Les Syriens ont voté hier sur une nouvelle Constitution, un référendum raillé par l’opposition et l’Occident alors que le pays est miné par les violences.
Les bureaux de vote pour le référendum ont ouvert à 07h00 heure locale et devaient fermer à 19h00, mais le scrutin a été prolongé jusqu’à 22h00 dans certaines régions, selon les médias officiels. Montrant l’exemple, le président Bachar el-Assad a voté dans l’après-midi au siège de la télévision d’État, sous les acclamations d’une foule scandant « Dieu, la Syrie, Bachar et c’est tout ».
Plus de 14 millions de Syriens devaient donc se prononcer sur le texte qui instaure le « pluralisme politique » et met fin à l’hégémonie du parti Baas au pouvoir depuis un demi-siècle, mais maintient de larges prérogatives au chef de l’État et permet à M. Assad de rester au pouvoir en théorie encore 16 ans. « Il y a une grande affluence dans les bureaux de vote, à l’exception de certaines régions », a déclaré le ministre syrien de l’Intérieur Mohammad Ibrahim el-Chaar, admettant ainsi qu’il était impossible de voter dans les régions rebelles.
L’opposition et les militants prodémocratie, qui exigent avant tout le départ du président syrien, ont appelé à boycotter ce scrutin, qualifié de « plaisanterie » par Washington. Hadi Abdallah, militant à Homs, a affirmé s’être rendu dans plusieurs quartiers en partie tenus par l’Armée syrienne libre (ASL, qui regroupe des militaires dissidents) et n’y avoir vu « personne dans les rues et pas un seul bureau de vote ».
« Le référendum a réussi seulement dans les médias gouvernementaux. Quel référendum peut-il y avoir sous les explosions et les tirs ? » a estimé de son côté Rami Abdel Rahmane, chef de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), faisant aussi état dans certaines régions de pressions des forces de sécurité pour forcer les gens à aller voter.
Près de 60 personnes tuées hier
Sur le terrain, des affrontements entre l’armée régulière et les militaires dissidents ont touché plusieurs villes dont Deraa, Idleb, où les forces de sécurité ont brûlé nombre d’habitations, Hama et Deir ez-Zor, où trois bureaux de vote ont d’ailleurs été incendiés. Également, plusieurs obus sont tombés sur Bab Amr, quartier de Homs dévasté par plus de trois semaines de pilonnage, au lendemain d’une journée de violences ayant fait près de 100 morts à travers le pays, en grande majorité des civils, selon l’OSDH. « Il y a des explosions partout. Des snipers qui tirent sur tout ce qui bouge », a indiqué un militant à Bab Amr, Abou Bakr, insistant à nouveau sur la situation humanitaire catastrophique des habitants. Au total, 34 civils et 23 membres des forces de l’ordre seraient morts hier, d’après l’OSDH.
Toujours à Homs, diplomates et humanitaires ont poursuivi hier leurs négociations avec les autorités et avec l’opposition pour pouvoir évacuer les blessés, en particulier la journaliste française Édith Bouvier et le photographe britannique Paul Conroy, touchés mercredi dans le bombardement qui a tué la reporter américaine Marie Colvin et le photographe français Rémi Ochlik.
Selon le porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Damas Saleh Dabbakeh, l’évacuation n’a pas eu lieu hier « car il est trop dangereux d’envoyer la nuit des ambulances de Damas à Homs pour chercher les blessés ». Un diplomate occidental a confirmé cette information, précisant que l’évacuation aura « probablement lieu aujourd’hui ». Plus encore, l’épouse de Paul Conroy a affirmé hier sur la radio BBC que son mari avait refusé une proposition d’évacuation par le Croissant-Rouge syrien, par manque de confiance dans cette organisation.
Et si les manifestations ont continué hier en Syrie comme chaque jour depuis le début de la révolte, d’autres ont eu lieu à l’étranger. Au Maroc, des milliers de personnes ont ainsi envahi les rues hier à Casablanca pour réclamer la fin du régime du président Bachar el-Assad. Cette marche qui a réuni près de 20 000 personnes selon les organisateurs et 6 000 d’après la police s’est déroulée dans le centre-ville à l’initiative de l’association Justice et Bienfaisance, mouvement islamiste radical le plus important du Maroc. Portant le nouveau drapeau syrien vert, noir et blanc, la communauté syrienne établie au Maroc a aussi participé à la manifestation, exigeant le départ de l’ambassadeur de Syrie à Rabat et appelant les pays arabes à rompre leurs relations diplomatiques avec le régime Assad. En Espagne également, des centaines de manifestants ont défilé hier à Madrid pour réclamer la chute du régime syrien et dénoncer la violence.
Le nouveau non de Clinton
En attendant, le Conseil national syrien (CNS) a reconnu dans un communiqué hier qu’il y avait « une lutte confessionnelle et un risque de fragmentation de la société syrienne ». Dans un geste inédit, le CNS a également tendu la main aux alaouites, la communauté de M. Assad et des principaux responsables du pays, assurant qu’ils restaient « une composante importante du peuple syrien » et garantissant leurs droits au même titre que les autres confessions.
Sur le plan diplomatique, la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a exhorté hier l’armée syrienne à placer l’intérêt du pays avant la défense du régime de Damas, assurant que ceux qui rejetteront la violence seront considérés comme des « héros ». Mme Clinton a cependant estimé qu’une intervention étrangère en Syrie risquerait de précipiter le pays dans une guerre civile, alors que le Qatar et la Tunisie ont plaidé pour l’envoi d’une « force arabe ». En outre, la secrétaire d’État a affirmé hier que le fait de livrer des armes à l’opposition syrienne pourrait aider el-Qaëda et le Hamas, dont des responsables avaient exprimé leur soutien aux opposants du régime de Damas.
Par ailleurs, le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu a indiqué qu’il rencontrerait le CNS avant la seconde réunion du groupe des Amis de la Syrie, dans trois semaines à Istanbul, d’après le journal Hurriyet d’hier. M. Davutoglu a aussi souligné que la Turquie allait étudier la question du niveau de sa représentation diplomatique en Syrie mais souhaitait maintenir son ambassade ouverte. D’après la presse turque, les Amis de la Syrie devraient tenir leur troisième réunion en France.
Enfin, les titres de séjour de dizaines de Syriens résidant aux Émirats arabes unis ont été annulés en raison de leur participation à Dubaï à des manifestations hostiles au régime de Damas, les forçant à quitter le pays, selon des militants syriens. Quelque 2 000 Syriens avaient effectivement participé le 10 février à une manifestation pour dénoncer la sanglante répression de la révolte en Syrie devant le consulat de leur pays à Dubaï, selon des participants. Rappelons toutefois que les Émirats arabes unis, où les manifestations sont interdites, ont, avec cinq autres monarchies du Golfe, rappelé leurs ambassadeurs de Damas et expulsé ceux de Syrie en poste dans leurs capitales, pour protester contre la répression.
Les bureaux de vote pour le référendum ont ouvert à 07h00 heure locale et devaient fermer à 19h00, mais le scrutin a été prolongé jusqu’à 22h00 dans certaines régions, selon les médias officiels. Montrant l’exemple, le président Bachar el-Assad a voté dans l’après-midi au siège de la télévision d’État, sous les acclamations d’une foule scandant « Dieu, la Syrie, Bachar et c’est tout ».
Plus de 14 millions de Syriens devaient donc se prononcer sur le texte qui instaure le « pluralisme politique » et met fin à l’hégémonie du parti Baas au pouvoir depuis un demi-siècle, mais maintient de larges prérogatives au chef de l’État et...


