Le président français a réfuté l’hostilité des Français à son endroit qui s’illustre par des taux d’impopularité record pour un chef de l’État de la Ve République. « C’est l’argument de la gauche, n’ayant pas beaucoup d’idées à proposer aux Français, qui dit que c’est un référendum pour ou contre (moi) », a-t-il plaidé.
Interrogé sur des écarts qui ont suscité la polémique tout au long de son mandat, Nicolas Sarkozy a concédé quelques erreurs. Sur sa soirée de victoire en 2007 au Fouquet’s, il a confirmé qu’on ne l’y prendrait plus. « Cette fois-ci, j’ai une famille, une famille solide, et je sais où je pourrai la fêter cette victoire : avec ceux que j’aime, avec ma femme et mes enfants, et peut-être avec quelques amis », a-t-il dit. Il a concédé qu’il n’aurait « pas dû » répondre par la « fameuse phrase » « Casse-toi pauv’ con » à un participant qui l’avait apostrophé lors du Salon de l’agriculture en 2008. « J’ai fait une erreur », a-t-il reconnu.
Il a rejeté l’image d’un président qui « divise » et a répondu par sa volonté de réformer. Il a annoncé la création d’un nouvel « impôt sur les bénéfices minimum pour les grands groupes en France », déplorant que certains d’entre eux « maximisent les avantages fiscaux » et « ne paient pas du tout d’impôt ».
Mais le candidat, qui estime être au centre, a surtout confirmé son cap à droite sur l’immigration, thème cher à la candidate FN Marine Le Pen. Il a annoncé vouloir diviser par deux, autour de 100 000, le nombre d’immigrés accueillis en France chaque année et limiter le bénéfice du RSA et du minimum vieillesse aux étrangers présents depuis 10 ans en France et y travaillant depuis 5 ans.
En attendant, il n’a pas manqué d’égratigner François Hollande. « Un homme intelligent, a-t-il dit, mais son problème, c’est que c’est un homme qui a du mal à dire non (...) il a tendance à dire oui à tout le monde ». Ces critiques ont donné le ton au débat sans concession qui l’a opposé à Laurent Fabius. A l’ex-Premier ministre PS, qui lui reprochait des accusations « sans fondement » contre Hollande, il a rappelé ses propres propos peu amènes sur le candidat PS, comme lorsqu’il l’avait qualifié de « fraise des bois ».
Halal et kasher
Parallèlement, les religions ont fait irruption dans la campagne présidentielle avec un débat sur la viande halal indignant les communautés juive et musulmane. Leurs représentants ont vivement réagi hier à la remise en cause la veille par le Premier ministre François Fillon des méthodes d’abattage des bêtes par les musulmans et les juifs, qualifiées par lui de « traditions ancestrales qui ne correspondent plus à grand-chose ». Ce thème de la viande halal, qui vise ouvertement les quelque 4 millions de musulmans régulièrement accusés de ne pas être suffisamment intégrés, a eu pour victimes collatérales les juifs pratiquants qui consomment de la viande kasher, elle aussi abattue rituellement. Le grand rabbin de France Gilles Bernheim s’est déclaré « très gêné » par ce débat, qui « n’a pas lieu d’être ». Cette déclaration a aussi provoqué la réaction d’un évêque catholique, Michel Dubost, qui a relevé que dans un pays laïc comme la France, le gouvernement « n’a pas à se mêler de ce que font les religions ». François Fillon a tenté de calmer le jeu en annonçant qu’il recevrait aujourd’hui le grand rabbin Bernheim et demain le recteur de la Grande Mosquée de Paris Dalil Boubakeur.
Le sujet de l’absence d’étiquetage de la viande halal qui ne permettrait pas aux consommateurs non musulmans de savoir ce qu’ils achètent est passé en quelques jours des discours de la candidate d’extrême droite Marine Le Pen, coutumière des sorties antimusulmanes, à ceux du président candidat Nicolas Sarkozy et de ses proches.
L’opposition à M. Sarkozy s’est engouffrée dans la brèche. Un des candidats de la gauche à la présidentielle des 22 avril et 6 mai, Jean-Luc Mélenchon, a dénoncé « l’extrême “droitisation” de la droite », et M. Hollande a appelé le chef de l’État et son Premier ministre à « ne pas froisser » des « consciences ». Les critiques sont également venues du camp de M. Sarkozy. L’ex-ministre Rachida Dati, issue d’une famille musulmane, a ainsi accusé M. Fillon de sortir « de son rôle ».
Signalons finalement que François Bayrou, qui, malgré une légère embellie, ne parvient toujours pas à muer sa popularité en intentions de vote, s’efforce de reconstituer son assise électorale au centre-droit. Après une invite au Nouveau Centre lundi, le candidat centriste à l’élection présidentielle s’est tourné hier vers le gaulliste Dominique de Villepin, qui plafonne à 2 % dans les sondages et n’a toujours pas obtenu les 500 parrainages nécessaires à sa candidature.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine