Passe encore si ces ripailles menaient à quelque chose de concret. Une fois le festin digéré, chacun reprend ses bonnes vieilles habitudes et après une nuit agitée ou pas, c’est selon, nos responsables redeviennent ce qu’ils étaient la veille, des va-t-en-guerre virtuels, par quotidiens, stations de radio et chaînes de télévision interposés.
Ce n’est pas sérieux. Un pays ne peut pas être gouverné par des gens qui, le jour, en viennent pratiquement aux mains, et la nuit s’étreignent amicalement à s’étouffer, sous l’œil larmoyant de quelques convives, l’oreille aux aguets pour qu’un bon mot y tombe et soit illico presto relayé par texto ou portable sous forme de scoop, à la meute de journalistes rassemblée aux abords du lieu des délices.
Un pays ne peut pas être gouverné par des responsables irresponsables dont la maxime est : « Après moi le déluge » ;
qui ne se portent aucun respect les uns envers les autres, qui plus est, ne s’embarrassent pas de manigances pour dénigrer les institutions étatiques ou ce qu’il en reste, les sapant encore plus chaque jour que Dieu fait.
Un pays sans institutions est un pantin désarticulé, fragile, que le moindre petit coup de vent démembre. Sans immunité, c’est-à-dire sans forces de dissuasion officielles, il devient une proie facile pour ceux que l’envie de s’en emparer peut prendre. Sans lois appliquées, c’est tout bonnement celles de la jungle qui s’instaurent, ce qui n’est pas à l’avantage des petits forts en gueule qui viennent égayer nos soirées devant le petit écran.
Car une fois la chienlit installée, ils seront les premiers à être balayés par la vague qu’ils auront eux-mêmes contribué à faire en barbotant impunément dans cette mare aux relents pestilentiels, dont nous avons déjà connu les effets dévastateurs quand, pour plaire aux uns, une partie des Libanais s’est opposée à l’autre, au lieu de s’unir et contrer les visées des hôtes et des étrangers sur notre territoire.
Depuis, rien ne semble avoir changé, quoique les hôtes indésirables soient partis ou en grande partie cantonnés dans des réserves insalubres, indignes du genre humain, mais le doigt toujours sur la gâchette ; et comme d’habitude on retrouve le perpétuel clivage des pour et des contre quelque chose ou quelqu’un, au lieu de s’occuper du bien-être social, jouant les champions des causes en tout genre, au risque de faire voler en éclats, encore une fois, notre édifice national.
Quoi qu’il en soit, au bal des responsables, ces personnages ne seront sûrement pas à l’orchestre, n’ayant rien assimilé des leçons d’un passé trop récent pourtant pour être si rapidement oublié.
Et pourtant l’électricité joue toujours les filles de l’air ; l’eau, même s’il a beaucoup plu, ne coulera pas dans nos robinets ; le coût de la vie a tellement renchéri que toutes les augmentations de salaire ne suffiront pas à endiguer la hausse effrénée des produits de première nécessité, l’écolage qui s’affole, les soins médicaux devenus un luxe, l’essence qui s’évapore et la fameuse comédie du diesel rouge qui nous en a fait voir de toutes les couleurs.
Grosso modo, nous vivons dirait-on dans un pays à deux étages. Au rez-de-jardin, c’est quand même plus huppé que dire rez-de-chaussée, le peuple vaque tant bien que mal, plutôt mal, à ses occupations. Au-dessus, les personnes d’importance, se chamaillant à longueur de journée, jusqu’à casser la baraque. Les gens d’en bas, occupés qu’ils sont à assurer leur quotidien, sont juste admis à applaudir quand on les sonne, sinon qu’ils se taisent.
Pas très beau, caricatural même, mais combien réel est cet état de choses. Quelle influence a le peuple sur les prises de position des responsables, qui se contrefichent de savoir si je suis d’accord sur leur politique pro ou anti-iranienne, si ce qui se passe en Syrie m’écœure ou non, quelle serait l’incidence de ces massacres, qui me révulsent ou pas, sur l’avenir des relations avec ce pays, et le régime à naître, si jamais Dieu lui prête vie ?
La soi-disant démocratie où nous vivons se limiterait, elle, désormais à deux champs parallèles qui ne se rencontrent jamais, sauf le soir, autour de ripailles bien fournies en mets de choix et plats succulents.
Je crois qu’il y a une autre solution, bien plus simple et efficace, à savoir rapatrier ce printemps arabe que nous nous targuons d’avoir exporté. Au moins nos martyrs ne seront pas morts en vain.
En attendant, bon appétit !
Georges TYAN


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
C'est dire tout haut ce que chauque libanai Pense tout bas.
03 h 53, le 23 février 2012