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À La Une - Liban

Aoun remercie Nahas et... tergiverse

Le général Michel Aoun a obtenu hier que Charbel Nahas lui remette sa lettre de démission, mais il s’est abstenu de la transmettre à la présidence du Conseil. S’il ne s’achève pas ce matin, ce nouveau suspense menace de perpétuer le désaccord gouvernemental lors de la séance parlementaire prévue aujourd’hui.

Ministre rebelle, oui ! Mais pas de taille à affronter les grands fauves d’un establishment politique parfois solidaire contre les francs-tireurs... Photo AFP

Charbel Nahas a donc décidé de rendre son tablier. Avec son départ, s’achève un épisode plutôt loufoque de la vie gouvernementale de ces dernières années.

 

Voilà un ministre qui n’a à aucun moment rechigné à mettre ses indiscutables talents de polytechnicien au service d’une cause dont le côté grand-guignolesque – et démagogique – n’est censé échapper à personne. Épigone d’un dirigisme suranné et d’autant plus mal inspiré qu’il est politiquement orienté, il ne pouvait asseoir sa réputation, d’abord au ministère des Télécoms, puis à celui du Travail, que sur une succession de coups d’éclat mettant en relief un caractère plus frondeur que véritablement réformiste. Comme pour nombre de ses collègues au sein de la mouvance de laquelle il relève, voyeurisme et politique font souvent bon ménage.

 

Et sa démission a de quoi laisser chez les Libanais ce goût d’amertume que lui-même doit ressentir, bien que ce ne soit pas tout à fait pour les mêmes raisons. M. Nahas n’a pas démissionné parce qu’il a fait traîner pendant des mois les négociations sur les salaires, assumant une grande part de la responsabilité du retard ainsi occasionné ; il ne l’a pas fait parce que sa politique était contestée à la fois par la CGTL et le patronat, pour une fois unis ; il ne l’a pas fait non plus parce qu’il a défié l’autorité des chefs de l’Exécutif et les règles élémentaires de la bonne gouvernance, qui contraignent un membre du cabinet à se plier à la décision collective ou à partir. Il l’a fait tout simplement parce que son mentor politique l’a abandonné...

 

D’ailleurs, que signifie-t-il pour un ministre de remettre sa lettre de démission à ce dernier et non pas aux autorités concernées, c’est-à-dire, en l’occurrence, la présidence du Conseil ? N’est-ce pas là l’ultime signe de défi à la légalité, aux institutions, à l’État, à la Constitution et à la démocratie ? Et sur quels critères, sinon ceux du marchandage politicien de bas étage, se base le mentor en question pour s’approprier cette lettre de démission et faire régner le suspense sur le moment où il la transmettra au gouvernement ?

 

Quand on sait qu’à longueur de journée, lui et sa nombreuse suite hurlent au loup contre les pratiques « mafieuses » des autres et, comble du comble, contre leur irrespect à l’égard des règles, des lois et de la Constitution, on ne peut s’empêcher de penser qu’avec ou sans Charbel Nahas, le grand guignol est appelé à perdurer...

On en est là. Le ministre du Travail a démissionné sans démissionner. Le général Michel Aoun l’a bel et bien remercié, cela est incontestable, et de la façon la plus glacialement courtoise qui soit. Mais il a, semble-t-il, décidé de perpétuer lui-même le petit jeu en cours à sa place.

 

Les dessous de la mise en scène

Concrètement, on insistait toujours hier soir dans les milieux aounistes sur la nécessité de faire passer d’abord, lors de la séance législative prévue ce matin, le texte présenté par le bloc du Changement et de la Réforme sur la question des indemnités. En face, le Premier ministre, Nagib Mikati, restait pour sa part déterminé à obtenir gain de cause, en vertu de l’accord concocté il y a quelques jours entre le général Aoun et le président de la Chambre, Nabih Berry. Cet accord prévoit que le décret gouvernemental soit contresigné par le ministre du Travail avant la séance parlementaire.

Les proches de M. Mikati ont ainsi fait savoir qu’en cas de transmission de la lettre de démission de M. Nahas, l’intérimat au ministère serait aussitôt confié au ministre Nicolas Fattouche, qui signerait immédiatement le décret et le chef du gouvernement procèderait à la convocation d’une réunion du Conseil des ministres.

 

Dans le cas contraire, deux cas de figure sont à prévoir : ou bien la séance du Parlement a lieu et le Premier ministre demande – et obtient – de M. Berry que la discussion sur les propositions de loi sur les indemnités soit ajournée, soit la séance elle-même est reportée à une date ultérieure. De même que la fin du gel des réunions du Conseil des ministres.

 

Cependant, à en croire certaines informations, la manœuvre du général Aoun consisterait à tester les intentions des diverses composantes de la majorité gouvernementale, en particulier du bloc Mikati et celui de Walid Joumblatt.

En attendant, une chose est certaine : l’accord intervenu entre MM. Berry et Aoun, et dont M. Nahas a fait les frais, avait été induit par le Hezbollah. Réticent dans un premier temps à exercer de fortes pressions sur son allié chrétien, le Hezb aurait changé d’avis après avoir entendu les discours tenus au BIEL par les chefs de l’opposition lors de la commémoration du 14 février.

 

Il avait en particulier noté que, pour la première fois depuis la formation du gouvernement, ces discours ne comportaient aucune critique à l’adresse de la personne du Premier ministre. Craignant du coup un rapprochement entre le 14 Mars et M. Mikati qui sonnerait le glas de la majorité en place, il aurait conçu la mise en scène destinée à régler le litige autour de l’affaire du décret sur les indemnités.

 

C’est que pour d’évidentes raisons stratégiques, le Hezbollah est soucieux de préserver un cabinet qui, même en morceaux détachés, reste pour le moment le moins mauvais pour lui. Si, à cette fin, il faut que l’allié chrétien s’invente une petite brouille avec l’un de ses ministres de pointe, comme prétexte pour le mettre à la porte, ce ne serait pas la fin du monde. Le parti de Dieu n’a pas l’habitude de reculer pour si peu...

 

Charbel Nahas a donc décidé de rendre son tablier. Avec son départ, s’achève un épisode plutôt loufoque de la vie gouvernementale de ces dernières années.
 
Voilà un ministre qui n’a à aucun moment rechigné à mettre ses indiscutables talents de polytechnicien au service d’une cause dont le côté grand-guignolesque – et démagogique – n’est censé échapper à personne. Épigone d’un dirigisme suranné et d’autant plus mal inspiré qu’il est politiquement orienté, il ne pouvait asseoir sa réputation, d’abord au ministère des Télécoms, puis à celui du Travail, que sur une succession de coups d’éclat mettant en relief un caractère plus frondeur que véritablement réformiste. Comme pour nombre de ses collègues au sein de la mouvance de laquelle il relève, voyeurisme et politique font souvent bon...
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