple.
De grâce, gardons fermée la boîte de Pandore. Exacerber les susceptibilités confessionnelles sert uniquement à faire le lit des ennemis de notre pays, les apprentis sorciers, les groupuscules et les amateurs qui les manipulent doivent être mis hors d’état de nuire, ils n’ont pas l’envergure requise pour maîtriser ce genre de situations.
Tous les responsables, à quelque niveau qu’ils se situent, sont concernés, le feu couve sous la cendre, et eux s’amusent à se faire des croche-pieds. Ce n’est pas le moment de savoir qui est plus bleu-blanc que l’autre, bien qu’à mon humble avis tous se valent. Il y a un pays qui va à la dérive et vous, Messieurs, serez les premiers à en pâtir.

Georges TYAN
Des barbus d’un côté, des zigotos de l’autre, en plein milieu de la capitale, sous les yeux ébahis des martyrs de bronze, les yeux levés au ciel, impuissants, ne sachant pas trop de quoi il ressortait, les drapeaux noirs levés, les calicots et les portraits brandis leur étant parfaitement étrangers.Tout cela à deux pas du mausolée de celui qui, fort probablement, a été sauvagement assassiné sur ordre de cet étranger au portrait arrogamment brandi par les uns, abreuvé d’injures par les autres, dans ce petit périmètre, cœur battant de notre capitale, qui aurait dû rester à l’écart de ce florilège de lurons en goguette.Pour corser l’affaire, des barbelés avaient été installés entre les protagonistes, coupant la place en deux, de quoi les empêcher d’en venir aux mains. Les responsables sécuritaires,...
commentaires (1)

Cher Monsieur Tyan, malgré toute l’admiration que je voue à votre personne, je ne peux souscrire à un écrit qui met dans un même panier la victime et le bourreau. Il est évident que vous n’avez pas pu surmonter vos préjugés, en ce jour de manifestation, pour pouvoir comparer le message civilisé et convivial de cheikh Assir et son appel fraternel à la communauté chrétienne, aux propos provocateurs et injurieux des chabbiha de l’autre bord, pugiliste des plateaux en tête. Il faut comprendre les frustrations d’une communauté qui voit ses frères et sœurs se faire littéralement massacrer voilà un an déjà, sans que le monde ne veuille ou ne puisse faire d’autre que condamner. Malgré tout, la différence de mœurs en ce jour de manifestation était évidente. Alors que la chanson, en la personne de Fadel Chaker, était de la partie d’un côté, les hurlements et les menaces fusaient de l’autre côté. Je ne crois pas que Rafic Hariri, qui assistait aussi de très haut à l’événement, ait mis les deux groupes dans la même sauce, comme vous le faites injustement. Si le 14 mars vous a déçu, ce n’est pas une raison pour recourir à cette fausse neutralité qui ne peut que servir les contempteurs de la liberté, de la souveraineté…et des crimes contre l’humanité. Par ailleurs, vous avez de la chance de pouvoir exprimer régulièrement votre opinion dans des colonnes qui sont interdites d’accès à d’autres.

Ronald Barakat

06 h 02, le 08 mars 2012

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Commentaires (1)

  • Cher Monsieur Tyan, malgré toute l’admiration que je voue à votre personne, je ne peux souscrire à un écrit qui met dans un même panier la victime et le bourreau. Il est évident que vous n’avez pas pu surmonter vos préjugés, en ce jour de manifestation, pour pouvoir comparer le message civilisé et convivial de cheikh Assir et son appel fraternel à la communauté chrétienne, aux propos provocateurs et injurieux des chabbiha de l’autre bord, pugiliste des plateaux en tête. Il faut comprendre les frustrations d’une communauté qui voit ses frères et sœurs se faire littéralement massacrer voilà un an déjà, sans que le monde ne veuille ou ne puisse faire d’autre que condamner. Malgré tout, la différence de mœurs en ce jour de manifestation était évidente. Alors que la chanson, en la personne de Fadel Chaker, était de la partie d’un côté, les hurlements et les menaces fusaient de l’autre côté. Je ne crois pas que Rafic Hariri, qui assistait aussi de très haut à l’événement, ait mis les deux groupes dans la même sauce, comme vous le faites injustement. Si le 14 mars vous a déçu, ce n’est pas une raison pour recourir à cette fausse neutralité qui ne peut que servir les contempteurs de la liberté, de la souveraineté…et des crimes contre l’humanité. Par ailleurs, vous avez de la chance de pouvoir exprimer régulièrement votre opinion dans des colonnes qui sont interdites d’accès à d’autres.

    Ronald Barakat

    06 h 02, le 08 mars 2012

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