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Moyen Orient et Monde - Le Point

Jeu de patience

Encore une mission « de la dernière chance », encore un échec. Les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique se sont heurtés à des portes closes : pas de visite, même guidée, de Parchin, un site susceptible d’être utilisé pour des tests nucléaires ; pas de réponses à un « éventuel aspect militaire » du programme en cours. Rapport dans le courant de la semaine prochaine.


Un dialogue combien édifiant s’est engagé la semaine dernière au Congrès, au cours d’une audition, entre le sénateur Lindsay Graham et James R. Clapper Jr. :
– Le représentant républicain de la Caroline du Nord : « Avez-vous des doutes sur la détermination de Téhéran à fabriquer une arme atomique? »
– Le directeur du National Intelligence Council, catégorique : « Oui. »


Et devant l’insistance du législateur, le numéro un du NIC – un « centre de réflexion stratégique », révèle le plus sérieusement du monde le site de cet organisme relevant directement du président –, d’apporter cette précision : « Je pense qu’ils (les Iraniens) adoptent une attitude qui leur permet de prendre seuls pareille décision. »


On ne saurait mieux dire.

 

Nonobstant ce diagnostic, il ne se passe pas de jour sans que les médias ne nous apportent leur lot de menaces de raids de l’aviation israélienne (ou américaine, ou même les deux, combinées), d’affirmations de responsables pressés d’en découdre avec les mollahs, d’épouvantails apocalyptiques, déguisés en autant d’appels à la raison, agités par les uns et les autres... Et voici que maintenant, en réaction à tous ces roulements de tambours, les Russes à leur tour viennent d’entrer dans la danse guerrière, soulignant par la voix de Guennadi Gatilov, vice-ministre des Affaires étrangères, les conséquences catastrophiques pour la communauté internationale d’un blitzkrieg.


Les États-Unis n’ont pas besoin qu’on leur rappelle l’ardoise des interventions en Irak et en Afghanistan : 6 300 soldats tués, 46 000 blessés, un coût de 3 trillions de dollars, comme le soulignait mardi le New York Times. C’est là sans doute la raison pour laquelle, depuis quelque temps, ils s’emploient à calmer le jeu tout en maintenant « toutes les options sur la table ». Le problème c’est, en pleine campagne présidentielle, une opinion publique qui ne l’entend pas de cette oreille. Près de deux tiers des Américains, en effet, seraient favorables à un recours à la force et pressés d’en finir avec une situation que certains analystes n’hésitent pas à qualifier de « crise des missiles de Cuba au ralenti ». Ce n’est pas assez, pourrait-on dire, pour enclencher une initiative aux conséquences incalculables.


À ce stade, les Israéliens semblent avoir décidé de se faire entendre, suscitant la création d’une série de contre-feux. Vu de près, le tableau est celui d’un camp israélien jouant au « Retenez-moi ou je fais un malheur » et se retenant pour ne pas ajouter : « Mais cela va vous coûter cher », le camp américain affichant un calme olympien qu’il est loin d’éprouver en réalité. Les analystes militaires sont d’accord sur un point : une opération israélienne d’envergure paraît quasiment impossible à mener. D’une part, les F-15I et F-16I ne disposent pas de l’autonomie de vol nécessaire, d’autre part, les sept cargos-ravitailleurs KC-707 sont nettement insuffisants pour permettre un vol non-stop de quelque 3 200 kilomètres. En outre, les corridors aériens disponibles ne sauraient en aucun cas être considérés comme sûrs, qu’il s’agisse de la Jordanie puis de l’Irak, de la Turquie ou de l’Arabie saoudite, à en croire la presse américaine. Enfin, l’identité du pays qui serait disposé à encourir l’ire vengeresse des Iraniens reste à déterminer, tout comme l’efficacité de la défense de la République islamique.


Une fois ces obstacles surmontés, il resterait à réussir le tour de force de bombarder dans un délai ultracourt les cinq principaux sites, qui sont Fordo, Arak, Natanz, Isfahan et Bouchehr, si tant est que l’on dispose de bombes antibunkers de 2 267 kilogrammes (soit 5 000 pounds) capables de percer l’épaisseur des multiples couches de béton – tout cela après avoir contourné d’innombrables problèmes, d’ordre climatique par exemple (on n’a pas oublié le précédent de la tempête de sable à Tabas qui avait réduit à néant l’ambitieux projet de Jimmy Carter, ridiculisé son entreprise, en avril 1980, et mis un terme à son rêve d’un second mandat.


Les Iraniens sont passés maîtres dans l’art de la négociation et Barack Obama est un homme d’une infinie patience. Le face-à-face pourrait se prolonger de longs mois à venir que cela ne devrait étonner personne. De longs mois ? Disons jusqu’à la mi-printemps. Époque à laquelle les deux parties pourraient jouer la prolongation.

Encore une mission « de la dernière chance », encore un échec. Les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique se sont heurtés à des portes closes : pas de visite, même guidée, de Parchin, un site susceptible d’être utilisé pour des tests nucléaires ; pas de réponses à un « éventuel aspect militaire » du programme en cours. Rapport dans le courant de la semaine prochaine.
Un dialogue combien édifiant s’est engagé la semaine dernière au Congrès, au cours d’une audition, entre le sénateur Lindsay Graham et James R. Clapper Jr. :– Le représentant républicain de la Caroline du Nord : « Avez-vous des doutes sur la détermination de Téhéran à fabriquer une arme atomique? » – Le directeur du National Intelligence Council, catégorique : « Oui. »
Et devant l’insistance...
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