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Nos lecteurs ont la parole

EDL, histoire d’un parcours

Joanna MERHI SAAB
L’électricité du Liban, c’est toute une histoire en elle-même à relater. Ce n’est plus un mot statique, c’est devenu un symbole personnifié, un véritable mode de vie pour les Libanais : on vit au rythme de ses absences et venues : « ejit el-kahraba, rahit el-kahraba », comme si c’était une vieille amie que l’on reçoit avec joie et dont on se sépare avec tristesse.
J’ai grandi à l’ombre de son absence. Je me souviens des années d’obscurité en noir et blanc éclairées au « Lux », espèce de lampe à pétrole qui illuminait nos soirées sans électricité il y a au moins trente ans de cela ! Nous étions alors des groupes de familles, voisins et amis à nous réfugier autour d’un même « Lux », à jouer aux cartes, à écouter les obus tomber ou la radio qui braillait. C’était ça le luxe à l’époque.
Quelques années plus tard, il y eut le générateur électrique, plus communément appelé « moteur ». Je me souviens de notre joie quand il débarqua sur le balcon de notre cuisine ; il suffisait de quelques litres d’essence et d’une ficelle qu’on s’acharnait à dérouler en hauteur pour qu’il puisse démarrer. Et là, miracle ! La maison s’éclairait, pas toute enfin, mais on avait au moins des soirées télé, c’était ça pour moi, dans ma tête de petite fille, les années-lumière.
Puis vint l’ère du gros générateur de quartier avec le « percepteur d’électricité privé », gros seigneur qui a fait fortune grâce à l’Électricité du Liban et à qui l’on doit faire presque le baise-main pour obtenir les 15 ampères demandés. Tous les mois, il envoie son disciple pour stipendier son gain : « Moteeer », me crie-t-on à la porte.
À ne surtout pas confondre avec le fonctionnaire de l’Électricité du Liban qui, lui, est beaucoup plus discret, s’annonçant d’une voix à peine perceptible : « Kahrabet el-dawleh ! » (électricité d’État). Il se fond dans l’obscurité de la cage d’escalier et attend patiemment d’être payé.
Parfois il dit tout simplement : « El-dawleh (État) » pour s’annoncer. Lapsus révélateur : remplacer « électricité » par « État » est toute une symbolique de « l’état obscuritaire » dans lequel est cet État.
Février 2012, des décennies plus tard, ma vieille amie « kahraba » se fait de plus en plus rare et de plus en plus vieille. On se mobilise pour la soutenir. En annonçant le sauveur : un bateau-générateur, du jamais-vu. Les Libanais s’illuminent d’espoir.
Grand bateau « Lux » pour petite nation éteinte. Pourvu que cette nouvelle initiative ne sombre pas.

Joanna MERHI SAAB
L’électricité du Liban, c’est toute une histoire en elle-même à relater. Ce n’est plus un mot statique, c’est devenu un symbole personnifié, un véritable mode de vie pour les Libanais : on vit au rythme de ses absences et venues : « ejit el-kahraba, rahit el-kahraba », comme si c’était une vieille amie que l’on reçoit avec joie et dont on se sépare avec tristesse.J’ai grandi à l’ombre de son absence. Je me souviens des années d’obscurité en noir et blanc éclairées au « Lux », espèce de lampe à pétrole qui illuminait nos soirées sans électricité il y a au moins trente ans de cela ! Nous étions alors des groupes de familles, voisins et amis à nous réfugier autour d’un même « Lux », à jouer aux cartes, à écouter les obus tomber ou la radio qui braillait. C’était ça le luxe à...
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